Lachasse à courre ou vénerie se pratique partout en France depuis plusieurs millénaires. C'est François 1er de 1515-1547, qui transforme cette chasse en art, qui apprécie sa pratique, il est surnommé "le père des veneurs" et déclare "vieux et malade je me ferai porter à la chasse, et peut -être que mort je voudrois y aller dans mon cercueil."
Lesarmes à feu doivent être déclarées. Outre un permis de chasse valide, Armand, notre chasseur, aurait par ailleurs dû déclarer son arme sur la nouvelle plate-forme gouvernementale, ce qu
Lorsquevous prenez connaissance de l’existence d’une arme, la première chose à faire est de la déclarer officiellement. Pour cela, il faut faire constater la mise en possession de cette arme sans délai. S’il s’agit d’une arme de catégorie B, la démarche est à faire auprès de la police ou de la gendarmerie. Ils vous remettront alors un récépissé.
Lobtention d’un titre permanent du permis de chasser, à l’issue de l’examen du permis de chasser, ne peut se faire qu’à partir de l’âge de 16 ans. La formule « chasse accompagnée », totalement distincte de celle qui permet l’obtention du titre permanent du permis de chasser, a été conçue pour qu’un jeune âgé de moins de 16 ans qui souhaite pratiquer la chasse
Pourles fusils de chasse à un coup par canon lisse ayant fait l’objet d’un enregistrement entre 2011 et le 13 juin 2017, date d’entrée en vigueur de la directive, le récépissé obtenu vaut déclaration. Le changement de régime est donc neutre et immédiat et il n’y a rien à faire. -Cas n° 3. Pour les fusils de chasse à un coup par canon lisse acquis entre le 13 juin 2017, date
Concessionnairesde chasse : "Les chasseurs sont des clients". C’est à la faveur de la réforme du secteur de la faune, que les concessionnaires ont trouvé opportun de s’organiser en consortium. Il s’agit en fait d’une association dénommée "Le royaume du trophée" qui regroupe la quasi-totalité des concessionnaires des zones de
i6MSCzR. Le SIA, comment ça marche ?Quelles armes sont concernées ?Quelle est la finalité du SIA ?Comment déclarer une arme sur SIA ?Les dates importantesDepuis le 8 février dernier, le gouvernement français a mis en place un nouveau système d’information sur les armes SIA. Ce SIA a été pensé par le Service Central des Armes du ministère de l’Intérieur, et il est en place depuis 2020 pour les professionnels de la vente d’armes. Pour les particuliers, et dans un premier temps pour les chasseurs, le SIA va permettre de suivre les armes à feu en circulation dans notre pays. Cette mise en place répond à une directive européenne, et concerne toutes les armes à feu fusils de chasses, armes sportives…. Les autorités espèrent ainsi pouvoir suivre les mouvements des armes à feu et savoir ce que chacun a en sa SIA, comment ça marche ? Depuis le 8 février, les chasseurs ne peuvent plus acquérir d’armes à feu sans avoir créé de compte personnel sur le SIA. Lors de l’achat d’une arme à feu chez un armurier, le numéro de SIA sera désormais exigé. Il s’ouvrira ensuite à différents détenteurs d’armes comme les collectionneurs, les adeptes de tir sportif ou encore les tireurs de ball-trap. Quelles armes sont concernées ? A l’évidence, toutes les armes en possession du tireur ou du chasseur sont concernées par ces nouvelles directives. Normalement, les armes achetées légalement doivent déjà apparaître à la création du compte, puisqu’elles sont reliées au numéro national du permis de chasser. Pour les armes reçues en héritage, un dispositif spécifique est prévu, mais il faudra aussi les déclarer. Photo d’illustration. Crédit Shutterstock – Krasula Quelle est la finalité du SIA ? Le but de ce nouveau système est de savoir où se trouvent les armes et dans quelles mains à n’importe quel moment. Le SIA entend évidemment lutter contre la détention illégale d’armes sur le territoire. Mais cela permettra également de suivre une arme si celle-ci est cédée, revendue ou détruite, à condition que le propriétaire initial la déclare comme telle ! Le SIA entraînera également une simplification des enregistrements d’armes à feu. Lors de l’achat d’une arme, elle sera directement reliée au compte SIA par l’intermédiaire du numéro de permis de chasser ou de la licence de tir. Auparavant, il fallait que les déclarations soient effectuées en préfecture via des formulaires papier… Comment déclarer une arme sur SIA ? Pour créer son compte personnel, il faudra se rendre sur puis créer son compte en prévoyant Le numéro du permis de chasser; Le numéro du guichet unique de la validation en cours; Un scan du permis de chasser; Une pièce d’identité; Le scan de la pièce d’identité; Un justificatif de domicile de moins de 3 mois. La création du compte se fait en plusieurs étapes et prend environ 10 minutes. Une fois cela fait, vous devriez voir apparaître les armes que vous détenez et qui ont été déclarées en préfecture. Vous recevrez ensuite un numéro SIA, que sera le vôtre tout au long de votre vie. Lorsqu’il va ouvrir son compte, le détenteur aura directement accès à son râtelier numérique. Celui-ci ne sera pas vide à la création de son compte le détenteur y retrouvera normalement toutes les armes qu’il détient, ou en tout cas qu’il est censé détenir aux yeux de l’administration. Accessoirement, le compte SIA devra être supprimé après le décès du titulaire. Il permettra également de communiquer avec des professionnels de l’armurerie et de l’administration. Le détenteur aura alors 6 mois pour mettre à jour son râtelier, supprimer des armes détruites ou déclarer des armes comme cédées à un tiers. Les armes reçues en héritage devront aussi être ajoutées au râtelier, ou détruites ! “Le nouveau Système d’Information sur les Armes SIA sera opérationnel à partir du 8 février. À compter de cette date, les chasseurs devront disposer d’un compte personnel pour acheter une arme. D’ici l’été, tous les détenteurs d’armes seront concernés.“ Les dates importantes 8 février 2022 ouverture du SIA aux préfectures et aux détenteurs d’arme chasseurs » 8 mars 2022 ouverture du SIA aux tireurs de ball-trap et aux biathlètes 5 avril 2022 ouverture du SIA aux non licenciés armes héritées ou trouvées 10 mai 2022 ouverture du SIA aux tireurs sportifs 7 juin 2022 ouverture du SIA aux collectionneurs L’ouverture du SIA aux associations, polices municipales ou agents de sécurité armés se fera après le 7 juin. Quelque soit votre statut de tireur, vous aurez jusqu’au 1er juillet 2023 pour déclarer vos armes, au risque de perdre votre permis d’en posséder une. Nous ne sommes toujours pas persuadés que les armes détenues illégalement seront déclarées, mais cela devrait quand même, on l’espère, en limiter le trafic. Mes sujets de prédilection sont l'écologie, l'environnement, les innovations solidaires et les actualités en général. J'espère que vous prendrez plaisir à me lire. Ma devise "Carpe Diem" parce que la vie est trop courte et qu'il faut en savourer chaque instant.
.àà MM r ê 7f lu SI Ciiiulog Universität Bases Öffentliche- Bibliothek/. ^c^cfienk- $eJ $f[M . et ^ $cecA/etijh* *i •//& A 5' Âfcsr- m W!k' r ^§y f t -VKMâ MMS-v V VOYAGE DE BENGALE EN ANGLETERRE Par les parties Septentrionales de Vlndoßar. , par Cackemir , l' Afganistan , la Perse et la Russie. DE GEORGE FOKSTER, Anciennement au service civil de la Compagnie des Indes Orientales. Traduit de l'Anglois. A B A S L E, De l'Imprimerie de J. J, Tot'itssisitf, 1798. f •?> & - PRÉFACE JLe hasard fit tomber dans mes mains un exemplaire anglois des voyages de George Förster. Je le lus avec assez d’intérêt, et quoi qu’il fût éloigné du degré de bonté qu’avec toute l’indulgence posiibie on peut attendre d’un voyage, j imaginai qu’il méritoit pourtant d’être connu en France. Personne n’a parcouru encore avant lui les pays qu’il dépeint ; fa manière de voyager est singulière ; l’original anglois est assez rare toutes ces raisons me décidèrent à le traduire en François. Pendant que j’y travaillois, j’appris que Mr. Meiners, Professeur ordinaire de Philosophie à l’université de Göttingue, très-connu par plusieurs ouvrages estimés, par un entr'autres fur l’état actuel et passé des principaux pays de l’Asie , &c. avoit aussi traduit cet ouvrage de Förster en allemand, et l’avoit même accompagné de notes. Je me procurai cette traduction. L’ouvrage de Förster est écrit assez mal, et souvent d’une manière obscure ; j’étois bien aise de savoir la façon dont Mr. Meiners l’avoitinterprêté. Jen’avois cherché d’abord, en me procurantcette traduction, qu’un moyen pour me faciliter mon travail; bientôt je trouvai qu’elle pouvoit m’être doublement utile. Mr. Meiners l’a fait précéder d’un avant propos, A 2 'W' iv Préface. dans lequel, après avoir rendu compte de la manière dont il s’est procuré son exemplaire, il donne quelques notices historiques fur Förster lui- même , d’après ce qu’il en a lu dans plusieurs ouvrages ; et il finit par juger son d’une manière assez sé\ère, il est vrai, mais parfaitement juste. Je lus cette notice avec plaisir; elle est instructive et intéressante. Je crus donc faire bien de la traduire de l’allemand et de la mettre à la tête de ma traduction, bien sûr que mon ouvrage n’y pourroit que gagner. Je savois aussi que personne n’étoitplus en état que Mr. Meiners de rectifier les erreurs de Förster. 11 a écrit lui-même fur les peuples d Asie et fur l’Indostan, et a eu besoin, pour lire tout ce qui a été écrit sur cette partie. Je résolus en conséquence de joindre aussi à mon ouvrage les notes qu il avoit cru devoir mettre au sien; je fuis persuadé qu’elles peuvent être utiles. Je ne donnerai pas mon sentiment sur l’ouvrage de Förster; le traducteur allemand l’a j’ugé mieux que je ne l'eusse pu faire. lia été obligé de sacrifier beaucoup de plaisanteries , dont l’auteur étoit peut- être fort content, et moi, j’ai cru devoir, à ma langue et au goût de ma nation , le sacrifice de beaucoup d autres. Cependant, considéré du côte historique, et pour la partie géographique des pays que Förster a parcourus, je crois qu’on peut lire ce voyage avec quelque plaisir. PREFACE Dm Traducteur allemand des Voyages de Forßer. I-/E destein de l’Ouvrage dont je traduis la première parue, a été presque aussi singulier que le voyage même et la façon de voyager de son auteur. Autant que je puis savoir, ce sut pa’ l’ouvrage inestimable de Rennell, Mmoirs os a map os hindefian , que l'on entendit parler , pour la première sois en europe, du voyage de Förster , le plus étonnant , ou au moins un des plus étonnants de notre siècle. Rennell se procura un extrait du journal de Förster et 1 © mit dans sa géographie des Indes. Si-tôt que j’eus lu cet extrait, je m’informai, comme vraisemblablement l’auront sait tous ceux qui auront lu Rennell, je m’informai, dis je, par-tout, pour savoir si le voyage de Förster avoitdéjà paru. De tous côtés on me répondit que non , et il fallut me contenter de léspérance que cet ouvrage , que j’attendois avec grande irapadence, feroit bientôt imprimé. On peut juger combien je fus surpris agréablement , lorsque dans un livre que le hasard, plutôt que l’espérance d’y trouver quelque chose d’intéressant , avoit fait tomber dans mes mains , je vis des extraits de la première partie du voyage de Förster. On annonçoit que le premier volume avoit paru à Calcutta à la fin de i 790. vj Préface. Ce livre étoit tht Calcutta Montly regißer , or India rcpfiutory os inßruction and entertainment. Vol. I. Calcutta 1790. C’étoit dans la feuille de Décembre et la suivante que les éditeurs intervient quelques extraits des voyages. Ils les recommandoient ainsi “ dans le grand nombre d’objets intéressants que ,, l’on trouve dans la première partie des voyages ,, de Mr. Geoige Förster qui vient de paroître à ,, Calcutta, on est plutôt embaraffe du choix , que ,, de trouver quelque chose qui laste plaisir à chaque ,, lecteur. C’est pour cela que nous avons tiré , à s» tout hasard et sans choix , les endroits suivants de u cet ouvrage instructif et estimable. Ainsi j’étois donc sûr, que la première partie avoit été imprimée à Calcutta en 1790 , et que cet ouvrage avoit plusieurs volumes. Mais combien de volumes, et quel titre il avoit; c’est ce que je ne savois pas. Pour m’en instruire , je m’adressai à plusieurs savants anglois, et je les priai de vouloir bien m’envoyer, aussitôt que possible, les travels os Mr. Forßer absolument in connus en allemagne. Un écrivain anglois, du premier mérite , me répondit que les traveh of Forßer formoient deux volumes in 4 0 . que jusqu’à-présent ils n’étoient pas publiés, que même l’administration du Bengale n’en avoit envoyé que peu d’exemplaires on disoit seulement deux aux premiers Membres du département des Indes Orientales; mais que lui , il en attendoit un Préface. vij ou plusieurs exemplaires par les premiers vaisseaux de retour, et qu’il m’en feroitpaffer un sur le champ. La flotte des Indes orientales arriva heureusement dan? les ports d’angleterre. J’attendois chaque jour de poste l’ouvrage important que l'on m’avoit fait espérer. Pendantce temps il arriva ici d’un autre côté un exemplaire de la première partie de ce voyage; mais malheureusement il n'a pas de carte. J’ai donc conseillé à l’imprimeur de prendre la carte excellente des countries between thi source os the ganges and the cafpian Jca , qui est dans les mémoires de Rennellpage 200, et d’en faire graver la partie qui indique la route que Förster a prise de Lalldong à Cachemir. Je crois qu’il est nécessaire de joindre ici le titre anglois de la première partie de ce voyage, a A ,, journcy from Btngal to England, through the nor - ,, thern part oj India , Kajhemire, Afghanißan and ,, Ptrsia ; and into Rujßabythe Cafpiansea. ByGeorge », Forßer. In the civil service os the honourable Eaß ,, India Compagny. In two volumes. Vol. I. Calcutta », from the press os Cooper et Upjohn, MDCCXC.'* Au moment où j’écris, je ne fais pas encore si le second volume est déjà imprimé. Mon ami d’angle- terre me parloit, il est vrai, des deux volumes comme d’un ouvrage complet et déjà connu en Bengale; mais je crains presque qu’il n’ait pas hier» examiné l’exemplaire du premier volume qui lui passa par les mains il y a plusieurs années. Une Préface. viij note que je trouve dans la troisième édition des mémoires de Reiineli, p. 149. annonce non-feulement la mort de notre voyageur; mais ajoute que l'on attend toujours le second volume. » après parut le premier volume des vovages de >5 Förster , qui contient son voyage de Bengale n jusqu’aux frontières de Cachemir. On espéroit »» que le second volume suivroit bientôt. Mais »» d’après les dernières nouvelles des Indes , on a appris la mort de cet entreprenant voyageur ; il *» mourut à la Cour duNizam où il résidoit pour le service de la Compagnie des Indes”. Quoiqu’il en soit, que le second volume soit imprimé ou non , mes lecteurs peuvent compter fur mon exactitude et mon enpreffement à traduire la secondç partie si-tôt qu’elle paroîtra. Si un voyage imprimé en Bengale, est cinq ans après en Angleterre encore une rareté et même un secret, on peut croire que le Gouvernement, ou au moins des adversaires puissants , ont cherché à le supprimer. Dans la recension du premier volume de cet ouvrage , imprimée dans le i 5 y numéro de la gazette littéraire deGoltingue en 1790, j’ai dit, que probablement Hastings ..auparavant Gouverneur- Généra! du Bengale, ou ses amis, n’avoient pas voulu le laisser paroitre au jour, parce que ion auteur avait parlé d’une manière désavantageuse pour lui de l’état du Bengale et de la guerre des Préface. ix Marattes et des Rohillas. Quoique cette conjecture soit la seule qui puisse expliquer la rareté de ce voyage, cependant elle n’est pas encore satisfaisante. Long-tems avant que les travels osFo’ vinssent à paroître , des hommes qui avoient été plus long- tems que lui eu Bengale, qui avoient rempli des places plus importantes, et avoient plus de considération que lui, avoient fait imprimer des choses bien plus dures contre Hastings. Puisqu’on ne pouvoir ou ne vouloir pas empêcher ces accusations plus fortes et plus dangereuses , comment pouvoit-on avoir l’idée de vouloir supprimer les assertions beaucoup plus modérées et bien moins importantes de Förster ? Si-tôt que les ennemis de Hastings s’en fussent appelons , ils auroientfait tout au monde pour répandre cet ouvrage qui leur étoit favorable ; et comment eût-il été possible de dérober aux accusateurs nombreuxet puissants de Hastings un ouvrage imprimé à Calcutta et que tout le monde y avoit lu ? Le second volume du voyage de Förster, si nous pouvons jamais l’avoir, doit être fans comparaison plus intéressant que la première partie. On n’en peut pas douter, quand on connoît les pays qui font décrits ou qui dévoient l’être dans le second volume. Förster, après avoir séjourné quelque. temps à Cachemir. descendit le Behüt par eau l’espace de 14 coss. Renneli p. 1^7. troisième édition après cela il quitta son bateau et marcha vers l'ouest pour aller à Mouzziserabad , capitale d’un petit X Préface. district da même nom sur la frontière au sud-ouest de Cachemir, et dont le souverain porte le titre de Sultan. De Mouzziferabad, il vint à Bazaar, situé vers le nord-ouest, à vingt milles anglois d’Atock, près de Bazaar. Förster passa l'inclus, et près de Hyderbongée, il entra fur les terres de Timur Cha Abdallah. De Bazaar, il prit fa route par Pais- havour et Caboul vers Candaliar , et de là il alla par le Sigistan et le Korasan à Mazenderan ; il s’y embarqua fur la mer Caspienne , et il retourna dans fa patrie par Astracan, Calan et les autres provinces de Russie. On fait que Cachemir, 1’ Afganistan et le Korasan, sont les pays les plus intéressants de Fasie et en même - temps les plus inconnus ; et le second volume de Förster nous eût fait connoître tous ces pays dans lesquels, depuis long-temps, aucun européen, ou du moins aucun observateur attentif et instruit n’a voyagé. Ce qui surprit le plus le géographe Rcnnell, ce fut que Förster, entre Caboul et la ville de Tersifh dans le Korasan, ne trouva pas de hautes montagnes, p. i53. 18g. igi.Rennell en conclut, que la grande chaîne de montagnes, que les anciens nommoient Taurus , ou ne s’étend pas jusqu’à l’Kindoo-Kho , comme les anciens et nouveaux géographes le croyoient, ou que du moins si elle le fait, c’est dans des parties plus septentrionales que celles par lesquelles Förster a passé. Rennell étoit aussi trés-étonné de ce que Förster, dans fa route de Candahar à la mer Caspienne , n’avoitpas trouvé I Préface. xj de fleuve que l’on ne pût passer à gué , quoique le voyage durât depuis août jusquà la fin de Janvier. Je ne puis m’empêcher de rapporter ici le jugement que Rennell, dans une note assez étendue , porte fur Förster et fur ses voyages; a x p. 148. ,, 149. L’histoire de ce voyageur, dit Rennell, est ,, étonnante. En 83 et 84 il alla par terre du Bengale ,, à la mer Caspienne , et de-là il prit le chepiin ,, ordinaire de Peterfbourg. 11 dut pour sa fureté ,, éviter le pays des Sicques ou de Lahor. 11 passa ,, donc le Gange et floumna dans les montagnes ,, et arriva à Cachemir par Joumbo. Il vit ce pays , »j à ce qu’il paroît, seulement par curiosité; car il ,, s’éloignoit de son chemin. De Cachemir il alla à ,» Caboul, résidence de Timur-Cha,Roi deCandahar ,, que l’on appelle ordinairement Abdallah. De-là il vouloit passer par la grande Bucharie ; mais ,, les chemins étant trop peu surs, il prit la ,, route ordinaire des Caravanes de Candahar. De ,, cette ville, que plusieurs savans prennent pour ,, l’Alexandrie Parapomisienne , son chemin ailoit ,, en droite ligne par Heratjusqu’aubord méridional ,» de la mer Caspienne, par les provinces que Ion ,» nomme aujourd’hui Seistan , Korasan et Mazen- ,, deran, et connues aux anciens fous le nom de ,, Parapomisus, de Aria , de Parthia et de Tapuri. ,» Förster fit une partie considérable du chemin ,, qu’Alexandre choisit lors qu’il poursuivit Bessus. Il comme mahométan et en société P R £ F A C s. », de mahométans, tous ces pays dans les quels la 55 jalousie politique dès naturels, contre toutes ,, lortes détrangers , marche de front avec leurs n préjugés religieux. Il faut qu’un homme quia ,1 éxécuté cette enterprife difficile fans faire naître n de soupçons, ait une présence d’esprit bien rare, »1 une grande prudence et une facilité étonnante ii pour apprendre les langes et fe conformer aux ji mœurs étrangères. La découverte de ce qu’il h avoit à cacher eût été pire que la mort; et >i cependant il étoit toujours exposé aux conjectures ii de ses compagnons de voyage qui ne favoient pas ii son secret. J’espère qu’il fera connoître ses obfer- ii valions fur les mœurs , le gouvernement et l'état il actuel de cette partie de la perse que nous con- ii noifons le moins , ainii que fur Cachcmir, pays il encore plus important pour le philosophe et natu- ii ralifle. Pour aller du dernier poste anglois en ii Oude jusqu’à la mer Caspienne, ce qui faifoit ii 2700 milles anglois , il pasta à-peu-près un an ; ii et pendant ce temps, il fut obligé de renonçer à h toutes les commodités et aux agrémens dont 55 jouit en europe même la c laste la plus pauvre du 11 peuple. Dans des temps de pluie et de neige, il il lui falloit coucher au bivuoac et manger ce qu’il il trou voit dans les pays par lesquels il paffoit. 11 Son voyage dura trop long-temps ; il étoit pref- >1 que impostible qu’il pût prendre avec lui ce qui fi rend un voyage agréable fans mettre en jeu fa il fureté. ’’ Préface. xiij La première partie du voyage de Förster peut être considérée sous un double point de vue comme voyage et comme une collection de notices historiques fur des hommes célèbres, fui des peuples et des religions. Sous les premier rapport, le mérite du premier volume consiste dans des observations intéressantes fur les mœurs , le caractère , et la vie domestique de l’Idous; mais fur-tout dans les remarques presque toutes neuves qu’il a faites fur le Rohilcound et fur les payF de montagnes entre Oude et Cachemir. Déjà avant Förster, ou au moins avant l'impression de ses voyages, des européens avoient pénétré dans Siringnahour et vu le Gange et le Ioumna à des latitudes septentrionales plus éloignées que notre voyageur. Mais aucun européen ne fit le voyage de Sirinagour à Cachemir , et n’avoit vu les fleuves du Pouniab si près de leur source que Förster. Quelques nouveaux , quelques instructifs que soient plusieurs détails dans le premier volume de l'ouvrage , on ne peut cependant pas se dissimuler, que quand on le lit, il y a bien des choses que l’on seroit tenté de demander, auxquelles Förster ns répond pas du tout, et auxquelles il paroît qufil eût bien pu répondre. Des lecteurs attentifs et sévères eussent peut-être aussi désiré que Förster leur eût épargné le récit de mille petits accidents qui arrivent à tous ceux qui voyagent, et qui na caractérisent ni le pays dans lequel il se trouvent, ni ses habitants. 11 y a aussi des plaisanteries déplacées, xiv Préface. des lieux communs assez fréquens ; il renouvelle continuellement ses assurances de l’attention et du foin qu’il met dans ses observations et ses recherches, et il demande toujours excuse pour l’insuffisance de ses notices. Mais ce font des défauts qu’il faut lui pardonner; il n’étoit pas accutumé à écrire. Parmi les collections elles recherches historiques, le morceau fur les Sicques est le meilleur, et ensuite l’histoire des et de Choujah-O-ud-Dowlah méritent le second et le troisième rang. Ce qu’i! dit, au contraire, sur laréligion des Indous, est tellement plein de faits mal rapportés, de conjectures fausses ou à moitié vraies, que je fus tenté plusieurs fois de laisser là tout le morceau , excepté quelques passages. Je ne le fis pas , par la crainte qu’on ne me reprochât d’avoir mutilé l’ouvrage, en retranchant tout un chapitre de l’original. Je ne prétends pas attaquer la nouveauté et l’importance des détails surlesSicques et Förster a trouvés dans les papiers et dans les récits de ses amis et de ses connoissances. Le mérite seul du compilateur y pourra perdre quelque chose; mais il faut convenir que Förster n’avoit pas le talent de choisir et de mettre en ordre des faits historiques, de les présenter clairement, et sur-tout d’en tirer des conséquences et des résultats justes. Il est tout aussi vrai que dans les morceaux historiques, il se trouve par-ci par-là des choses insignifiantes ; qu’il y règne une certaine obscurité ; que le style en est diffus et embrouillé ; que plusieurs choses font répétées P R É E A C t. XV souvent sans nécessité ; et enfin, que quelquefois, le* jugements qu’il porte, ne s’acordent pas avec les faits qu’il raconte , et souvent contredisent ce qu’il a dit plus haut. Tant que Förster fut en Bengale et dans les autres possessions angloises, il trouva par tout que le commerce , l’agriculture et l’industrie étoient tombés. Mais après être venu en Oude et dans les pays de montagnes au nord, alors il fait l’éloge de la paix et de l’abondance qui régnent dans le Behar et le Bengale, et du bonheur de ceux qui y vivent. Dans plusieurs endroits, il parle avec le plus grand mépris du polithéisme absurde des Indous , et des usages et des fables fur lesquels il est fondé ; et ensuite il vent prouver que la réligion des Indous n’est pas un culte de payens, et même que la division en castes, et l’usage des femmes de le brûler après la mort de leurs maris, font des institutions et sages et bienfaisantes. Enfin il cite lui - même beaucoup d’exemples de la tyrannie des rajahs indiens et de leurs employés. Il dit même une fois quelles que soient les violences que les anglois ont exercées et exercent encore contre les Indous, elles n’approchent pas des vexations et des exactions que les Princes Indiens se permettent. Et avec cela il fait une peinture idéale du bonheur et de la culture des anciens Indous telle que jamais n’en ont faite les apologistes les plus exagères de ce peuple, et on n’en pourroit jamais faire une pareille , avec raison, d’aucun empire sur la terre. Une suite de ce défaut de jufltefiïe et de vérité f dans ses juge- \_y XVJ Préface. ments, est que souvent ses expreffions sont vagues et indéterminées ; j’ai cherché à y remédier autant que j’ai pu, ainsi qu’à adoucir l’éclat de son style et à en diminuer le précieux Si Förster eût su écrire, j’eusse cherché à transportes exactement dans ma langue, non-feulement les beautés de son style, j’eusse même respecté ses défauts. Mais comme le voyageur anglois n’a pas, je crois, de prétentions au style, j’ai cru qu’il falloit penser seulement à ce que la traduction fût claire, et je puis croiré que des allemands seront moins souvent arrêtés dans la traduction, que des anglois dans l’original. J’ai conservé la façon dont Förster a écrit les noms Indiens, même lorsqu’elle diffère de ceux qui sont connus , ainsi je n’ai pas écrit Seicks , mais Sicques , Joummoo, maisjoumbo , etc. Quant à mes notes, mon projet n'étoit pas de rectifier ce qui étoit faux, de completter ce qui étoit imparfait, et de commenter ce qui étoit obscur; mais de corriger et d’expliquer quelques endroits qui paroissoient en mériter la peine. Lorsque mes explications auroient tenu trop de place , je jugeai plus à propos de renvoyer les lecteurs à ces ouvrages, par les quels ils pourroient s’instruire, que d’augmenter, par des dissertations, le prix et l’étendue de cette traduction. Si la traduction de Förster devoir avoir une seconde édition, etc. Göttingue , le 3 Nov. I1Z5. MELN'ERS. A SON EXCELLENCE Mr. le Comte de Gorrvwallîs. Chevalier de l'ordre me la jaretière, Secrétaire d'Etats Lieutenant-Général au service de Sa Majejlé et Gouverneur et Commandant-Général de toutes les pcjfef- Jions et troupes de Sa hiajcfié et de la Société des Indes Orientales , etc. Mylordl De tous temps les éloges des dédicaux ont été suspects , et les hommes 'du monde les ont toujours régardés comme des compliments exagères , par lesquels on cherche ou à s'insinuer dans les bonnes grâces de son protecteur, ou à flatter sa vanité , ou bien, peut-être, à exprimer sa reconnois- sance, mais presque toujours mal-à-propos et d’une manière déplacée. Cependant j’ose croire que l’on jugera moins sévèrement le contenu et le ton de cette dédicace , et que l’on dira que je n’ai pas même atteint la grandeur de mon sujet. Lorsque je résolus de faire imprimer le journal de mes voyages , je cherchai naturellement un nom qui put relever mon ouvrage mes talents littéraires ne font pas fort connus. Je ne dirigeai pas mes yeux vers l’éclat des richesses, ou de la naissance et du rang, qui ne font pas toujours la mesure du mérite d’un homme. Je cherchai cette considération que donnent à un homme des avantages qui servent au L Xviij P R É ï A Cï, bonheur de sa patrie en même-temps quils en font l'honneur. Ce fut avec un sentiment de plaisir bien vif, que mes yeux et mon cœur se sentirent attirés vers l’objet de mes recherches , objet comme on en trouvera peu dans tous les tems et dans tous les pays. Et quand on devroit trouver trop hardi l’usage que j’en voulus faire, je ne pus pas résilier au désir d’orner mon ouvrage du nom de Cornwallis, et de joindre mes éloges à tous ceux que lui ont mérités des actions qui doivent avoir une place distinguée dans les annales de notre nation. Des mauvais succès , qui du temps de l’ancienne Rome, en train oient l’oubli, l’oblcuritéet souvent la disgrâce, offrirent un champ plus vaste aux talents de votre Excellence, et déployèrent en vous une force supérieure à tout; tel un chêne, profondément enraciné, brave les fureurs de l’hiver. Dans les Indes orientales, votre Excellence fut exposée à des ennemis plus redoutables. On lui confia un pouvoir comme jamais sujet anglois n’en a eu, comme même on n’en a jamais confié un pareil au Roi d’angleterre ; un pouvoir qui s'étendent fur de vastes pays , fur des peuples riches et put flans et loin de ceux qui l’avoient donné et eussent pu le borner, et dans un royaume où chaque ressort du gouvernement est mis en mouvement par l’avidité et le brigandage, et où celui qui souffre et qui demande justice ne peut s’approcher des portes du plus puissant sans acheter la Préface. XIX justice et la protection par des sacrifices. Nous vimes avec étonnement que votre Excellence usa de ce pouvoir, qui lui étoit rémis, avec modération et droiture. Mais les éloges le mieux mérités font ceux qui déplaisent le plus. Je finirai donc ma dédicace parles souhaits les plus vifs , pour que votre Excellence puisse continuer de gouverner les possessions angloises dans les Indes jusquà ce qu’elle ait achevé heureusement l’ouvrage qu’elle a commencé. Les sacrifices font grands. Mais la récompense, qui surpasse la faveur du Monarque aussi bien que les éloges du peuple reconnoissant, est encore plus grande. J’ai l’honneur d’ètre avec le plus profond respect. de Votre-Exeellence Le très-humble très-obéissant serviteur . Calcutta le i août 1790. George Forßer. AVANT-PROPOS. X-/es vovages en général font estimés et reçus avec indulgence, c’est ce qui me donne le çourage de soumettre cet ouvrageau public. La connoissance des mœurs des peuples étrangers affoibiit les préjugés nationaux, et éclaire l’esprit. Les anglais lui doivent encore de plus un avantage qui leur est propre et qui doit être satisfaisant pour eux. La comparaison leur fait connaître l'excellence de leur constitution et de leurs Ioix, ainsi que les avantages de leur caractère national qui leur donne le premier rang parmi les européens. Cependant s’il est permis de parler franchement de fa propre manière de penser, ce pour quoi , il est vrai, la plus part des hommes ne font pas faits, j’avouerai sincèrement que je n’ai jamais senti en moi, pendant mon voyage , aucune partialité pour tel peuple ou telle secte. Des hommes très-savants et pleins de génie ont souvent, pour le malheur des sciences, ôté à leurs ouvrages une partie de leur mérite, en s’adonnant exprès à un système favori au quelpeu-à-peu et involontairement ils sacrifioient les principes et les règles de la vérité et de la raison. Les voyageurs , fur-tout, ont contre eux le préjugé qu’ils font des peintures vagues ou embellies. Mon destin m’ayant conduit dans des pays qu’aucun européen n’a encore vus, j’ai d’autant plus de raison de déclarer au public, qu’il que je me sois trompé dans mes jugements ; mais que je n’ai jamais eu la moindre idée d’altérer ou de défigurer la vérité. Mes détails fur l’état présent et paisé du Bengale ontpeut-être besoin d’indulgence,parce que je n’ai traversé cette province qu’en voyageant. Cependant quoique je ne pusse me procurer qu’une connoiffance assez bornée du pays , le peu de séjour que j’y ai fait m’a été utile. La lettre sur la mithologie des Indous, dont on a sait connoître'quelques extraits en i 7 S5 , a été revue et corrigée depuis mon retour aux Indes. Je crains pourtant qu’à cause de l’étendue et de l’obscurité de l’objet, il n’y ait encore quelques erreurs ou des choses qui paroi fient contradictoires. Des détails fur les usages et les dogmes des Indous, écrits dans le Carnadc, dévoient être différents de ceux que l’on écrivoit dans le Pouniab. Cependant la religion des Indous a dans toutes les parties de l’Indostan les mêmes principes ; et l’édifice énorme, bâti fur ces fondements, ne diffère pas essen- dellement dans ses parties principales, lorsqu’on l’observe avec attention. Les différences visibles proviennent peut-être seulement des mœurs différentes du même peuple, d’après son séjour dans le sud ou dans le nord. Les habitants du Carnadc inférieur font doux, tempérans et en général timides. Ils remplissent les commandements de leur religion Avant-propos. xxij avec une exactitude scrupuleuse, et les Bramines de ces pays se bornent avec la plus grande sévérité à la nouiriture végétale. Il en est de même de plusieurs autres sectes. C'est toute autre chose avec les habitants du Pouniab. Ils font courageux, entreprenants et souvent cruels. Ce caractère est même celui des classes qui ne font pas militaires. Les Bramines font ordinairement soldats dans ce pays. Plusieurs d’entre-eux mangent de la viande, et aucun ne quitte fa demeure, même quand il ne marche pas contre l’ennemi, sans prendre ses armes avec foi. Les marchands et les ouvriers font aussi tous armés ; lorsqu’ils veulent s’éloigner seulement de quelques lieues de leur patrie , et dans les provinces du nord, fur-tout dans le Boundilcound, les paysans prennent toujours un épieu avec eux, quand ils vont labourer leurs champs. Cette différence de dispositions naturelles a occasionné une telle différence d’usages et de mœurs, qu’on pourroit croire d’abord, si on n’y réfléchissoit que superficiellement, que les habitants de l’Inde méridionale et septentrionale ne sont liés entre-eux par aucun lien national. C’est avec plaisir que je témoigne ici publiquement ma reconnoissancc des obligations que j'ai au Colonel Polier au service de la compagnie des Indes, pour les manuscrits précieux qu’il m’a communiqués iur les Sicques et la vie de Choujah-Oud-Dowlah. Toutes les fois que j'eus besoin de conseils ou Avant-propos. xxiij d’explication sur d'autres points de l’histoire Indienne, il fut toujours disposé à me prêter ses connoissances et ses papiers. J’ai l’obligation à M. Brislow, en Bengale, d’un ouvrage instructif fur Choujah-Oud-Doivlah, et dans lequel j’ai trouvé des détails intéressants. La carte qui indique le chemin que j’ai suivi, a été faite par Mr. Willford Ingénieur en Bengale et homme de connoissances très-étenduts. Les sciences gagneront peu à cet ouvrage. La manière dontje voyageois rendent impossible l’usage des instruments avec lesquels on peut déterminas la distance des lieux et la direction du chemin. J’cstimois l’une d’après le cours du soleil , et l’autre d’après ce que l’on me disoit dans chaque endroit. Souvent l’erreur est considérable. Mon peu de connoissances en botanique me mettent aussi hors d’état de donner des descriptions exactes des arbres et des plantes que je trouvais en Cachemir et en Perse. Par bonheur les produits naturels de ces pays font ü bien décrits par Chardin, le Bruyn et Bernier, qu’on ne remarquera pas mon ignorance Je fuis à présent occupé à mettre en ordre mon second volume, qui contiendra mon voyage de Cachemir en Angleterre, par PAfganistan , la Perse et la Ruffic. S U J E T. Le chemin de Calcutta à Cachcmir. Essais fur la religion des Indous. Hißoire abrégée des Rohillas , de Choujah-otld- Dowlah et des Sicques. V O Y A G E D E FÖRSTER. PREMIERE LETTRE. Benarès 3 i Août 17S2. J m’étois proposé , dam le cours de mon voyage , de passer par Benarès et d’y séjourner quelque tems pour faire quelques recherches fur la religion des Indous ; je demandai donc et j’obtins la permission d’aller voir cette ville. Je me flatte que les observations que j’ai faites, pendant ce voyage, vous feront quelque plaisir; et si vous trouvez qu’étant étranger *] j’ai pu souvent me .tromper dans mes remarques et dans les conséquences que j'en ai tirées, au moins vous verrez bien-tôt, qu'en aucun endroit je n’ai à dessein défiguré la vérité. Je quittai Calcutta le 23 Mai et j’arrivai le joursuivant à Soukzagour. C’est une plantation florissante qui appartient à Mrs. Kroft et Lennox. Ces Messieurs vien*- nent d’établir une fabrique de mousseline blanche, dont la Compagnie Angloise achète chaque année pour deux lacks de roupies Ils y ont joint une frabique de foye écrue , qui paroît être en fort bon état et recompenser les peines des Entrepreneurs. C’est aussi fur cette plantation que l’on prépare, en grands quantité, une boisson spiritueuse , qui sans être absolument la même chose que le rum d'amérique, lui ressemble pourtant beaucoup, et qui depuis le commencement * L’Auteur avoit al or- un emploi civil à la Présidence d Madrar» de la guerre d’hollande a un débit considérable. Comme on peut faire de cette boisson tout ce que l'on fait de l’arrack de Batavia, le Bengale gagnera beaucoup si son rutn ou son arrak devient article d exportation. Si le Gouvernement veut encourager ceux qui enrichissent leur patrie, en étabbssant une fabrique nouvelle et utile, il doit leur accorder sa proteélion et avoir pour eux toute l'indulgento possible. C est également le devoir de tout Observate ur attentif de faire con- noître le succès de ces entreprises; par là il enflamme l’émulation de ses concitoyens et fait payer aux bienfaiteurs de leur peuple le tribut d’éloges et d’honneurs dû au génie et à l’industrie. Je dirai donc que ces fabriques ont attiré fur elles l’attention particulière de l’Administration du Bengale, et que cette même Administration a montré, dans plusieurs occasions, un empresment digne d’éloges à favoriser des entreprises d'une utilité générale. Les anglois ne devroient pas plus long-tems se considérer comme étrangers dans un pays où dans le fond ils font les maîtres. Ce n’est pas à faire une fortune considérable et rapide qu iis devroient donner leurs foins, lis devroient plutôt tâcher de faire et d’assurer le bonheur du pays en encourageant l’industrie et en procurant aux sujets un bien-être fans lequel ce bonheur ne peut exister. Une conduite vraiment sage et prudente augmenteront également la félicité publique et particulière. Elle serstit une sorte de réparation pour quelques actions qui ont. fait tott au caractère national. Puisque j’en fuis fur cet aiticle, la naturelle des choses et des idées me conduit à quelques observations fur le commerce intérieur et extérieur du Bengale, ainsi que furie défaut de numéraire , défaut sensible dans toute la province. 3 Avant que les anglois devinssent maîtres du Bengale, les différents peuples qui commerçoient avec ce pays étaient forcés de payer argent comptant une grande partie des marchandises qu’ils achetoient, le nombre des articles que dans le Bengale on avait besoin d’acheter de l’étranger étant trop peu considérable. Ce commerce si avantageux , qui amassait tant d’or et d’argent dans 1Indostan et fur-tout dans le Bengale , dura un siècle et demi. Mais quand la domination anglaise y fut fondée, ce commerce cessa; les revenus du pays servirent à payer les frais de l’administration et les cargaisons des vaisseaux de retour de la Compagnie Anglaise. Ainsi, non-feulement cette première source, d’où coulait dans le pays l’or des étrangers , fut tarie; mais de plus, les richesses que les Employés de la Compagnie amassaient, diminuèrent encore beaucoup l’affluence de l’argent que les autres nations commerçantes de l’europe y avaient apporté. Ces nations trouvaient non - seulement à débiter aisément les marchandises qu’elles offraient; mais elles recevaient même des sommes d’argent considérables pour des lettres de change payables en europe. L’anéantissement de la domination mahométane, dans le Bengale , produisit au Ist un très-grand changement dans le commerce intérieur de cette province. Les Princes et les Chefs, nés dans le pays, entretenaient des cours et une fuite nombreuse. Ils faisaient vivre un grand nombre d’ouvriers et d’artistes qui fournissaient à leurs maîtres des draps d’or et d’argent, des étoffes de soÿe ou à sieurs, de fines mousselines et d’autres articles de luxe auxquels le pompe asiatique procuroit un débit continuel et avantageux. Ces Princes , ces Chefs mahométans ou indiens font à présent 4 ou chassés ou au moins tombés dans la misère et la pauvreté. Ainsi les artistes et les ouvriers , qui auparavant étoient noutris par leurs maîtres , n'ayant plus à présent de quoi subsister, ont quitté ou le pays ou leurs anciennes occupations. Dès ce moment plusieurs branches de manufactures précieuses commencèrent à tomber visiblement, et quelques unes des plus rares furent tout à fait ruinées. L épuisement de llndoflan et de la Perse, les troubles qui y regnoient, firent qu’on rechercha beaucoup moins les production, du Bengale qu’on ne le f'aisoit auparavant, lotsque Ispahan et Debil étoient la résidence des Souverains riches et puissants. La Cour du dans tout son éclat, surpassoit, par sa pompe et sa dépense, Tes Cours des autres Royaumes, les nombreux Gouverneurs, dans les provinces, imitoient leurs maîtres, les marchandises les plus précieuses, dont on se servoit à toutes ces Cours, étoient faites dans le Bengale ; l’on doit donc nécessairement conclure que la cessation d'un tel commerce a dû produire de grands effets. Tout en remarquant cependant un changement qu’on ne peut nier dans le commerce de Bengale, des faits ou des preuves particulières ne peuvent pas m’autoriser à prononcer absolument que par là le pays ait perdu en tout. Peut-être le nombre plus considérable de cargaisons, envoyées chaque année en euiope, répare-t-il la perte efluyée d’un autre côté. _* / s* Il est sur que le -Bengale a souffert beaucoup de l’avidité de» Employés de la Compagnie Angloii'e depuis u76 5 ' jusqu'en 1^772 ; mais il est tout aussi sur, que ce pays , pendant du Gouverneur-Général Hastings , s’csi relevé et est parvenu à^îne aisance qu’il n'avoit connue dans aucun tems. Voyez observations sur la fertilité ou la jlérilltc , sur l'etat pajji et présent des frineipau* pays de VAß% 1er. vol. p. 336 et de fuite. Kote du Traducteur Allemand. \ 5 Après avoir parlé Je l’or et Je l’argent qui affluoit d’Europe en Bengale . je veux ajouter encore quelque légères observations fur la diminution du numéraire dont on s’est plaint ü long-tems. Sous la domination des mahométans, les richessts des particuliers éîoient ordinairement remises en circulation dans les endroits où elles avoient été acquises ; et quand même on eût amassé ces trésors par des extorsions , leur rapide circulation , par tous les canaux nécessaires aux besoins du luxe, amélîoroit et embelhssoit toujours, au total, le pays, fans qu’on s’apperçût d’une diminution dans la masse de l'argent comptant. Peut être dira-t-orr que la dépense que les européens font, en bâtissant des édifices , soit publics , soit particuliers , répare parfaitement ce que l’artiste et l’ouvrier a perdu d’uu autre côté. Mais je puis assurer que cette dépense , des européens n’approche pas, à beaucoup prés, de celle des mahométans- Ils bâtissoient des mosquées , des temples pour leurs idoles; ils pîantoient des jardins immenses ; ils construisoient des bains , de grands réservoirs et des maisons magnifiques de particuliers. Ces sortes de dépenses ne font ni dans l’esprit ni dans le goût des européens. Ils n’ont aucune passion religieuse à contenter. Un zèle patriotique ne leur fait pas naître l'envie de consacrer à leur réputation, dans les Indes, des monuments dont l’utilité soit générale. Au contraire , s’y trouvant étrangers, ils se pressent de retourner dans leur patrie le plutôt possible , pour y jouir des fruits de leurs travaux. Les anglois, dans le Bengale , n’ont pas toujours occasion de faire passer en eutope , par des lettres de change, les biens qu’ils ont amassés. Ils font donc souvent obligés d’emporter lejr argent avec eux , c 6 > malgré la perte qui en peut résulter , ou de mettre leurs biens dans les fonds étrangers , ce qui enrichit les ennemis ou du moins les rivaux de leur nation, * comme on a senti vivement les effets désavantageux de la limitation qu’on a mise aux lettres de change, et qu’on les a représentés souvent aux Directeurs de la Compagnie des Indes en Angleterre ; on a lieu d’espérer,que les facilités,pour pouvoir faire paffer de l’argent, des Indes en Angleterre, deviendront a ffez grandes , pour qu’on n’ait plus recours à un de ces moyens désastrueux , ou d’exporter l’or et l’argent , ou de se servir des agents des autres nations. Si l’argent que des particuliers contient à la Compagnie des Indes, dans le Bengale , cil employé en marchandises des Indes , et cela dans la vue de payer les lettres de change tirées en europe , il s’en fuit naturellement, qu’excepté les cas imprévus, les ventes en Europe , doivent mettre la Compagnie en état de payer les lettres de change tirées fur elle. Pour le persuader de la grandeur des ressources que possède le Bengale , il luflit de penser que les millions, que cette province a fournis aux côtes de Coromandel et de Malabar, avec lesquels elle a soutenu ses guerres intestines et étrangères et pu continuer son commerce * Personne ne s’est plaint davantage de ce mal que HafUngs. Manoirs relating to the State of India. London. 1786. p. 146. Pt les prièiey u les avis de ce Gouverneur, bon patriote , ont été vraisemblablement une des principales causes qui ont fait cesser tout*à-fait, ou presque tout-à-fait , en Bengale, l'exportation de l’argent comptant, aini que les avances de sommes considérables que l’on faisoit à des Marchands ou à de» Sociétés de Commerce étrangères. Voyez, Bruce’s Hißorical View oj "Plans for the Government of Bnthh . Lond* 17 4 e . p. 578 et suiv, Note du Traducteur Allemand. 7 avec Bencool et la Chine , aveient été amassés dans l’espace d’environ 6o ou 70 ans. * Depuis la mort d’Aurengzeb ** jusqu’à l’époque de notre domination dans les Indes , et dans ce temps l’empire du Grand Mogoi étoit encore très-puissant, l’excédent des revenus^du Bengale fut envoyé exactement au trésor Impérial, soit comptant, soit en lettres de change. {*** Cet envoi continuel d’argent produisit une telle rareté de numéraire que plusieurs Il m’est impossible de concevoir ce que Förster veut dire avec ces trésors amasses, dans le Bengale , dans les 70 dernières années. Jene vois pas davantage comment ces prétendus trésors s’arrangent avec le million de livres sterling envoyé chaque année à Dehli et la raretc du numéraire qui provenoit de cet eiivoi. Le Bengale, depuis le commencement du treiiièine siècle , à l’exception de quelques petites parties , fut toujours une province des Souverains Mahométans de Dehli , Orme. Vol. n. sect, ire. p. 5 . 6. 7. Et la position et lu richesse du pays, ainsi que la lâcheté et la l'oiblesse des îiubitans, peuvent bien donner lieu de croire que le Beng de , dans les siècles précédents , a été soumis également aux Princes les plus puissants de la parti* septentrionale ou méridionale ds l’indostan. Tant que les Gouverneur* du Bengale surent nommés par des Monarques étrangers , ce pars fut obligé , non-feulement d’envoyer un tribut annuel très-considérable et en argent au trésor de ion Souverain ; mais il lui sali oit aulH contenter l’avidité de ses Gouverneurs et des Employés de ces Gouverneurs. On les changeoit très-fréquemment , et à chaque changement de nouvelles demandes tout austî pressantes. Dans le Bengale, à présent , le superflu des revenus publies est changé tout entier en marchandises , et est envoyé en cargaison sur les vaisseaux de retour. Auili est-il beaucoup plus heureux qu’il ne i’étoit auparavant , lorsque les Souverains étrangers et les Gouverneurs tiroient chaque année des millions du pays. Ce que Forstet disoit auparavant , que toutes les marchandises de luxe dont l’Empereur , ses Gouverneurs et les Courtisans se servaient , étaient fûtes en Bengale , est très exagéré. Note du Traducteur Allemand, f** Ce Prince mourut en 1707. une t cu j e ann ée on envoya du Bengale à Dehli uns crr* de roupies ou un million d-s liv. sterling. I S persccres, fort à leur aise,a voient de lz peine à se procurer 1 argent nécessaire pour les dépenses journalières de leur ménage. Quoi qu’à présent le commerce maritime du Bengale ne seit pas suffi Bctissant que dan» oè les Européens étoient bernés su commerce des côtes tt n’éteient que ces marchands , cependant il y a tcujouis un commerce allez vif à Calcutta. Celui' qui se saisoit auparavant avec tant d avantage entre le Bengale , Pégu , Siam et les iilcs Malayes, est à présent disparu en grande partie, * et s’il ne survient pas un changement favorable , il a 1 air de cesser bientôt. Ces branches de commerce amenoient de l’argent, de l’or, des pierreries dans le Bengale , et on exportoit, en échange, de la soye écrue ou manufacturée, de grosses étoffes de coton , de l’opium et du salpêtre. On a objecté que ^commerce maritime de Bengale a souffert v Le commerce du Bengale avec les Royaumes de l’Inde et les isles Malayes n’étoit pas à beaucoup près' autfî considérable avant U domination des anglois, et n’est pas tellement tombé que Forsteric croit, La décadence des Empires dePcguetde Siam , et des petit* Royaumes de l’iste Mallac La avoit déjà fait le meme effet fur le commerce , etl’avoit ruiné fans qu’on pot rien reprocher aux anglois. Depuis que leur puissance est affermie dans l’fndostan , et que le commerce danois a considérablement augmenté , la Compagnie des Inde* choisit avec le plus grand foin , dans le régu et les istes Malayes , toute» les marchandises qui peuvent être des objets de commerce avantageux pour la foire de Canton. La Compagnie dit Bruce L. C. F. îi5 , a des Commis qui font accoutumés à de l’opium, de la poudre d’or , de; l’argent , de l’ivobe , de l’étain et une quantité d’autres petites marchandises on les élève pour cela. Ils savent parfaitement les langues des insulaires. Ils connoissent tous les débouchés du commercé , et ils ont une quantité de petits vaisseaux, fur lesquels Us portent les marchandises qu’ils ont achetées dans une. place de commerce quelconque où les chinois viennent les chercher , quelques fois même ils les portent droit à Canton , etc. Jamais mar- ûhand particulier ne pourroit rendre de pareils services à la Compagnie, Kote du Traducteur Allemand. par t s par la défense de l'importation du sel étranger , ou ca qui est le même , par un impôt très-fort mis fur le sel par là le nombre des vaisseaux, et l’exportation du bled et du riz , ont été considérablement diminués. Mais quand même ces mesures auroient fait souffrir le commerce étranger , cela a fait monter la recette du sel du Gange plus haut qu’elle ne l’a jamais été dans les tems précédents. Il est pénible et même injuste de parler des malheurs 5'un pays fans proposer de moyens pour y remédier. Mais j'ai peu de connois- sances, et je puis feulement dire, que le bonheur de la domination anglaise dépend du bien-être du Bengale ; qu’on ne doit trouver aucun travail trop dur, et qu’on doit tenter tous les plans raisonnables pour pouvoir augmenter le commerce et les revenus de ce pays. Le 28 Mai j’arrivai à Berhampore , ville de garnison vaste et commode. Il y a un Bataillon d’européens et 3ooo Cypayes. Le i5 juin je fis un détour pour aller à Mooreshedabad et en parcourir les environs. Je voulois voir le théâtre de ces faits et de ces événements importants qui, après tant d’intrigues it de combats , ont enfin rendu les anglois maîtres d’un puissant Royaume. A un mille au-dessous de la ville, et fur le bord opposé du fleuve, est le tombeau de Aly Verdy Kan , qui est connu dans les Indes fous le nom de Mahobout Joung. Bartes talents militaires et politiques , il s’éleva jusqu’à la dignité de Souba de Bengale. Il soutint pendant huit ans une guerre opiniâtre avec les Marattes ; mais à la fin, malgré la résistance la plus forte, il fut contraint de céder à ses ennemis le district de Coutlac. Tout près du tombeau de Mahobout est celui de son G. l 10 } y neveu Serajc-oud-Dowlah, connu dans l’histoire angloise parla prise du fort William. Ce fut lui qui enferma la garnison, qu’il y avait fait prisonnière, dans une caverne étroite où la plupart de ces malheureux moururent. Le destin de ce jeune homme ressemble à celui de beaucoup d’autres princes orientaux, fur-tout de ceux qui tombent dans le malheur. Seraje-oud-Dowiah fut trahi parMeer Jastier à la bataille ÿe Plasse'y, et bientôt après tuépar ordre de celui qui l’avoit trahi. L’action de Meer Jastier, d’après lesloixdela parenté et de l’honneur, ne paroîtroit pas fous un jour favorable. Mahobout Joung avoir donné à Me er Jastier, dont il avoit voulu assurer la fidélité à son successeur, la place la plus honorable de l’état et fa sœur en mariage. Même au lit de la mort, il recommanda encore le jeune Nabob, de la façon la plus touchante, à ses foins etàfa protection. Mahobout auroit dû savoir, par sa propre expérience, qu’il n’y a pas de liens assez forts * pour enchaîner l'ambition, sur tout lorsqu’elle naît dans le cœur d’un asiatique ; on fait qu’alors elle surmonte tous les obstacles. Les Mollahs qui font là pour prier pour les morts, racontent, que la veuve de Serajc- out-Doxolah vient fou- venta ce mausolée pour pleurer son malheureux époux. Mooreshedabad offre à présent toutes les marques de la pauvreté et de la décadence. C’est la fuite du déplacement de l’administration. Elle n’étoit pas depuis long- tems la résidence des Soubas de Bengale, ils tenoient auparavant leur cour à Rajah-Mhal , qui est à cent milles au-delà en remontant le fleuve. Le Souba actuel, Mou- barick-oud-Dowlah , petit fils de Meer Jaffier et fils du Nabob Miroun , tué, dit-on, d’un coup de tonnerre, * Pendant qn’il augmentoit fan» celle son pouvoilil »voit seit servis heureusement à sei projets la ruse et la pcisidi. l - touche sur le trésor de ïâ Companie une pension annuelle de 16 lacks de roupies. Il est d’autant plus tranquille dans sa position présente, qu’il n’a jamais eu ni puissance ni ambition. Les anglois ontbeaucoup d’obligations à la famille de Moubarick pour la conquête du Bengale, et une économie mal entendue ne devroit jamais leur faire violer les engagements qu’ils ont contractés avec lui. Malgréles attentions qu’on parcît avoir pour lui, il doit palier de tems-en-tems des moments biens durs, s’il fait penser et sentir. Il n’y a pas à Mooreshedabad d’édifices remarquables, excepté les monuments de Meer Justier, de fa. femme et du Nabob Mheroun, * Rien n’est fait pour réprimer notre vanité comme de considérer attentivement le lieu où reposent ceux qui pendant leur vie ont passé pour de grands hommes. Ils sembloient n’ètre animés que par l’orgueuil, l’avarice et l’ambition. Ils croyoient que tout le royaume étoit trop petitpour eux, et que le genre humain n’étoit fait que pour servir d’instrument à leurs passions insensées. A présent ces hommes, qui vouloieut escalader le ciel, sont renfermés dans un espace étroit et obscur. Leur ambition, autrefois si inquiète, repose dans un profond sommeil, et leurs noms, bien souvent, sont ensevelis avec leurs cendres. Le î 3 juin j’allai en bateau à Moorejhedabad et remontai le fleuve à voiles environ la longueur de 3o milles d’anglcterre , avec un vent d’Est allez frais. Les bateliers, fur-tout ceux de l'Indus; attachent le soir leurs bateaux au rivage, et descendent pour prendre quelque nourriture. Cette espèce de bateliers n’est pas dans l’usage de se préparera manger sur l’eau même. 1*1 On m’a dit aussi , que Mheroun était enterre à Rajemhal. Le» Mahotnétani ne toat pat dan» l'usage d’élever dé» cénotaphes. C s Ce Prince fit creuser un fossé large et profond depui» le fleuve jusqu'à la colline ; on en voit encoreMes traces. Il le fitpour défendre mieux Asongirrr conue l’armée d'Aurengaeb qui l'avoir repoussé jusque! là. c 4 'S Bernier, îe plus ingénfeux et le plus digne de soldes hiltoriens de l’Indostan. * ti Après la bataille d'Alhabad, où le Sultan Choujah fut battu, ce Prince se relira dans l’intérieur du Bengale, pour opposer toutes ses forces aux armes d’Aurengzeb. Bernierdit, >> il ne restait plus d’épine au pied d’Aurengzeb que le Sultan Choujah, qui se soutenoit encore dans le Bengale ; à la fin il fallut bien qu’il cédât à la force et à la fortune de son frère. " Emir Koumla ** avoit rassemblé des troupes considérables; il était en état d’enfermer l’armée du Sultan Choujah entre les deux côtés du gange ; ce Prince fut forcé dp chercher un asile dans la ville de Dacca, à l’extrémité du Bengale près delà mer; ici finit la tragédie. Le Sultan Choujah n'avoit pas de vaisseaux, et ne savoit roi .ment de Dacca il pourroit écliappt-r à la vengeance ta son ère. Il envoya alors son fils aîné , le Sultan Banque, au roi de R can ou d’Arracan, Prince idolâtre, pour demander la permission de se réfugier, pendant quelque-tems, dans ses états. Il devoir aussi demander, fi lorsque les moussons favorables commenceroient, il pourroit avoir un vaisseau qui le transportât à la Mecque, d’où il pensoit se rendre en Turquie ou en Perse. Le Sultan Banque revint à Dacca avec quelques vaisseaux dont l'équipage étoit composé de portugais fugitifs, qui s’étoient mis au service du Roi d’Arracan. llsn’étoient employés que pour piller la partie inférieure du Bengale. Le jeune Prince apporta, à son père, la nouvelle * Berniev raconte l’histoire du Sultan Choujah dan* le ierVolumt p. 148. On ne sait pas pourquoi trouva necessaire de copier un extrait fi confidèrable d'un écrivain si connu. Il n'avoit fis 4 r y renvoyer. N. D. T. A. Chef de l'armé contre le Sultau Choujah. -7 . qu’il avoit été sort bien re\u, et qu’on lui avoit promit toutes sortes de secours. Sur cela, le Sultan Choujah s’embarqua àDacca avec toute fa famille; elle consilloit entrois fils, plusieurs biles et leur mère. A leur arrivée à Arracan . ces illustres fugitifs f irent reçus avec beaucoup deco sidération, et onleurdonua, au nom du Roi, tous les objets de première nécessité que fourmflbit le pays Cependant la saison favorable arrivait, et l’on ne parloit pas du vaisseau qui devoir transporter le Sultan à la Mecque. Il l'avoit déjà plusieurs fois demandé, en assurant qu’il avoit assez d’argent pour en payer ou le louage ou le fret. Il n’en avoit que trop, et probablement ses trésors furent la cause de fa perte, ou dumoins ils y contribuèrent beaucoup. Le Prince cependant deman- doit fans cesse un vaisseau, tout était inutile. Enfin le Roid’Arracan devintbeaucoup plus froid, et fe plaignit de ce que le Sultan ne lui avoit pas fait de visite. Chou- jali regardait peut-être, comme indigne de lui, d’aller voir le Roi, je n’en sais rien; peut-être aussicraignoit-il, que s’il allait à la cour, on ne s’emparât de fa personne pour fe rendre maître de ses trésors, et qu’on ne le livrât à l’Emir Roumla. Cet Emir, au nom d’Aurengzeb, avoit offert au Roi d’Arracan de* sommes d’argent considérable, l’il vouloir remettre entre ses mains toute la malheureuse famille du Sultan. Quelque fût son idée, il n’alla pas à la cour du Roi d’Arracan, il y envoya son fils aîné. Celui-ci, en approchant du palais du Roi,jetta au peuple une quantité considérable de roupies d’or et d’argent; il offrit même au Roi des étoffes précieuse* et différents ouvrages d’or et d’argent d’un travail admirable et garnis de pierres d’un grand prix. Il présenta le* excuses de son père, en prétextant une Indisposition qui l’empêchoit de sç rendre lui-même auprès -8 du-Roi, et il demanda, de la manière la plus pressante, de vouloir bien faire équiper le vaisseau qu’on lui avoit promis. La visite et les présents du Prince n’eurent pas l’effet qu’on avoit espéré. Le Roi, au contraire, 5 ou 6 jours a sués, demanda la fille du Sultan en mariage. Choujah refusa absolument, et ce refus irrita extrêmement le R,i d'Arracan. Cependant la saison étoit passée , le Sultan voyant qu’il n’obtenoit rien par la douceur , ne consulta plus que son désespoir. Quoique le Roi d’Arracan soit idolâtre , il y a cependant , dans son pays, beaucoup de Mahométans qui s’y font établis volontairement, ou qui ont été faits prisonniers par ces pirates portugais dont j’ai parlé plus haut. Le Sultan gagna secrètement ces mahométans. Avec leur secours et celui de deux ou trois cents fidèles serviteurs, qui l’avoient suivi , il voulut attaquer le palais du Roi, tuer toute la famille royale , et fe faire proclamer Roi d'Arracan. Cette entreprise paroit plutôt l’action d’un désespéré, que d’un Iiomme sage ; et cependant, j’ai entendu dire à plusieurs mahométans portugais et hollandois, qui étoient fur les lieux , qu’elle eût réussi, si le complot n’eût pas été découvert un jour avant son exécution. Cette découverte perdit le Sultan et fa famille. N’ayant plus d’espérance de rétablir sa fortune en Arracan, il résolut de fuir dans le Pégu. Cela d’abord étoit impossible , à cause des bois et des montagnes effroyables qui séparent Pégu et Arracan; il fut de plus poursuivi avec tant de vitesse, qu’on le rejoignit le jour même qu’il étoit parti. Le Sultan se défendit avec le courage le plus opiniâtre. On ne peut compter les barbares qui tombèrent fous ses coups. A la fin il fut forcé , par le nombre, d’abandonner le champ de bataille. Banque, -9 qui n’étoit pas encore si loin que son père , combattit comme un lion; mais enfin , blessé dangereusement, tout étourdi par les pierres qu’on lui jettoit de tous côtes; il tomba. On se saisit de lui et on l’emmena avec ses deux plus jeunes freres , fa sœur et sa mère. Quant au Sultan , accompagné d’une de ses femmes, d’un eunuque et de deux autres personnes, il gagna le haut d’une montagne. Un coup de pierre le jetta parterre; mais l’eunuque banda saplaye avec son turban et le remit sur pied le Sultan s’enfuit dans les bois. Voilà tout ce qu’on a pu apprendre de son destin. Je l’ai entendu raconter ainsi de plusieurs côtés, même à des personnes qui avoient été témoins ooculaires. Ces rapports firent courir beaucoup de bruits fur le compte du Sultan, et inquiétèrent souvent la Cour de Dehli. Dernier, après avoir cité les différentes conjectures que l’on a faites et répandues fur Chouja’n, raconte , qu’il a fait un voyage, de Bengale à Masulipatnam, avec un de ses eunuques. Cet eunuque étoit anciennement chef de l’artillerie ; et il lui dit que le Sultan étoit mort. Il n'en voulut pas dire davantage. Dernier croit qu’il ne fut pas tué par les ennemis qui le pouisuivoient ; mais que bientôt, ou il fut tué par les brigands , ou dévoré par les bêtes féroces dont les bois d’Arracan et de Pégu font remplis. On jetta ensuite dans des cachots ceux des membres de la famille du Sultan qu’on avoit pris. On les traita fort mal. Vernier dit qu’on-îes traita plus humainement dans la fuite. Le mariage de la fille aînée du Sultan avec le Roi en fut cause. Mais les serviteurs du Sultan Banque ayant voulu recommencer une nouvelle conjuration avec les mahoniétans qui demeuroient à / ïo Arracan , le Roi fut tellement irrité, qu’il fit périr toute la malheureuse famille, excepté la Princesse qu’il avoir épousée. * CasToum Ali Kan se retira, lors des dernières années de son gouvernement, dans la forteresse de Monghecr. Les prétentions toujours croissantes des anglois dimi- nuoient son autorité et le commerce de les sujets. Dans un moment d humeur, il conçut le projet de secouer le joug de étrangers et de faire cesser leur influence dans le Bengale-, outre les motifs qu’ilavoit pour son compte, il étoit aigri sans cesse par scs Courtisans et ses Officiers, que la diminution de leurs revenus et de leur puissance devoit nécessairement révolter. Le plus emporté parmi eux étoit Kojah Gregore , Arménien. Contre la coutume de son peuple, il avoit pris le parti des armes ; il s’étoit mis au service de Cajsoum Ali. Parvenu à un grade important, il s’étoit acquis beaucoup de considération. Il paroît que Soum- rou et lui ont eu la plus grande part à la guerre avec les anglois, guerre qui, comme l'on fait, perdit Caf- soum , et mit fin à la domination des Mahométans dans le Bengale. Gregore , fur le soupçon d’une conjuration tramée par lui à Calcutta avec ses compatriotes , fut condamné à mort, encore avant que son maître fût chassé. Ce fut avec Cassum Ali ** que finit la puissance ¥ J’ai aime à raconter les malheurs du Sultan Choujah , parce que cela fait voir un morceau interessant de l’histoire Indienne fous un tout autre jour qu’un de nos écrivains, le Colonel Dow, nous l’a présenté. Quoique Dow puisse passer pour un historien très-exact , cependant il ne pouvoit pas être aussi bien informe qu’un écrivain contemporain dont la fidélité est connue. ** Fendant que Cassoum AH erroit dans les provinces supérieures de l’Indostan , pour susciter des ennemis aux anglois, il demanda aussi des secours à la Cour de Dchii. Il dans son intérieur t 21 des Soubas de Bengale. Meerjasser essaya de regagner la considération de ses prédécesseurs. Cette tentative malheureuse lui valut la mort, et fonda la domination complétas des anglois dans ce pays. L’on auroit tout à me reprocher , si avant de quitter ce pays, je nejoignois mes éloges à tous ceux que Mr., Cléveland a mérités et obtenus. Ce généreux anglois , que je n’ai jamais vu, mais dont la réputation est connue par ses ouvrages, augmenta considérablement la population , par une administration sage et juste , des districts de Rajahmhal et de Bauglepour. 11 facilita aussi la levée des impôts, quoiqu’ils augmentassent fans cesse. L’augmentation de population est frappante dans les environs de Mongheer , et fur-tout on le remarque aux foires considérables de cette ville. Des marchands de toute forte s’y rassemblent. Ce même homme se donna toute la peine possible pour tirer les habitans des montagnes voisines de leurs retraites inaccessibles , et les faire descendre dans la plaine. Ses peines ont etc recompensées. Douze cents de ces montagnards ont pris service chez nous, et forment un corps duquel on peut attendre , avec raison, des services importans. Ils font traités fort doucement; ils jouistent d’avantages considérables. Cela doit être un attrait puissant, pour engager leurs frères à suivre un exemple si avantageux. Les brigandages des montagnards rendoient anciennement les chemins si peu surs, qu’à une certaine distance , il le caractère intriguant et sanguinaire qu’il porta dans fa vie publique. Il chercha à corrompre les Ministres de Deiili par des présente considérables, et on prétend qu’il fit périr, en différents temps, toutes les femmes qu’il avoit amenées de Bengale. A fa mort, qui le surprit en 1777 dans le village de Kouhvall , la Cour s’empara de fa succession, qui montoit à 100000 liv. steil, soibie reste de ce qu'il avoir volé dans le Lehar t le Bengale, s* falloit mettre des postes pour protéger les voyageurs. Souvent même on étoit obligé d’envoyer deux ou trois Bataillons pour tenir en bride les habitans des montagnes de B angle pour ; et ces habitans, à prélent, défendent ces pays qu’ils ravageaient auparavant. Enfin, Mr. Cléveland fit construire, dans les deux districts qu’il administroit, à la plupart des places où les caravannes et les voyageurs seuls ont coutume de se reposer, de petits bâtiments dans lesquels on trouve au moins un abri contre la rigueur du temps. Les naturels du pays paroissent même s’être formés fur l’exemple de leur chef. Ils témoignent aux étrangers les attentions les plus obligeantes. Tels furent les avantages que le Gouvernement et un grand nombre de sujets dut à la bienveillance et au patriotisme d’un seul homme. Aussi sa recompense fut-elle égale à son mérite. 11 jouit de l’honneur d’avoir relevé , dans un pays éloigné , le caractère de fa nation ; et il a dû connaître des plaisirs que la plus grande fortune n’est pas en état de donner. Le 3 Juillet je quittai Mongheer , et le 5 j'arrivai à Patna\ furie gange. Cette ville est grande et peuplée, quoiqu’elle ait bien perdu depuis qu’elle n’est plus la résidence du Nabob de Behar. On cultive, dans le voisinage de Patna, une grande quantité de pavots dont on fait un opium excellent. Les Salpêtrières font considérables ; aussi la ville est-elle fort riche. Elle est devenue le centre d’un commerce étendu. Les différentes fabriques d’ouvrage , en argent, en fer et en bois, font étonnantes, surtout quand on considère les mauvais outils avec lesquels ils font travaillés, et les méthodes impies d’après lesquelles on les fait. On trouve à Patna et dans ses environs des ruines 23 considérables d’cdisices publics et particuliers, qui montrent un luxe et une grandeur que l’on ne retrouve plus à présent. Un ancien nom de cette ville , dont quelques habitans plus instruits se souviennent encore, et qui a quelque ressemblance avec la prétendue capitale des Indes dont parlent Strabon et Pline, a’fait croire que Patna étoit bâtie à la place du fameux Palibothra , dontle MajorRennell a parlé d’une manière si détaillée dans ses ouvrages géographiques. La curiosité et le besoin momentané de m’abandonner à des réflexion* tristes, me conduisirent à la place où les anglais ont été tués par ordre de Caflbum Ali. Les maisons qui y étaient auparavant font abattues , et à la place on a élevé un monument décent ; mais fans inscription à l’honneur de ces malheureux. Peut-être eût-il mieux valu ne pas l’élever ; mais si l’on voulait conserver le. souvenir d’un forfait, on aurait dû, ce me semble, parler aussi de ce qui l’a occasionné. Le i 3 Juillet je quittai Patna , et j’arrivai le même jour à Momoufferpour. C’est là que demeure le Receveur du district de Tirhut. Ce district est situé au nord de Patna, à la distance de 40 milles, et rapporte environ six lacks et demi de roupies. En 1760, dans le voisinage de Momoufferpour , il y eut une bataille entre Mherin , fils aîné de Meer Jaffier, qui avait avec lui des troupes anglaises , et Kadim Houffein Kan, Chef de Pournea. Ce dernier fut battu. Quelques jours après Mherin mourut. On prétendit que c'était d’un coup de tonnère. Meer Jaffier crut que son fils avait été asfalsiné , et il accusa publiquement Cajoum Ali de ce meurtre, La mort de ce jeune homme favorisait les desseins ambitieux de Caflbum Ali. Plusieurs circonstances suspectes se réuni- 24 rent contre lui , ainsi on peut pardonner à un père, d’avoir pu croire que son siLs avoir été astassiné par un rival déclaré , qui, dans la fuite, fut irréconciliable, et montra un caractère cruel et sanguinaire. Le 3 o Juillet j'allai par terre à Choprah. C’est une longue ville dont les maisons font dispersées ça et là, et qui, est environ à vingt mille au-dessus de statua, au nord du gange. Choprah est le st jour du Receveur des districts de Saroun et de Champoran , qui rapportent 14 iacks et demi de roupies. Le» et les hollandois * ont eu là de* comptoirs, fur-tout pour la préparation du salpêtre, que cette contrée fournit en abondance. On remarque , et cela en vaut la peine, que les hollandois achètent aux anglois la plu* grande partie du salpêtre brut , et que cependant ils sont en état, lorsqu’il est raftné , de le donner d'une meilleure qualité et à meilleur marché que la Compagnie anglaise. Peut-être les hollandois doivent-il* cet avantage à l'économie sévère qu'ils observent dan» leurs entreprises de commerce ; peut-être la cause en est-elle l'application soutenue qu’ils donnent à tout es qu’ils font, et qui paroît inné chez eux. Le ie Août je quittai Chbprah . et le 14 j’arrivai à Bouxar. Ce fut dans le voisinage de cette ville, que Casoum Ali , dont les forces croient réunies à toutes celles de Choujnh-oud-Dowlah , dernière tentative contre lès anglois. Leur nombre considérable, qui eou- vroit les plaines de Bouxar . ne leur servit de rien contre la troupe petite , il est vrai , mais résolue et disciplinée des anglois. Après un combat assez vif de quelques heures , les anglois enfoncèrent les troupes p Celte lettre fut écrite pendant la guerre avec la sranee et It hollande , et le» anglois avoVent pji» les comptons de ces deux nations combinées *5 } combinées et prirent toute leur artillerie. Je n’ai parlé des exploits de cette journée , décrits allez amplement par d'autres, que pour vous rappeliez les services im- portans des troupes angloises. Leur patrie leur doit, fans doute , la reconnoissance la plus marquée. C’eft à eux qu’elle eft redevable de la gloire de son nom et des grands avantages qu’elle a acquis. La citadelle de Bouxar eil petite , mais elle est assez forte pour résister aux attaques ordinaires des Iudous. Lise est située à l’extrémité de la province de Behar. Le Commandant actuel a encore augmenté les fortifications. Pour plus grande fureté , il a revêtu la ville d’un rempart et l'a entourée de fossés. Il y a peu de choses remarquables à Bouxar. Il en est une seulement que les Indous respectent, comme les habitans de Naples honorent le sang de St. Janvier, et les catholiques Notre Dame de Lorettc. Le monument dont je parle est lur une petite hauteur à l'ouest de la citadelle ; il est consacré au Dieu Harn. C est celui qui commande à la guerre et à la victoire ; on peut le regarder comme le mars des Indous. Kam, pendant fa jeunesse, se tint sept jours fur la colline, pour apprendre d’un maître fameux à tirer de l’arc. Dans la lune cette arme lui servit à faire des choses si merveilleuses , que l’on ne croit pas le louer beaucoup en disant qu’il a tendu un arc très-pesant et lancé des traits qui atteignent de loin. A deux milles de Bouxar , vers l'ouest, le ruisseau T»rin Noullah , qui se jette dans le gange , sépare la province de Bahar de celle de Bengale. Cependant on regarde ordinairement le fleuve Caramnnjfa , dont le cours est parallèle à celui du ruisseau, comme la ligne de séparation des deux provinces; lorsque le» D 'S } Officier» Angloi», en activité , sont obligé», pour leur service , de passer ce fleuve , il» ont double paye la dépense est plu» considérable ; ils font très-éloigné» des côtes de la mer, et les marchandises européenne» y font à un prix excessif. De Bousar la vue sur la province de Benarès fait un plaisir inexprimable. C’est une plaine étendue , bordée d’un fleuve fort large, qui serpente et fait mille détours. Elle est couverte de vastes champs de bled; des villages, des bois, des arbres font semés çà et là; c’est un mélange d’objets agréables qui font naître le» sensations les plus douces. Je quittai Bouxar le *3, et j’arrivai le *6 à Benarès. De Mongheer à Benarès , par eau , on compte environ s8o milles. Vous découvrirez, fans doute, quelque» légère» erreurs dan» ce que je vous ai raconté jusqu'à présent de mes voyage* par eau dans les différente» province*. Vous remarquerez auffi vraisemblablement, que j’ai dépeint avec trop de sécheresse un pays dont la fertilité donne l'idée de l’adondance , et dont la vue offre une fuite de paysages les plus varié» et les plu» beaux. J’ai l’honneur d être , etc. SECONDE LETTRE. Btaaris 3» Septembre ij8». Je vous ai communiqué jusqu’à présent le journal de mon voyage de Calcutta à Benarès , et le» remarques que j’ai faites pendant la route ; je vais vous soumettre maintenant le résultat de mes observations dans cette ville. Peut-être me tromperai-je dans mes recherches *7 \ far un sujet assez obscur, fort compliqué et qu’on n’a traité jusqu’à présent que superficiellement; mais je compte fur votre indulgence. Benarès, par ses richesses, fer édifices magnifique* et le nombre de ses habitants, peut être comptée parmi les premières villes que possèdent encore les Indous. Le nombre de leurs divinités étant très-considérable , il faudrait plus de connoissances de la religion misté- rieuse des Indous que je n’en ai réellement, pour pouvoir décrire les temples , qui leur font ^consacrés dans cette ville, pour raconter l’histoire de leur fondation, et pourquoi ils font décorés de telle ou telle manière. Cette religion est enveloppée jusqu’à présent dans une obscurité profonde , et les Poundits les plus savants, ceux qui font le plus versés dans la langue Sanscrit, * ne peuvent l’expliquer au peuple, ni en développer les mistères d’une manière un peu supportable. Cependant quelques détails, même incomplets, fur une ville connue dans l’indostan comme le centre de la religion et des sciences des Indous , joints à une courte recherche fur la religion de Brama, peuvent n’être pas désagréables. Je tâcherai de les donner avec le foin que méritent ces objets et d’après les observations les plus vraies et les plus exactes. En approchant, parle gange, de la ville de Benarès, l’oeil, à la distance de huit milles, est attiré par deux Minarets élevés, que l’empereur Aurengzeb a fait construire fur les fondements d’un temple dédié à Mhah Deve. En faisant élever ces tours assez hautes, qui semblent regarder avec mépris cette ville que l’Indou révère, ce prince intolérant avoit fans doute l’idée d’insulter à la * Ç’eft dani cette U* s a- aac fnt écrits le» livres saints des Iidons. V ’eau, ajoutoicnt-îls, encore mêlées ensemble apres la séparation de l’air, formèrent une boule. Cette boule, par un choc que le feu lui donne, ayant tourne autour de son axe, opéra par ce moyen, la séparation de l’eau et de la terre. Cependant les rayons du soleil avoient occasionne une nouvelle fermentation sur! » surface de la terre encore molle et hutnide. Ces fermentations avoient produit toutes fortes d’excroissances, et ces excroissances, enfin nourries et fortifiées par les vapeurs grossières de la nuit, l’influence de la lune et la chaleur du jour , avoient pris la forme de toutes fortes d’animaux. Ceux dans lesquels le feu dominoit, s’élevèrent et devinrent oiseaux. Ceux qui avoient eu plus de terre dan* leur formation, comme les hommes, les quadrupèdes ek les vers, relièrent fur la surface , tandis que les bêtes aquatiques s’enfonçoient dan* la mer et dans les fleuves. Il faudroit nous dire pourquoi la nature en est restée là après ses premiers effets , et pourquoi elle n’a plus produit de créatures vivantes, puisque leur création avoit été fi simple et fi facile. Les systèmes philosophiques, meme quand ils n’ont pas le sen* commun, savent trouver le moyen d’expliquer tout. Les philosophe* d’Égypte, pour prévenir tout reproche, dirent que la nature avoit donné L toutes les espèces de bêtes l'instinct de la propagation, pareequ’elle avoit pn vu, que lorsque le soleil et les vents auroieut seche la terre, ils ne seroient plus en état de produire des animaux. Vo\ez l'histoire de* anciens peuples, de Labathier, traduite par Stockdale. * Les écrivains Indous, qui ont parlé de la religion de la rni- thoîogk* le ces peuples, ont décrit d’une manière très-dé taillée l’origine du monde , de l’homme et des bêtes; mais iis les ont mêlées dans un tas de fables dégoûtantes et absurdes, qui ne valent pas la peine d’être ïüpporiées. , 33 Indiennes, font divisés en quatre grandes castes, celle des Bramines, des Chitteris, des B'nyses et des Souders. * Chacune de ces castes est subdivisée en plusieurs autres inférieures, qui veillent avec foin fur I observation de leurs usages et le respect dû à leurs droits. Il y a beaucoup d’indous qui font de lu même caste principale, et qui cependant ne mangent pas ensemble et ne sa marient pas entre-eux. La caste des Chitteris a l’air d’être éteinte , et sa place paroît avo'r été prisa par une race d’hommes illégitime ou mélangée. Tou* les Indous qui appartiennent aux castes dont j’ai parlé, peuvent se diviser encore en deux grandes castes, dont l’une s'appela Vichenou Boukht et l’autre Chevah Boukht. Les adorateurs de la première divinité font reconnoiflabîes à un trait perpendiculaire qu’ils portent fur le front, les autres, au contraire, en ont un marqué par une ligne horizontale. On adore Vichenou fous la forme d’un homme avec un cercle de têtes et quatre mains ; c’est l’emblème de fa sagesse et de sa toute puissance. Ordinairement on met vis - a - vil l’image de ce Dieu la figure d’un oiseau imaginaire ou fabuleux , et c’est cet oiseau que ce Dieu, d’après les saintes écritures, doit monter. Chevah ou Eishever, ou comme les Indous l'appelent, MhahDheve, est représenté ordinairement sous la figure des organes de la génération des deux sexes. Cette image est le symbole de la fertilité et de la vertu generative, que l lndou regarde comme la plus grande saveur du ciel, * Il y a en Indostan une race d’habitants, originaires du pays, qui ne font d’aucune caste et qu'on employé aux plus viis travaux. Ce* malheureux ne doivent entrer dans aucun temple, et n’observent aucune des règles prescrites au reste des Indous dans certaines contrée*, A la côte de Coromandel, ou les nomme d’Heretanù i .rialii, et dan*, le Bengale , Harces ou Hariéi» tandis que le manque ou la privation de cette vertu, est pour lui le plus grand malheur et l’affront le plu» sensible. On voit très-souvent, vis-a-vis de la figure dç Mhah Dheve, la statue d’une vache ou d un taureau dans une posture de suppliant. Ces bêtes doivent leur sainteté au choix que Mhah Dheve en a fait comme des meilleurs moyens pour communiquer ses dons. Mais les Poundits, plus instruits, prétendent qu’on y & regardé cette bête comme sacrée à cause de sa grande Utilité. C'est l’animal le plus nécessaire dans les travaux de la campagne et celui qui fournit aux Indous leur» premiers besoins. *j Sans doute il est fort sage d’avoir fait regarder ces animaux comme devant être sacré». En Indostan les chevaux font fort rares et y manquent souvent. Si l'on y mangeoit les bœufs comme par-tout ailleurs, plusieurs branches d’agriculture en souffri- roient beaucoup. Chevah est encore représenté d’une autre manière il a quatre mains qui tiennent les différents symboles de fa puissance et cinq têtes. Quatre de ces têtes font tournées vers chacune de quatre parties du monde , et la cinquième a la visage tourné vers le Ciel. Il semble qu’il regarde la divinité. Ce Dieu, qu’on représente sous différentes formes, l’est ausii avec trois yeux dont l’un est au milieu du front. On devroit croire que la reconnoiffance du peuple dû s’exprimer par son culte et a répondu aux actions que Brimha a faites fur terre. Mais les Indous n’ont pas un x seul temple qui lui soit consacré, et ils n’ont pas fondé une feule fête en son honneur. 11 ne se roi t pas très- amusant de rapporter toutes les raisons qu’on trouve * Le lait et le beurre soit one grande partit de la nourriture de» Indou», 35 N. kIwJ Me h llA ba >n cde 2I!I ïoit ÜCI ton Öftre de Bill ible me ont di ut un tdé ii- dans les livres et les légendes des Indous pour excuser cette négligence. Ce sont des contes inventés pour amuser la crédulité des profanes, et souvent pour faire avoir un bon diner à un prêtre impudent. Cette négligence, pour Brimha, est peut-être fondée sur Vidée qu’ils ont, que les forces productrices étant mises en mouvement par des loix nécessaires, ces forces se montrent suffisamment dans leurs effets, fans qu’on ait besoin d’un culte extérieur pour ramener l’idée du peuple à la cause première, ou pour solliciter d’elle ses effets bienfaisants. Les Indous croyent aveuglément à une prédestina- tion nécessaire de toutes choses et à la métempsycose, La première de ces opinions peut mettre des entraves au génie et empêcher ses progrès; mais elle fait auffi souffrir, avec tranquilité, tous les malheurs et même la privation du nécessaire. Les Indous disent tout est dans la main de Dieu qui dirige les actions de ses Créatures. Le dogme de la métempsycose les détourne de toute nourriture animale * qui n’est pas nécessaire, et est souvent dangereuse dans les climats chauds. Cette observance leur a peut-être auffi inspiré de l’horreur pour le sang, et a fait naître en eux des sentiments d’humanité et de philantropie. Les Indous calculent la marche du temps d'après des époques qu’ils appellent Jogues. Ils ont quatre de ces Jogues qui répondent aux quatre âges d'or, d’argent, d’airain et de fer des grecs et des romains. Le temps présent, disent-ils, est le Koullce ou la quatrième {* Ce Dogme n’est pas observé sévèrement. Leslndrfusde la seconde et de la quatrième 4afte mangent de la viande; et les Bramines, en Bengale, tous fans exception mangent du poison. 36 Jogue *• A la fin de chacun de ces âges, la divinité a détruit le monde. Une fuite non interrompue deJogues ira ainsi dans toute éternité. La tradition de ces peuples est tellement remplie de fables, et ces fables renferment tant d’exploits incroyables de leurs demi-dieux, qui ressemblent du reste au Thésée, à l’Hercule et au Bacchus des grecs, qu’on n’en peut tirer aucune conjecture raisonnable pour réformer leurs calculs. Un Poundit parle , dans fa légende, de cent mille années avec autant de confiance et peut-être même avec une persuasion aussi intime , qu’un commentateur de nos histoires sacrées parle d'un demi-siècle. On prétend que les principaux Dogmes de la religion des indous ont été recueuiliis par Brimha dans les quatre livres Bairds ou Vaids. Ce mot, dans la langue Sanscrit, veut dire mistére. Dans la partie de la prefqu’iste de l’Inde, qui touche à la côte de Coromandel, on appelle ces livres sacrés le Vedam ou Vaidum. Les Talinghas et les Malabares font peu de différence entre les lettres B. et V. et finissent tous les mots du Sanscrit par un M. Le Chafter est un commentaire étendu sur les Bairds. Il » été écrit par plusieurs Poundits, pour expliquer la religion Indienne. C’est dans le Chaster que se trouvent toutes ces cérémonies si incommodes de la religion Indienne , qui tendent toutes à affervirl’ame du peuple et à lui inspirer un respect profond pour les Bramines. Le privilège de lire et d’expliquer les Bairds, est réservé aux Bramines seuls. Il est défendu , fous une peine fort sévère , à toute autre caste. Ce privilège donne aux prêtres la liberté d’interprêter les dogmes principaux de la religion, comme l'intérêt de leur caste l’exige. * L'année de l'erc chrétienne »787 , répond à la 4S88 année de U Jogue Kouilée. 3 7 C’est dans les passages des âmes , dans les corps des différents animaux, que coniistent les différents degrés de peines et de récompenses que la religion des Indous annonce. Les âmes, d’après leurs sentiments et leurs actions, passent dans des corps d'hommes ou de bêtes, suivantleurs fautes ou leurs vertus. Les Indous rejettent des peines éternelles, et tremblent à la feule pensée d’une punition qui renverse toutes les idées qu’iis se sont faites de 1 Etre Suprême. On punît les vices, disent ils, en enfermant les âmes dans les corps des animaux qui ressemblent le plus aux coupables, et elles y restent jusqu’à ce que ces vices soient déracinés ou au moins tellement affoiblis,qu’elles méritent une demeure plus commode. Quant à la récompense des vertus, le Législateur annonce , que les âmes font envoyées dans les corps des hommes qui jouissent de la félicité la plus parfaite dont la nature humaine soit susceptible. Elles animent, par exemple, ces magistrats heureux parla conscience d’avoir rempli leurs devoirs, ou bien ces amis des hommes qui trouvent leur bonheur à faire celui des autres, ou à soulager les infortunés. Lorsque les âmes des bons et des justes font purifiées de toutes les taches du péché par une fuite de métamorphoses, alors les Indous croyent qu’elles font admises à partager la gloire infinie et la félicité de l’Etre Suprême *. Les Indous comparent cette disparition, pour ainsi dire, dans la divinité ; cette admission à sa gloire, à un rayon de lumière attiré avec une vitesse incroyable, par la force du soleil, et qui se perd tout-à-coup dans sa flamme dévorante. * La réunion de l'âme humaine, avec la substance éthéiée de 1 divinité, est l’ancien Dogme de Pithagore et de Platon; mais il parcît exclure la durée de la conscience de soi-même , ou d’une in,marial!-C Vyea tißtirt it'Giïhn , i».,. 2 ü. A,,-e. 38 . D’après la religion des Indous, Joum Dourm Rajah a le même emploi que Minos avoit dans les enfers dans la mythologie grecque. Toutes les âmes qui ont quitté leurs corps paroissent devant le tribunal de Joum Dourm. Là leurs actions font proclamées, exactement pesées et jugées fur le champ. Quand un homme a été si corrompu et si vicieux , que son ame ne mérite pat même d’être envoyée dans le corps de l’animal le plus méprisable, alors on lui inflige une punition conforme à ses crimes, et ensuite l ame , corrigée par la peine, obtient fur la terre une place qui répond à ses qualités. La tradition deslndbus dit, que Joum Dourm Rajah a pris neuf fois autant de formes différentes, * soit pour détruire un grand mal, soit pour punir les péchés des hommes. Les Indous honorent une forte de divinités subalternes, qu’ils multiplient jusqu’au nombre de 33 crores ou millions. Leurs emplois doivent représenter ceux de la divinité suprême. La quantité d’images que les Indous ont suspendues dans leurs Temples, les afaitflétrir du nom d’idolâtres. Mais en considérant cette forte de culte fans préjugé , on voit bientôt que l’idée de perfonnisier les différents attributs de la divinité, est assez conforme à l'intelligence du grand nombre. Ceux qui ne font pas en état de comprendre la grandeur de la divinité, et c’est la classe la plusnombreufe, peuveut aisément s’en faire une idée, en voyant une sigure à plusieurs têtes et à plusieurs mains, ornée de toutes les marques du pouvoir suprême, et considérée par tout le monde avec un respect religieux. L’origine des images allégoriques précéda de long-tems la découverte de l’écriture. Les historiens Espagnols disent, qu’on annonça , à l’Empereur Mon- { * Lu Indem attendent encore ne dixième incarnation de die. 3 3 !i;Ü dlE] \zi ]m ajai ÎÏOt tp OK! ict, JIC1 phi Peil da ci le 11 rater lut! rci. IgCt nun ;t! ü de lise iee, eau me, pet! b de neuf fonda. tezume, l’arrivée des Européens avec toutes fortes de figures peintes fur une étoffe de coton. Il étoit fans contredit plus aisé à des hommes peu cultivés d’exprimer leurs pensées par des figures moulées avec de l’argille, ou taillées dans du bois, que d’inventer un alphabet, et cfun tel alphabet, d’en composer une suite régulière de mots, comme l’exige la formation des langues écrites. Tous les dieux des Indous font immortels. C’est un» boisson nommée Amrout, qui ressemble au Nectar d’Homère , qui leur donne l’immortalité. On trouve, dans la mythologie des Indous, une description charmante de neuf déesses , qu’on peut comparer , d’après leurs occupations, aux muses des grecs. Elle offre aussi une description pittoresque de l’amour. Ses épithètes multipliés montrent l’empire fans bornes qu’il a fur les coeurs des hommes. Ses noms ordinaires font Kaoum ou Mouden. On le représente comme un beau jeun» homme, entouré d’aiguillons d’abeille, armé d’un arc de canne à sucre , et de cinq traits qui repré- sententlescinq sens par lesquels l'amour entre dans nos coeurs. Après la conquête de Tanjore, on trouva dans cette ville un portrait de Kaoum. * Il est monté fur un Éléphant, composé des figures de sept jeunes femmes, réunies avec tant d’art, qu’elles forment parfaitement la figure du monstrueux animal. Dans la Pagode de Beff- Eichever ** à Benarès, on voit une statue du soleil en pierre; elle est fort bien travaillée. Le Soleil est assis dan» * Cela doit aussi, représenter Kichine , une de formel corporelles de la divinité. l **1 Une abbièvation de Vichenou , vu Kicken , et Eichever. C’est dans ce temple , consacré ax deux divinités, ^uelcurs fectateats font iiin prière. L 4» un chariot traîné par un cheval a douze têtes. Cette figure fait visiblement allusion à la division de l'écliptique. Un observateur attentif trouvera aisément, en Égypte, plusieurs traces de la religion des Indous, et cela fans détourner le sens des mots, sans appuyer un sysième formé d’avance sur une chronologie trompeuse. 11 remarquera bientôt, que le boeuf sacré, oula vache sacrée de Chevah, a un rang distingué dans la religion des anciens Coptes, et que le serpent, un des alliés misté- rieuxde Srée Moun Narrain, est regardé, parcepeup'e, comme le symbole de la sage lie. Il verra sans pc. ;e, que les oignons, si respectés dans l’ancienne Egypte, ne le font pas moins en lndostan. Quoique dans ce dernier Royaume le régime végétal soit prescrit et observé avec peu d’exceptions , cependant il est défendu, notamment à plusieurs sectes, de manger des oignons ; et lorsque dans l’Inde supérieure on doit prêter un serment important, ordinairement le Bramine y jointun oignon, pour rendre la cérémonie plus solemnelte. En comparant le culte des Indous avec la religion des anciens peuples, on trouve entre plusieurs de leurs divinités une ressemblance qu’on ne peut m’éconnoître ; et si l’on pouvoir avoir une description exacte des occupations et des propriétés des divinités subalternes des Indous , on trouvèrent probablement que le Panthéon de l’occident a été peuplé du conseil des dieux de Brimha, Les Égyptiens et les Grecs ont eu sûrement communication avec rindostan. Leur commerce, par la mer rouge, les mettoit à même de l’avoir, et on en trouve des traces. * Dans une collection d’antiquités * Forstet veut ou paroît vouloir prouver, que la religion et les dieux Set Indous passèrent en Égypte et en Grèce, et il »'appuyé fur ce que i’un S, dan» Ui t de* vraies travaillés par des attistes grecs ; mais précieuses 4i précieuses, qui appartiennentà un homme de distinction aBenatès et qui ont été ramassées par des commerçants de cette ville, on voit une pierre qui représente une Matrone. Elle paroît sûrement avoir été travaillée par un artiste grec. Sur une autre pierre on voit Cléopâtre piquée par un serpent. Dans la même collection , il y aune tête de Méduse sur une émeraude ; on l'a trouvée prés de Benarès , et lorsqu’on l’a envoyée en angleterre pour savoir ce que c'étoit, tous les connoisseurs font déclarée être le travail d'un ouvrier Grec ou Romain. Il y a quelques années qu’on trouva à Guzurate un C^née parfaitement travaillé. C’est un Hercule terrassant le lion de Némée. Ces circonstances peuvent venir à l’appui de laconjecture que les Égyptiens, pendant leur liaison avec les Indous, ont aussi laissé entrer chez eux, avec les marchandises précieuses de ce pays, quelques dogmes et quelques usages de cette nation. Pour indiquer le chemin que les antiquités dont j’ai parlé ont pris, on peut supposerqu’elles ont été rassemblées pour le cabinet des Mahométans , qui, pendant un certain tems, ont admiré les ouvrages de l’ccole Grecque autant que les Romains. Chacun fait que pendant que le monde Romain étoit enseveli sous ses ruines gothiques , les Califes de Bagdad favorisoient et cultivaient les sciences et les arts. quand même ils reprèfenteroient des Rois ou des Reines de Grèce et d'Égypte, cela ne prouve rien. Si les anciens Égyptiens avoient reçu leur religion et leurs dieux de l'Indostan , il faudroit que cela eût été bien des siècles avant Alexandre. Les Grecs depuis Alexandre prirent des dieux Égyptiens, Syriens, et Persans; mais point d'indiens. Si la religion Indienne avoit eu dans les premiers tems une influence fut la Çrecque , elle ne pourroit l'avoir eu que médiatement. N. dUTutU Allemand. L 4 Mes connoissances en astronomie * font trop peu étendues, et je me sens incapable de suivre le progrès des Bramines dans cette science, avant 1 époque où elle commença à fleurir dans les autres pays orientaux. Les Indous connoissent fort bien le zodiaque et ses douze signes. Iis ont donné les noms des planètes aux sept jours de la semaine qui commence par le jour du soleil. L’année solaire {** des Indous, divisée en six saisons, est composée de u mois et de 36i jours, auxquels on ajoute tous les quatre ans un jour intercalaire. Les lettres ou les affaires de commerce font datées, parmi les Indous, d’après le lombout ou l’année lunaire qui commence à l’équinoxe du printemps. Chaque mois lunaire commence à la pleine lune et est partagé en 3o parties égales. Les parties dans lesquelles la lune croît, s’appèlent boud, et celles dans lesquelles elle décroît, s’appèlent bole. Au bout de trois années lunaires , on ajoute un mois pour rendre égales les deux années lunaire et solaire. Les Ioaguels font partagés en cicles de douze et de soixante ans, et chacun a sa propre dénomination. ***J L’observatoire de Benarès est assez * Au sujet des sciences et des arts de» anciens Indous. Voyez mes remarques fur la fertilité , etc. Vol. ». p. 280. N. du T. A. î ** L'année solaire, ou comme l'appèlent les Indous, l'année lounkrant, commence le 11 ou le 12 avril, et les mois de cette année font tantôt dé 29 , tantôt de 3 o , 3 i , 32 jours. L'ère ordinaire, en Indostan, fut introduite parle Rajah, WickeroUm Maject, 5 ? ans avant la naissance de Jésus-Christ. Quelques nations Indiennes, celles du Bengale, par exemple, ont d’autres époques ; mais en général leur» ouvrages historique» font réglé» d’après la période de Vickerouin Maject Ce prince fut en Indostan à cause de son luxe et de la protection qu’il accorda aux savants, qu'il récompenfoit richement. *** Les Indous partagent ordinairement leur teins, autant que je puis le savoir, en cicles de six ans , quoi qu’ils connoissent auffi ceux de douze. Lntre autres choses que les anglois trouvèrent dan» une mal bâti et n’a que des instruments grossiers • mais il prouve que les Indous savent déterminer les mouvements des corps célestes. Si l'on pouvoir trouver quelques écrits qui fussent moins mêlés fables que les leurs, on verroit vraisemblablement, que dans les tenu les plus récusés. ils ont é é un des peuples les plus puissants et les plus éclairés rie la terre On raconte dans plusieurs de leurs ouvrages historiques, que le Royaume des Indous étoit composé autrefois de cinquante six Principautés différentes , toutep soumises à un seul Roi, et dont la domination s’rtendoit, depuis les frontières méridionales du Thibet, ou de la grande Tartarie, jusqu’à Pille de Ceylan; et des frontières d’Assam et d’Arracan jusqu’à 1 Indus. Ce grand espace de pays étoit habité par un peuple partagé en quatre classes différentes, dont chacune avoit ses occupa* tions particulières ; mais qui tendoient toutes en commun au bien général. * L’Indostan avoit des villes riches et belles; elles étoient ornées de temples et d’édifices, et décorées de jardins et de fontaines superbes. Xoutes sortes d’artistes, architectes, orfèvres , lapidaires , ceux* qui travailloientles étoffes les plus fines en coton, tous étoient encouragés et trouvoient de l’occupation. ** frt*resse du Boutan, ils prirent une image de Mhah Deve et une repré» Tentation imprimée des figures, qui forment le cicle de 12 ans du Thibet- Cette manière figurée d’exprimer le tems est depuis la plus haute antiquité en usage au japon, à la Chine, à Siam et dans la grande Tartarie ; elle a Heu encore jusqu’à présent dans la Turquie. * On trouve l’examen de cette peinture idéale de l’indostan, dan» l’ouvrage que j’ai cité plus haut, p. 267. N. du Trad. Allemand. {**} Cette peinture paroitra peut-être chimérique, ou exagérée à tous ceux>qui n’ont pas vu les anciens monuments des Indous, ou qui n’ont pas lu l’histoire de- cet empire , lorsqu’il fut attaqué par les Ce peuple soldat fut étonné de la grandeur des temples, £ s 44 Des loix bienfaisantes punîssoient les crimes et prote- geoient la propriété , et à l'exception de la faveur trop grande, accordée à la caste sacrée des prêtres, on ne peut que louer la justice et la sagesse de leurs autres loix. Un voyageur pouvoir parcourir le Royaume avec une commodité inconnue dans tout autre pays. Les grandes routes étoient ombragées d’arbres . et on avoit construit, pour les voyageurs, plusieurs édifice» publics , qui presque tous avoient un étang près du bâtiment. Si quelqu’un étoit volé, le district dans lequel le vol s’étoit fait, devoitréparerle dommage. Considérons un peu l’Indostan , la culture de ses habitants, les progrès qu’ils ont faits, et ensuite reportons les yeux fur cet état d’ignorance et de barbarie dans lequel les états de l’europe étoient plongés, ou dont ils commen- çoient à peine à sortir, et nous éprouverons nécessairement un sentiment de respect et d'admiration pour ce peuple. Quoique les européens laissenr à présent bien loin derrière eux les nations Asiatiques, on peut avancer, fans craindre d’altérer la vérité, que les sectateurs de Brimha ont possédé, dans les ancien» *• temps, beaucoup de connoissances utiles et philosophiques. On ne peut que plaindre un peuple, qui a perdu ainsi toute fa gloire et fa fortune; après avoir vraisemblablement contribué à sonneries nations auxquelles il est à présent soumis. Pour porter un jugement équitable fur les Indous, et déterminer jusqu’où ils ont porté les arts et le* sciences, il faudroit représenter! état de leur Royaume, avant qu’ils fussent soumis aux armes victorieuses de* Mahométans, et pour cela il nous faudroit les mémoire* et des trésors qu'ils renfermaient. On peut voir dan* l’histeiie de Dow, les détail* du butin enlevé au temple de Scmnaut. { 4 > } nécessaires. Mais on fera toujours une peinture défavorable et partiale des Indous, lorsqu’on décrira leurs lois etleurs mœurs d’après leur état présent. L'Indostan fut ravagé par une race de barbares, qui, dans le cours rapide de leurs conquêtes, cherchoient à détruire tous les monuments du goût et de l’ancienne religion. Les Mahométans égorgeoient les prêtres et pillaient les temples avec une fureur dont leurs premiers chefs étoient peut-être fiers. Uu peuple gémissant fous une telle oppression, et frappé par le spectacle continuel de cruautés toujours nouvelles, devoir bientôt perdre le goût des arts et son industrie. Les arts d’ailleurs étoient liés si étroitement avec leur religion, que les persécutions de l’une dévoient nécessairement retomber fur les autres. Juger les anciens Indous d’après ceux d’au- jdSbrd hui, ce ferait vouloir estimer les anciens grecs d’après les nouveaux. Celui qui aime la vérité prendra le chemin opposé. Il se fera un plaisir de dissiper les ombres qui ont obscurci si long-tems l’histoire des Indous. Il ramènera ce peuple au point de grandeur qu’il eut dans les te ms de fa fortune, et c’est dans cette grandeur qu'il le présentera à ses contemporains, qui par mépris ou par paresse en ont fort peu de connaissance. On verra alors que le génie des Indous était bien conduit, et que leurs dispositions naturelles étoient parfaitement développées par les loix qui leur preferi- voient leurs différentes occupations. On montrent à chaque classe du peuple ses droits et ses devoirs avec une exactitude qui empêchoit l’effet de l’erreur ou des vues dangereuses; et on met&oit chaque cafte hors d’état de violer les privilèges des autres. On donnent au Bramine une inspection illimitée sur la religion, et il étoit le médiateur entre la divinité et les castes 46 inférieures- Il était chargé du foin de conserver toutes les sciences et d'élever la jeunesse. Ces occupations importantes devotem nécessairement donner au Bramine une grande considération pa-mile peuple, pour lequel une connoissince exacte de la religion est extrêmement difficile, à cause de sa compljcation. et qu’il doit se faire un devoir sacié de remplir tout ce qu’elle prescrit, pour peu qu’il compte sur l’éternité. O u croyoit que ces travaux importants dévoient assez occuperiez Bramine s, et d’après cela on les dsspensoit de tout autre travail. La caste des Chitteris ou des Rajah étoit chargée fans restriction du gouvernement civil, et les biens de cette caste étaient déclarés propriété héréditaire, qui passait toujours à la fiile aînée. La branche cadette de cette caste étoit destinée aux armes. Elle étoit en garnifo^n. dans les places fortes. Le commerce et les métiers , étaient attribués aux Bhyses ou Banians, et ils étaient défendus aux autres castes. Les laboureurs, les artiste*, les ouvriers et les simples soldats, formoicntla quatrième caste, celle des Souders ; et chacune de ces occupations ou manières de vivre étoit absolument exclusive Ce fut-ainsi que la constitution des Indous, qui défendait de se mêler avec les étrangers et de faire de* prosélites, acquit tant de force et une telle uniformité, fuite naturelle de scs premiers éléments. ^ *} S’il falloir découvrir une liaison plu* étroite entre le* Egyptiens et les Indous, liaison dont j’ai déjà montré quelques traces, on pourroit demander lequel de ces 1 * 1 ?lufieurs des barrières qui séparoient auparavant les castes des Indous les unes des autres, font à présent renversées. LesBramines, dans le Bécàn et le Paniab, portent les armes tt entrent dans les armées. Les Chitteris s’occupent du commerce, et les Souders se sont emparés des principautés. Mararow , exceiitui officier Maratte et chef de Ghooty, étoit de la -quatrième caste. 47 deux peuples a été policé le premier. On pourrait croire, d’après les exemples par lesquels j’ai cherché à expliquer quelques points principaux de la religion des Indous et à prouver l’antiquité de ce peuple, que je favorise l’opinion, que les Egyptiens ont tiré de l’In- dostan une partie de leur religion et de leurs connois- sances. Je respecte infiniment les idées des autres, et je ne cherche pas à faire un système; mais je ne diflt- muleraipas que c’est mon opinion. Un fait entre autres me donnera une preuve bien forte de l’ancienneté de la civilisation des Indous et de leur aversion déclarée pour tout mélange avec l’étranger. Il est défendu aux Indous de paffer le fleuve Attock. Ce nom, dans plusieurs dialectes, veut dire défense. S’ils passent cette borne, ils deviennent impurs , et suivant la vigueur de la loi, ils perdent leur rang et descendent de la caste à laquelle ils appartiennent. Il leur étoit aussi défendu de se risquer sur la mer, * ou du moins le régime qui leur étoit prescrit et qu’ils ne pourraient bien observer hors de leur patrie , leur rendort des voyages par mer un peu éloignés, extrêmement difficiles. Il n’est donc pas vraisemblable , qu’une partie quelconque d’unpeupîe, borné par tous les moyens possibles, à lui et à fa patrie, et qui rejettent loin de lui tout prosélite, avec orgueil et aversion, ait été couvrir dans * S’il y a jamais eu une telle défense, on ne l’a jamais observée , ou du moins on ne l’a pas suivie long-tetns. On trouve non-feulement à Ceylan et aux Maldives, mais encore dans plusieurs isles de la mer du sud et des Indes,même à Madagascar et sur la côte orientale de l'Afrique des traces très-distinctes der colonies de l’Indostan et meine d’hommes des premières castes. On fait aussi, que Ton a vu, il y a long-tems, et que l’on voit encore les Banians ou commerçans Indiens dans les principaux ports de l’Arabie, de la Perse et der Indes inférieure!. Note du trad. Allemand, 4 » des pays éloignés, et ait rapporté de ses courses un système de religion étrangère. On ne trouve nulle part la moindre trace d une tradition un peu croyable, qui porte qu'une colonie Égyptienne s’est établie dans l’in- dostan. ProDablement il a été peuplé avant 1 Égypte. L'espace considérable que couvre ce pays fur la surface de la terre , et les avantages qu'il doit à son sol , à son climat et à ses fleuves nombreux, parmi lesquels plusieurs font de la première grandeur, tout se réunit pour le faire croire. L’Égypte n’a pas reçu de la nature des avantages pareils Si l'on veut regarder le degré de perfection auquel un peuple a porté ses manufactures comme une preuve de les progrès dans fa culture, et cette haine profonde contre tout ce qui est étranger, même contre des améliorations faites pardes étrangers, comme un monument de son ancienneté, on ne peut hésiter long-rems à se décider. Les marchandises fabriquées aux Indes ont été long-tems l'objet de l’admiration générale , et on n en a pu atteindre encore la perfection. Je finirai ces recherches et cette comparaison en remarquant, que quand on distingue dans un peuple plusieurs connoiffances et quelques sciences utiles, des loix f iges , jointes à une religion, dont les dogmes et le» différens uiages annoncent le dernier degré de culture, et qu’on trouve au contraire chez les autres peuples de l’Asie et les anciens Égyptiens beaucoup moins de bonnes loix et une religion moins formée , on doit naturellement supposer que ceux qui avoieut peu de fond putsoient chez ceux qui en avoieut davantage. Peut-être ces observations, fondées fur l’expérience et fur différentes recherches, satisfont-elles plus que ce» preuves si savantes tirées de la chronologie, crées foutent d’après des hypothèses favorites, et qu’on cherche à leur accommoder, i Les Indous regardent ie mariage, * lorsqu’il peutêtre heureux, comme un devoirnéceffaire, et croyentque la propagation des espèces, par un mariagelégitime, assure au père et à la mère laprotectionspéciale et les bienfaits des Dieux. Ils témoignent, au contraire, de toutes les manières poflibles, leur mépris et leur horreur pour le célibat; et j’ai remarqué, que quand un Indou étoit forcé d avouer, soit par hasard, soit par quelques questions auxquelles il devoir répondre, qu’il n’étoit pas marié, il paroissoit erabarassé et c’nerchoitbien vite à s’éxeuser, soit sur les malheurs qu’il aVoit soufferts, soit fur d’autres bonnes raisons. G est à cette façon de penser qu’on doit attribuer en général la grande population de l’In- dostan, et expliquer la manière prompte dont ce pays s est relevé après les horreurs de la guerre et de la famine. Toute la vie domestique des Indous repose sur un fondement simple, mais ferme, qui produit les effets les plus heureux et resserre les liens de la société. D’après les anciennes loix du pays, la femme, pour ses plaisirs etprèsqu pour toutes les commodités delà vie, dépendent de l'existence feule du mari. Son plus grand intérêt étoit donc de veiller à la conservation de sa santé. Son bonheur dépendoit, en grande partie, de ce qu’il atteignît un âge avancé. Après la mort de son Mari, une veuve n étoit plus rien elle ne devoir pas se remarier; elle perdoit toute considération dans la famille, on lui ôtoit tous ses ornements et les autres marques de sa •dignité. Il y a plusieurs cérémonies que des veuves ne * Le mariage s’appèle souvent dans la langue Sanscrit Ctllian ; cest- à-dire plaiür. Ordinairement les Indous n’ont qu’une femme, et quand ils s’écartent de cet usage cela fait un mauvais effet. Il y a cependant* dans Tindoftan, un ordre de moines mendiant! nommés Jogbil qui vi» vent dans le célibat. 5o peuvent pai remplir. Dans certains cas on la regardoit comme impure, et en général, après la mort de son mari, elle tomboit dans l'esclavage, ou dans le dernier rang de tous les gens attachés à la maison. Mais cet usage à présent n’est plus si généralement observé qu'il l’ctoit auparavant. Les femmes des Indous ont perdu depuis long-rems cet orgueuii insensé, ou plutôt ce fanatisme qui les portoit à fe brûler avec le cadavrfe de leurs maris. Elles peuvent actuellement remplir tous les préceptes de leur religion, fans renoncer, pour cela, aux plaisirs de la vie. Plusieurs veuves, fur tout chez les Marattes, ont acquis souvent, par leurs qualités, leurs richesses et leurs liaisons, une puissance et une influence extraordinaires. Dans les états plus élevés, où l’ancien sentiment de honte ou d’honneur s'est plus long-tems conservé, quelques veuves, de tems-en-tems, mettent fin à leur malheureuse vie avec un coutage insensé auquel elles donnent le nom d’amour conjugal. Elles ne peuvent soutenir un abaissement qui détiuit leurs charmes et humilie l'orgueil de» leur sexe. Il y a un endroit dans le chaster des Indous. que j’ai ht avec l’aide d’un commentateur il ordonne expressément aux veuves de fe brûler après la mort de leurs maris ; et si une femme n’est pas assez courageuse pour exécuter cet ordre, on impose à cette femme, sans courage le devoir de se rendre en pèlerinage à quelque lieu sacré, comme Bcnaris, Allahabad, Ghiah, d’employer les biens en fondations pieuses, et d offrir ses cheveux en sacrifice à son mari mort. D’après ce livre sacré, il est défendu à une veuve de porter de l’or , de l'argent ou des pierreries. Eile doit renoncer aux essences précieuses et ne plus manger tri viande , ni poisson, ni beurre; toute fa nourriture consiste alors en pain de froment ou d’orge, dont elle ne doit même manger qu'une fois le jour. Son devoir est de consacrer le reste de sa vie au service des Dieux, de purifier son ame, de combattre la colère , l’avarice et la méchanceté ; et de renoncer toujours, de plus en plus, aux plaisirs et aux agréments de la vie. Si elle remplit fidèlement ces commandements, le ciel lui est promis après sa mort, fans avoir besoin de passer par d'autres purifications. A - la crainte de 1 humiliation et de la misère qui attendent les veuves. lesBramines ajoutent, d’un autre côté, l'assurance qu’une mort volontaire leur procure une félicité extraordinaire, et que leur postérité a la même grâce à attendre de la Divinité. De telles idées doivent, fans doute . affecter douloureusement le cœur d’un Européen sensible; mais il ne faut pourtant pas condamner trop vite l’ancien usage des Indous. et n’en accuser que leur cruauté et leur injustice. Il paroit que leur vue a été de rendre la vie domestique plus agréable et plus sure. Les femmes des Indous ne doivent ni lire ni écrite. Les Indous ont toujours l’idée, que les talents acquis ne font pas nécessaires aux femmes, qu’ils ne les rendent pas plus heureuses, et qu'on n’en a pas besoin pour conserver cette simplicité des mœurs qui les rend aimables et utiles à leurs familles. Ils prétendent que les connoistances distrayent les femmes de leurs occupations domestiques , ou qu’elles leur inspirent du dégoût pour des devoirs dans lesquels elles doivent chercher leur seul plaisir. La force de 1 habitude est telle , qu’une femme Indienne s’attireroit les reproches les plus durs, si l’on apprenoit qu’elle sût lire et écrire. Lçs Danseuses , au contraire , consacrées aux plaisirs publics, apprennent à lire et à écrire comme tout autre art qui peut irriter le* sens. Ce* femme* n’ont pas besoin de se. cacher dans les maisons des particuliers; la vie à laqu elle elles se sont consacrées ne les rend pas mépri- sibies. Elles forment une société qui est sous la protection des loix, et dont les membres font payés d après la différence de leurs talents. On ne peut donner une fête dans l'Indostan, ou célébrer une solemnité, sans , avoir de ces danseuses. Ordinairement ces femme* paroissent un certain jour de la semaine à la cour du Prince, ou du gouverneur d'une province, on d'un distiict, pour lui rendre leur* devoirs et les amuser.' Dans plusieurs provinces, elles ont des appointements assignés fur les domaines publics *. Une famille Indienne est gouvernée avec assez d’autorité par 1 homme le plus âgé de la famille. Tout le reste a pour lui l’attention la plus respectueuse et lui obéit promptement dans tous les détails domestiques. Un fils ne s’asseoit jamais en présence de son père fan» sa permission expresse ; et dans ses discours et fa conduite vis-à-vis de lui, il doit joindre le respect à l’amour filial. Pendant mon long séjour en Indostan, et malgré toutes mes recherches fur les moeurs et la façon de penser de* Indous. Je n’ai jamais rien rencontré de semblable à ce qu’on appelle en europe un esprit fort, ** Les Princes, les Généraux, les politique* le» * Je ne parle ici que des danseuses proprement- dites , et fur-tout de celles qui servent au culte des dieux » et dont le nombre est Conti dérable. Elles font entrenues par des Pagodes ou des particuliers ; et le besoin ne les force pas à s’abandonner à tout le monde fans distinction* mais celles qui n’ont pas de pension , font tout aulsi impudentes et tout aussi effrontées que les filles publiques en europe. ** Il y a differentes sectes f et même des castes parmi les Indou» * qui rejettent l’autorité divine des Laids et le système de religion fondé fur eux* Quelque pure qu’ait pu être au commencement U foi de ce* 53 plus renommés ; par exemple un Scindta, un Nanah Pournawees, * et un Bhohoulla, croyent aux dogmes de Brimha d'aulx bonne foi, et se soumettent aux moindres cérémonies avec une conscience aussi religieuse , que le paysan le plus simple et le plus ignorant le pourroit faire. TROISIÈME LETTRE. Benarès So Novembre 178». Le 3 de ce mois j’allai à Bidgy-Ghour **. C’est un endroit connu dans l’histoire de Bengale par le butin considérable que lesanglois y firent. J'arrivai le troisième jour à Louttcef-Ghour , situé à 18 milles sud- ouest de Bénarès. Le fort étoit tout-à-fait abandonné, et même l’entiée étoit fermée en grande partie par des arbres et des buissons. Louttees GAourest située au centre d’un cercle de montagnes, du haut desquelles un bois épais et très-elevé dans plusieurs endroits, s’étend jusqu’au rempart du fort. L’air dans cet endroit n’a pas de circulation; ausii y est il bientôt gâté, et devenant dangereux , il communique sa malignité à tous les corps animés c’est dans de tels ^ys, dans des positions comme celle-ci, que n’ait, ce qu’on appels dans les Indes, la fièvre de colline , qui détruit chaque partie de l’économie animale, attaque toute la miile du sang, et ne peut être guérie que par du mercure, schismatiques, leur culte est àprésent chargé d'usages et d’emblèmes. La plu* conûdérable de ces sectes est celle des Poojes, qui ont donné le nom de Pauroufs Naut à l'objet de leur adoration , nom qui veut dire , en sanscrit, le maître de la pierre philosophale. *] Chefs de marattes d’une grande distinction. {** Les Indous prétendent que Bidgy et Idgy montent la garde aur ports* du xaradie. Ghour veut dire une forteresse. H L’eau y croupit aussi, et l’on croit que l’air communique , à l’élément de l’eau, une partie des propriétés empestées qu’a ce climat dans les contrées fermées et couvertes de bois. Les feuilles et les branches qui tombent dans les ruisseaux et les étangs, peuvent augmenter encore le* effets de l’air fur l’eau. J’ai été très-souvent témoin des mauvais effets d’un air empesté, et je puis hasarder sûrement les conjectures que j’avance. J’ajouterai que par-tout où l'air étoit mauvais, j’ai trouvé l’eau mal-faine. Un Faquir mahométan avoit établi fa demeure solitaire à la porte du fort. Ce malheureux portoit sur lui toute* les marques de la mortalité du climat. Il étoit pâle , décharné et consumé à moitié par l’ardeur de fa fièvre. Je lui conseillai de quitter un si triste séjour, et de se rendre dans d’autres contrées où il pourroit recouvrer fa santé. A peine écouta-t-il ce que je lui disois. Il préferoit, me dit-il, fa misérable existence dans cet endroit, et les aumônes incertaines dont il vivoit, au danger de mourir de faim dans un autre pays où il feroit inconnu. Le 4 j’arrivai au pied de la montagne de Bidgy Ghour. J’avdfe fait à-peu-près îo milles. J’y passai la nuit, et le jour suivant je montai à la citadelle. Elle est composée d’une muraille bâtie à l’entour de la pointe la plus élevée d’une montagne couverte de rochers, et qui depuis son pied jusqu’à sa cime peut avoir un peu plus de deux milles. Les fortifications que l’art y a faites ne font pas très- considérables. Les matériaux qui y ont servi ne sont rien moins que solides. Je le remarquai aux sillons que la pluie de l’année dernière y avoit laissés, et à une brèche que le canon avoit faite pendant le siège. Les 55 murs font bâtis en pierre brute , jointe avec du limon. C’eft la hauteur et la roideur du rocher qdi fait feule la force de la citadelle ; et si on l’eut défendue avec un peu de courage et d’intelligence . la conquête n’en eût pas été aussi aisée et eût coûté beaucoup de sang. On dit même que si les troupes fussent restées un mois de plus dans les environs, la fièvre les eût toutes emportées. Trois citernes profondes , creusées dans le rocher, fournissoient fulsisamment de l’eau à la garnison. Quelques bastions, dn côté de l’est, font portés par des masses de rochers qui ont huit ou dix pieds de faillie et dont les fondements font cependant assurés. Les vues de cette forteresse font très-variées. Lorsque l’œil plonge tout-à-coup, du haut de la citadelle dans cet abîme horrible et profond, qui s’ouvre devant vous, on sent son ame s’aggrandir; mais cependant on frémit malgré foi, et on éprouve cette forte d’horreur qui affecte Tarne lorsqu’on regarde dans un gouffre. Le lever et le coucher du soleil offre à Bidgy-Ghour un superbe, et on ne peut se défendre d’un sentiment de reconnoissance et d’admiration pour l'auteur de la nature. Le fleuve Soane , éclairé par le soleil couchant, serpente à travers des paysages' varié et étendus. On découvre aufii fur une colline éloignée un fort qui n’est visible que quand il est doté le soir par le soleil. Le fort Mow , située au pied de la montagne , étoit très-peuplé avant la conquête de Bidgy-Ghour et avoit un commerce considérable; à présent il est abandonné et ce n’est plus qu’un tas de ruines. On s’apperçoit de la destruction de ce village dans tors les environs., C’étoit la feule foire où les montagnards voisins trouvassent le débit de leurs marchandises et pussent acheter 56 celles dont ils avoient besoin. Depuis fa destruction, tout commerce entre eux. a cessé. Les habitants de Bénarès ont peu de liaisons avec les habitants de ces montagnes. Ces montagnards forment une race d'hommes forts et courageux , et vraisemblablement ils feroientde bons soldats, si on pouvoit les attirera notre service comme ceux de Baugîepore. On dit qu’ils ne font pas sujets aux fièvres qui régnent dans ces pays de montagnes et qui ont été souvent dangereuses à nos troupes. Iis n’ont pas aussi ces préjugés, oucette manière de vivre particulière qu’on trouve parmi les premières castes des Indous et qui troublent souvent le service militaire. Il y aurait encore un avantage si nous les prenions à notre service ; c’est que par-là ils nous assureraient la fidélité et la tranquillité de leurs frères. Boulwant-Sing s’empara, par une fuite d’intrigues et d’infamies, de la forteresse de Bidgy-Ghour. Ilia fortifia encore plus, et y déposa ses trésors. Keit Sing, son fils, qui est réfugié à présent dans le camp de Scindia, augmenta aufliles fortifications et les trésors. Ce fut lui qui construisit iin pont de pierre assez fort fur une petite rivière qui coule au pied de la montagne. QUATRIÈME LETTRE. 7 Décembre 1789 Je n’avois rien d’amusant ou d’instructif à vous envoyer, c’est pour cela que je n’ai pas répondu plutôt à votre longue lettre. Vous pouvez bien croire que jamais je n’oublierai les marques d’amitié que vous m’avez données, et que j’y ferai toujours sensible. — Ayant résolu de retourner en europe par le nord, j’ai pris le nom d’un Géorgien pour voyager avec plus de fureté. Jrcffe du jour. Loisquc le choix, ou plutôt l’ordre impétial, la loi de Mahomet n’est pas flatte .se pour les femmes étoit annoncé à l’heureuse odalisque, son cœur palpitoit de plaisir, ses attraits avoient attiré fur elle l'attenton du maître du monde ; Car souvent dans le cœur d'une femme la vanité prend la place de l’amour. J’aimerois aflez à être Bacha, mais souvent leurs meilleurs amis leur font sauter la tête ou les i mpoisonncnt ; à ce prix je ne veux pas de leurs jolies femmes et de leurs trésors. Sur la place de la cour on voit encore aujourd’hui une colonne haute de 40 pieds , taillée d un seul bloc, qui ressemble à du porphire. Elle paroît couverte d’ lions avec d anciens caractères Indiens. Les lettres ont été tellement effacées par le temps, qui ne ménage pas même le marbre, qu elle» font devenues illisibles. On attribue ce monument à Becmchvi e , qui, comme votre Bramiue , vous le racontera, fut dans son tems un puissant Prince et un de» premiers guerriers dans le Mhah Bhaut. *; Mais on ncpeut pas t op ajouter foi à l’époque à laquelle a vécu ce Eeimctym ; car le Bramiue vous dira qu'il vivoit d„ns un temps cù le rom du premier homme n’étoit pas encore connu. Les Mnhoœetans , qui détruisirent tout monument contia’re à leurs d gmes avec la même fureur qu’ils propagoient leur relrgton , ont des prétention^ fur la ccnflruction de cette colonne . et ont gravé fur les inscriptions Indiennes les nom de plusieurs Empereurs depuis Babtr. ** * La grande guerre que Pounah-Gaun-Deve , ou Je» cinq stère» réunis loutinrent contre Dour-Joriin. Voyez le Glieeta de Wilkin». ** Le premier Empereur d* la tacs de Tasreuan qui régna lux l’Indoflan. La colonne qui paroît être d’une haute antiquité, prouve clairement que Aliahabad étoit une p’ace d'importance long-tera avant les conquête - des M dio- métans. Nous aurions une idée bien înj ste et tuen petite de 1 intelligence des anciens Indous. si nous croyions qu’ils ont négligé une position si fa> otable pour remplir les usages de leur religion et si heurt - ss pour les agréments do ît eMc fait j uir. Les nouveaux écrivains ont presque nommé autant de tilles qui pourvoient prétendre à l’honneur d’étre l'ancienne Polibothra, q> e les anciens en ont nommée s qui avoient vu naître Homère, l a a vide , fameux géographe fran- ço .3, paroît donner la pr^ l'érence à Aliahabad. Strabua parle d'une grande ro qui me oit de Polibothra jusqnes dans l'intérieur du pays. De tels ouvrages sautent aux yeux, et sor t Lits ordinairement pour subsister long-tems. Ou pourrott croire qu’il y a encore quelques Testes de cette grande route;, mais j'en ai cherché les traces et je n'ai pu en trouver une feule. Du côté occidental du Gange, on voit une digue en terre qui s'étend environ l'espace d’un mille le long du fleuve en s’approchant de la citade ! 'e cette digue a été construite probablement pour que le fleuve n endommageât pas la ville pendant le" tems de pluie A l’occasion d'Aliahabad, je dois parler nécessairement du monument du Sultan ce mausolée est situé à 1 ouest a environ un mille de la ville. I. sa trouve au milieu d'un grand jardin qui est entouré d un mur élevé et orné d'une grande variété de fleurs et d arbres; mais il est mal entretenu et a l’air assez j etois habille comme un Mtihoinetan aii-sije demandai a Lire ma prière fur le tombeau du Roi et je fus admis furie champ. Les édifices publics des Mahométans ko J- sont ordinairement bâtis dans le plus mauvais style gothique , ils plaisent rarement à l'oeil d’un européen qui est accoutumé de bonne heure aux proportions d’un art plus noble et plus simple. * Le tombeau de Cousro n’est pas plus dans les règles de l’architecture; cependant au total il frappe, et il a quelque chose de mélancolique qui remplit parfaitement la vue dans laquelle il a été construit. Le bâtiment est à-peu-près quarré , élevé de quelques dégrés au-dessus du fol, et orné d’une coupole dont l’extérieur est couvert de tuiles de différentes couleurs , qui font au soleil un effet agréable. Il n’y a pas de fonds réservés pour l’entretien de ce tombeau, ainsi probablement il ne survivra pas long-tems à ces édifices nombreux dont on trouve les ruines dans les environs de Allahabad. Près du monument de Cousro, il y en a un petit, consacré, à ce que m’a dit un mendiant, à la mémoire d’une femme de la famille Impériale. Quelques Prêtres Mahométans , qui vivent dans le jardin, tiennent l'intérieur du mausolée très-propre. Les différentes chambres font bien conservées, fur-tout celle dans laquelle est posé le cercueuil de bois du Sultan. Dans cette chambre j’apperçus un petit rideau près du mur, je le tirai, et je fus très-étonné lorsque je vis une main de marbre noir. Pensant à l’endroit où j’étois et au sens que cette représentation pouvoit avoir, je crus d’abord que cette main devoir signifier la toute puissance de la divinité ; mais j’appris ensuite que ce symbole représentoit ** * Ce jugement ne porte pas fur les monuments près d’Agiaqui font l'admiration de nos artiiles les plus célèbres. ** Le Sultan Cousro était fil» ainé d* l’Empeuur Jéhangire et mourut en i6sï. Ci Mahomet, Ali, Fatinne *} Houssein etHaffein, et qu’on avoit couvert cette représentation pour obéir à Mahomet, dont le culte exclut des temples des Mahomctans toute image sculptée ou gravée ainsi que toute sorte de tableaux. Les Districts de Allahabad payoient anciennement au trésor Impérial 70 ou 80 Jacks de roupies; mais à présent le pays du Visir est tellement appauvri etdépeuplé, que les mêmes districts rapportent seulement le quart. Chaistah Kan , qu’Aurengzeb nomma. Gouverneur de Lehar et du Bengale après la mort de Amir Joumlach, ** a laissé dans les environs d’Allahabad beaucoup de monuments de sa générosité. Près de la ville, à une petite distance du bord méridional, il fit construire un pavillon fur un rocher isolé au milieu dujoumma. Ce pavillon est élevé, rafraîchi par l’air vis du fleuve , et domine un paysage varié jusqu’à la confusion. Une inscription Persane que je copiai, raconte que Mahomet Schirrif fit finir ce pavillon l'an de l'hegire to 55 . par ordre de Chaistah Kan. *** Mais il est tems de laisser les grands hommes et leurs monuments et d’en revenir à mes aventures. Vous savez que l’Indostan est connu depuis long- tems pour les commodités qu’il offre aux voyageurs 5 ils trouvent à-peu-près tous les 8 ou 10 milles des auberges publiques ou un bastïn d’eau où ils peuvent se désaltérer et faire leurs ablutions. La plus grande partie des habitants est accoutumée à une vie fort simple. Le climat est doux ; ils ont peu de besoins. Un abri léger contre la pluie ou le soleil, une pièce * Fatime , fille de Mahomet, épousa Ali t en eut deux fils» Jlouffein et Hassern. ** Le général qu’Aurengzeb employa contre le Sultan Choujah. ne savent pas le Persan. Chetè-Càn qui détrôna en a 842 Hormaim , Roi de Dehli, est le premier Mahométan qui ait fondé des Caravanserahs. Ce fait» cité dan* l’ de Dow , est encore connu des habitant. Cheré-Cha fit b;;tir la cit*delle deRhotas et le mausolée de S&sseruni. { *** A p T ésent les Seraoucts font ordinairement-loués. **** 1 I e v lits des Indous font très-simples , ils ont des pieds fort "bas. côtes font de bois de bambou ou d’autre bois commun qui n’est pas travaillé , et le fond est tissu avec des cordes ou de courxoyei. / cheval et celui qui en a soin, je p?ye par jour si peu de these que je n’ose pas l’écrire; vous ne le croiriez pas. Si je veux m’accorder quelque chose , deux ou trois sois de plus me font avoir un plat excellent a\ec une sauce qu'un A'dermann de Londtes dtsireroit pour fou ca lisp-fh. Adieu mon cher ami. C I N Q,U IÈME L E T T R E à J. D F. Lcucknov. 1er. Janvier 17R3* Nia dernière lettre datée de Allah ab ad contenoit quelques détails sT cette ville, avec quelques remarques décousues comme elles me vendent en écrivant. Je n’ai pas eu la prétention d’y mettre de l’ordre ; je fais bien aise si je vous ai fait quelque pla sir. Cette lettre- ci est le journal de mon voyage de Allahabad à Louck- neio ; elle ne contient rien de nouveau, mais elle pourra vous faire paffer une demi-heure. J’attendis la fin des cérémonies funèbres que l’on céïébroit en l’honneur de Houjsein et de H'ijfein ou plutôt eu l’honneur du derriei et alors je qui tai Allahabad le sn Décembre, je n’allai pas plus loin ce jour là que Beghoum Seraouce * t L y a trois cosses. I** ] e vous rappellerai en passant, que Houssein et Hasst in étoient fils d Ali, neveu etgendte du prophète Arabe. Houssein sut empoisonné et H ssein peut dans une,bataille * Beghoum est le féminin de Bheg, comme Kanoum l’est de Kan. Les deux titres font originairement tartare». Beaucoup de Dames de la famille Impériale de Tamerîan poitoient le dernier. I** En genér.*. un Coss Indien peut valoir deux milles angiois. f+ +• La melur que l’on appelle cois, en ladostan, n’est pas par-tout u la même. D'après les'estimations du Major Rennell, un coi» ordinaire »» 71e vaut pas deux milles angiois, mais feulement 1 mille 9/10. n Memoirs of a map os Hmdostan , p. 4 , ; .N. du f Tra. Allemand.'* ♦ I 6 t * pendant la guerre que Mahomet soutint contre les infidèles c’est ainsi qu’il nommou ceux qui n’étoient pas de s secte. Ainsi tous deux furent martyrs, et le tombeau tic Houfiein, élevé dans le voisinage de Bagdad, est tout aussi respecté des Chûtes, ** que le tombeau de Mahomet l’est des autres Mahométans. Le si je déjeunai et fumai ma pipe à Touttipour, ou la ville de la victoire. Je demandai pourquoi un petit malheureux village avoir un si beau nom; on me répondit qu’auciennement, dans cet endroit, on y avoit remporté plusieurs victoires considérables. Mais qui avoit remporté ces v’etoires, et contre qui ? c’est ce qu’on ne pouvait me dire. Je fis encore six cosses, et je m'arrêtai à Loumchound. frontière au nord-ouest du district de Allahabnd. Tout le pays étoit désert, ce qu’on attri- buoit aux brigandages d’un ancien fermier. Lorsque je mis pied à terre devant le Caravanserah, je trouvai le* hôtes et leurs femmes dans l’embarras d’une noce qu’ils célébroient, je ne fus si cela venoit de la rareté d’une telle solemnité ; caries habitants de c es pays font ordinairement Lins gêne, ou si de grands^obstacles avoient arrêté lon'g-tems le mariage; mais enfin, il étoit impossible de voir plus de gaité; les hommes étoient rassemblés en grouppes, ils bu voient de l’arrack, onjouoit du tomtotn, c’est un petit tambour, les femmes séparées des hommes rnâchoient du bétel en causant. Quoique la fête occupât beaucoup mes hôtes, ils me donnèrent pointant un bon souper et un bon lit. * FoTster étoit mal instruitde la destinée des deux frère*. Tousdeux furent tué* par leurs ennemi*. Voy. Chardin voyage en Perse. Vol iii. p 17 3 et tuîv. Amsterdjn, 0 . La fête des deux Martyrs, comme on la célèbre en ferse, y est exactement dépeinte. Note du Tiad. Ail. ** On appelle ainli le? Mahométans de la secte d'Ali, Ftrßer icrit Sheiiki . Le î* j’arrivai à Kourrah-Manic-Pour huit coss et demi. Pendant la grande chaleur du jour je me reposai dans le Seraouce de Chadzadpour , Chaiftad-Kan, * dont j’ai parlé dans ma dernière lettre, l’a fait construire en même-tems que la ville. Ce Prince étoit très-renommé pour son éloquence et sa manière d’écrire , et on croit que ses talents ont contribué beaucoup à la première fortune d’Aurengzeb. Le Seraouce de Chadzadpour est bâti en briques et en mo ber. Il a des chambres commodes et vastes, mais on a négligé do l’entretenir, et i! y a un côté de tombé. On a bien tort de laisser tomber des édifices dont la destination est fi utile. Probablement lors de la construction des Seraouces, on a alsigné ou de certaines terres ou d’autres fonds pour les entretenir en bon état; mais dans les derniers tems l’Indoftan fut tellement ravagé , et l’esprit de pillage ou peut-être la pauvreté de ceux qui gouvernoient furent tels, qu’on s’empara de ces fonds ou qu’on les employa autrement. Cependant je blâme ainsi une certaine classe d’hommes , et peut-être ai-je tort. En y pensant plus mûrement, une grande partie du reproche doit retomber fur le peuple. L’égoisme, la vanité, le désir de se montrer, qu’on nomme comme on voudra cette paffion dont je décris les effets, regne parmi les habitants de l’Indostan comme par-tout ailleurs. On la reconnoît fous différentes formes ; mais fur-tout dans la construction des édifices et des autres ouvrages publics. Je demandai un jour à un Indou de considération, qui avoit l’inspection fur un temple , comment dans un pays si connu par fa bienfaisance, on laiffoit tomber tant d’édifices consacrés au service des dieux ou à l’hospitalité, tandis qu’on épargnerait beau- * Il étoit oncle d’Aurengzeb du côté de s» mère. i 6 ü coup d’argent, et qu’on cûr cor s rvé plusieurs monu- mentide l’antiquité si on les avoic léparés à icms. lime répondit Ira ne h cm eut, que quand même il employe- roit tout son bien à réparer les édifices publics, ils conseiveroicnt toujours le nom de leurs premiers fondateurs , au lieu que le* conflruciion d’un nouveau fais oit passer le sien à la p^ilémé. D'après cela il est clair qu’on attribue seulement au premier fondateur tout le mérite d’avoir construit un temple, un seraouce ou uri étang. et qu’il n’est pas du tout question de celui qui l’a entretenu ou embelli. Lotte digression m’a empêché de vous marquer plutôt que je me fuis perdu aujourd'hui. Au lieu d’aller à ÏÏanirkpour oà je voui ns me rendre, jarrivai à Manickpour où je passai une fort mauvaise nuit. L’air étoit très-froid, et mes valets, qui avoient pris le bon chemin. avoient mon bagage et même ina Une bonne vieille femme , l’hôtesse du Seraouce. me préparai souper au rfque de n'étre pas payée. Cirje lui avois raconté mon accident. Mais avec toute fa bonne volonté elle ne put me rien donner contre un refroidissement qui me 6t trembler la fièvre toute la nuit. Près du village de Kourrah-Maniripnur , on voit fur une colline les ruines d une forteresse considérable. Parmi ccs débris je trouvai quelques restes tronqués de sculpture indienne, dumêmt style que celui d’un monument remarquable trouvé dans le voisinage de Benarès. Les morceiux que je trouvai repréfentoient des couronnes de sl-urs qui. pour la belle simplicité du dessein et la propreté de l'exécution , auroient pu le disputer aux ouvages des artistes e rropéens. Les Indous d'au- jourd’hay ont fort peu de connoiffances des loix des proportions, et pas du tout de celles de la perspective. c 67 I!s imitent exactement et travaillent avec foin; mais leur goût ne fait encore que naître. * Le -a3 j’a-tivai à Gootrée, deux milles au-deffous de i ' ; i Kourrah Manicuour fur le Gange, et je gagnai Moul- v “ taph neuf cosses. Aimas Ali-Kan est l’administra- teur ou le fermier d'une grande étendue de pays vers Ht; le du Gange. Cette partie me oarnt moins déserte que toutes celles du territoire du Vilir que j’avois vues ott jusqu'alors. Des ruines du fort Kotirrah, le Gange fe 'ai tourne d une manière très-pittoresque au pied des coïta- line', et le village Manicpour cft situé immédiatement lia- fur le bor ; f ; tentrional. A Mouflaphabad je trouvai œ mes valett. Je les envoyai à ma vieille bouffe qui lut m - - .it accompagné jufques là pour êut payée des irais ucs. de s, ft Le 24 je vins à Barc'ly, ville forte, éloignée de H tsst cofj. Les environs de cette dernière ville font couverts ou de jongle. C est le mot qui dans l'Itidostan exprime dis toute forte de bois. Par-tout où ma vue put s'étendre, ccr j’apperçus peu de traces de culture , excepté dans le m district d Aimas qui, par comparaison, eft dans un meilleur état. général je ne vis qu'un pays de désolation, L où l'on distinguoit seulement çà et là quelques traces ]!c. d un état autrefois plus heureux. Je Le ü 5 à Doolindy 8 cofs. Doolindy est le chef lieu m- d’un district affermé à un Indou favori du Visir, il y a et. p’anté un grand jardin et construit de jolies maisons de si- ris * On peut vérifier la justesse fie "ette remarque, dans un village "" situé vis-à-vi deBenarè», près des jardins Ramnagour. Cheytsingya fait élever une longue fuite d’édifices assez beaux, dan* lesquel* ou trouve quelques Statues de pierre qui ont une expression singulière et .. de* proportions plu* singulières cnccic. 68 } Le s6 a Safiindy 10 coss. Pendant cette toute rien à remarquer que le spectacle triste d’un pays désolé. Tont le contraire de ce que j’attendois dans le voisinage d une capitale. Le 27 à Loucknow 8 coss. Je logeai dans le seraouce .d/ro/j et pour éviter d’être découvert je congédiai tout mes valets et n’en gardai qu’un seul sur lequel je pou- vois compter. Loucknow est une ville grande et peuplée, mais laide et irrégulière. Les rues font étroites, inégales, et toutes sortes d’ordures empêchent presque d'y passer. Le Goomty , qui passe au nord de la ville, est navigable en toutes saisons pour des bateaux d’une grandeur ordinaire. 11 se jette dans le Gange entre Benarès et Gbazepour. U pont de bateaux entretient la communication entre la ville et un grand fauxbourg. Choujah- oud-Dowlah demeuroit à Fyzeabad ou à Oude. Son fils, qui changea plusieurs des arrangements de son père , en fit autant pour celui-ci, il transporta son séjour à Locknow. Cependant quelques uns de mes voisins s’infor- moient qui je pouvois être; alors je passai le fleuve et je pris un logement tranquille et commode dans le seraouce de Houssein Gounguc. Avant mon départ pour l’europe, j’avois encore quelques affaires à finira Louk- now. Je laissai mon valet dans le seraouce et j’allai à la ville fous prétexte d’y voir le camp anglois, reùdez vous ordinaire de tous les désoeuvrés. Jevoulois voir une de mes connoissances que je savois être dans la ville. Je m’approchai de la porte d’un officier, et je priai les valets de dire à leur maître qu’un marchand Mogol, *ilyen a beaucoup à Loucknow, deman- * Il 7 avait long-tem» qu’on nommoit déjà dans le»Indes MogoU 69 doit à lui parler. Quelque doucement que je fisse ma prière , les valets me refusèrent fort malhonnêtement, sous prétexte que leur maître étoit à déjeuner. Cependant il étoit intéressant pour moi d’être instruit de plusieurs choses. J’essayai d’être plus heureux à une autre porte qui paroissoit moins difficile à forcer; mais ma prière fut encore inutile. Comme je n'avois rien fur moi pour l’appuyer, je fus obligé de partir, quoiqu’il fit fort chaud et que ma demeure fût éloignée de 4 milles. Cet accident me fut désagréable dans le moment, mais pourtant il me rassura fur mon déguisement et ma manière de parier. Je puis assurer qu’il y a dans notre monde indien beaucoup de malheureux qui ne peuvent payer leur entrée dans la maison des Giands, et font pour cela repoussés par des valets grossiers et fripons. En retournant chez moi, je vis une autre maison européenne où j’entrai en changeant ma manière de m’annoncer J e dis au portier que l’on m’avoit appelé. On me conduisit fur le champ au maître de la maison qui me reçut fort bien et me donna en plusieurs occasions des preuves de son amitié pendant tout mon séjour à Louknow, je demeurai dans le seraouce , et quoique j’y restasse 20 jours , et que pendant ce tems je fisse beaucoup de visites chez les anglois qui demeu- roient dans la ville , je n’inspirai de soupçons à per- ou Mogouls, les étrangers qui avoieot le teint blanc et clair et ctoient Mahométans. Bernier tom. r. pag. 7 , 8 . dit. Quoique ceux qui entrent dam les charge* et dignités et même dans la milice , ne foyent tous de ta race de Mogols , mais que ce Joietit m des étrangers et gens ramajfés de tout pays , la plupart étant Perjans , quelques-uns Arabes et autres Turcs; car il Jußt à présent, pour être eßimi Mogol, d'être étranger, blanc de vijageet Maho- mètan , à la dißinction des Indous qui font bruns et gentils , et des chrétiens de Veurope qui font appelés les Franguis. 11 est singulier qu’en eurone o* appelle les Mogols Tartareg et en Indoftan les Tartarea Mogols. Cela a occasionné déjà dei erreur* dam l’histoive et la géo graphie. N* du T. A. 7 ° sonne. Au commencement mon hôtesse déficit fort savoir le motif de mes fréquentes visites, mais je ne lui donnai pas de répo- se s-tiffaisante et élit crut que je suivoisune avantuie amoureusj Je confirmai la benne femme dans se* conjectures, cela lavonsoit mes vues, et elle fut enchantée de fi découverte. SIXIÈME LETTRE Loucknow l6Janviet i?83. Je ne veux pas quitter le territoire d'Assow-ocd-Dow- lah , ou comme on l'appelle, à cause de sa dignité, du Yisir du Royaume, sans faire quelques remarques far la province d Onde. Le pays est borné, au nord , par des terres appartenantes à Napaul et à Siring Naahour; à I Est, par les possessions angloises ; au sud, par le Joumma; et à l’ouest, par le Doab etle Gange. Le territoire de Oude en général plat et fertile, est arrosé parle Gange, le Joumma. le Goomty. le Gjunlonk et plusieurs autres petites rivières. Ces fleuves baignent les villes les plus considérables, coupent une grande partie du pay?, et portent de petits bateaux dans tontes les saisons. Si nous avons à soutenir la guerre dans ce pliys, nos troupes peuvent être abondamment pourvues de provisions de bouche et de guerre. Ces fleuves, qui facilitent 1 importation, font de forts boulevards contre les courses des Marattes, des Sickes et des Moguls. Les domaines du visir, qui rapportent à présent, dit-on, deux millions de livres sterling, rapportent beaucoup moins depuis la mort de Choujah-oad-Dowlah On semoqueroit de moi si je voulois essayer d’expliquer les raisons de cette diminution, c’étoit déjà assez triste 7 ' pour moi cl’appercevoir les effets d’une administration désastre'ffe. Les habitants disent que la population diminue considérablement, et que le commerce, qui auparavant étoit important et étendu, s'est perdu en grande partie. Les peines et les t ins les plus actifs d’un gouvernement sage etj . ste. peuvent Luis obvier à ces maux qui ont entraîné la ruine des principaux états et accélèrent celle d Oucle. C'est le désir général. Il paroît qu'une grande partie des subsides que Affof- oud-DowIah paye à présent au ttésor de la Compagnie à Loucknow, est envoyé en Bengale pour subvenir aux besoins les plus pressants de ce pays Des trésors immenses, amassées par les employés de la Compagnie dans la province de Oude, ont été emportés de cette manière , et notre liaison avec Affe s-oud-DosvIah augmente encore le mal. Les canaux du commerce font trop lents pour des affaires qui doivent être faites promptement et qui n’ont toujours pour objet que les besoins du jour ou du moment. Quand on veut de l’argent comptant, on ne cherche pas d'autie moyen, pas d’autre ressource. Puiser ainsi continuellement à la même source, doit dessécher nécessairement bientôt un pays qui n’a pas déjà beaucoup de ressources en lui-même, et dont le commerce est gêné de plus par la charge des monopoles et par la main du gouvernement et de ses agents. On demandoit Lus interruption des lettres de change fur le Bengale, et cela en élevoit le prix au-dessus de leur valeur de dix sept i Jï pour cent. Ce cours mettoit les banquiers en é at d’exporter de l'argent compfent. * La reprise des Jagirs ou des pays aliénés n’a pas procuré les avantager * Une exportation plus libre , de* marchandise* de Oude enBsr- fale , a fait tomber cet avantage à quatie pour cent. 7 * qu’on attendoit. Lej personnes employées pour cela faisoient presque toutes une dépense énorme. Elles »voient un rang et un pouvoir conlidérable et cntrete- noient une quantité de valets qui angmentoient encore la dépense. Je ne sais pas quelle en est la cause, et si c’est la suite d’une administration plus duie ou d’une générosité moindre envers les naturels du pays. Le fait est, qu’il faute aux yeux que les diliiicts repris font mal cultivés et mal peuplés. Quant au militaire duVisir, on n’a rien à en dire ses troupes lui servent à faire rentrer les impôts, à contenir les petits vassaux , et à garder fa personne. Le pays n’est défendu que par les troupes anglosses que l’on complette ou qu’on augmente selon les circonstances. Ces troupes consistent maintenant en SoooCy- payes et 5oo Européens, avec le train d'artillciic nécessaire à un pareil corps. Le trélor d’Assof-oud Dowlah est- à présent vuide, mais on dit qu’il a payé le reste d’une grosse dette qui étoit cru considérablement depuis la mort de son pète. Il est bien à desirer que les mesures que l’on prendra à l’avenir puissent obvier aux maux de ce pays. Malgré fa grande étendue et fa fertilité naturelle, il porte le germe d’une ruine prochaine. La position du pays et fa foibleüe proportionnelle au- roitpu le rendre très-utile aux angiois, et cependant notre liaison avec le Vesir ne nous adonne aucun avantage vrai et durable. * * Förster parle ici, comme en plusieurs endroits, an désavantage de Hastings d’une manière trop tranchante et fana connoitre ce dont il parie. Yoyti Haßings It Mc statt / India Land. 1786. 8. p. 4». et fuir. N. du T. Allem. SEPTIÈME ?3 SEPTIÈME LETTRE. ïmoukabad 26 Janvier 1733 Je vais voui donner quelques détails allez'courts fur mon voyage à Ferroukabad où je compte passer deux ou trois jours avec mes compatriotes. Probablement je n’en reverrai plus un avant mon retour en europe. Le 18 je quittai ma demeure à Louknow , et après avoir marché l’espace le 7 cosj par la chaleur et la , j'arrivai à Nowill-Gounge. Le jour suivant j'atteignis Mtah-Goungue également 7 eus». J'étois enchanté ; mon petit cheval se portoit à merveille. Il a , je crois. trop de force dans la mauvaise signification du mot, et à la manieie dont il s’anime, dont il hennit quand il voit une jument, sûrement il n’a pas toujours été très-sage; mais il est écrit dans un beau livre qu’il n’y a pas de sagesse sous la ceinture, cela s’entend fous celles des hommes et des femmes; on peut pardonner un pareil soible à un pauvre cheval qui n’a pas de pudeur innée, ni de* exemples de vertu pour le retenir- Meah Goungue fut bâti, à ce qu’on m’a dit, par Aimas, et a l’air riche et peuplé. Le fermier actuel est un homme actif et rangé. Les habitants prétendent qu'il est très-sévère pour faire rentrer les impôts; mais aussi qu’il est très-scrupuleux à remplir ses engagements. Je passai cette soirée avec un Patane. Il avoir quitté Louknow et retournoit dans fa patrie. Il y avoir mangé en arrak et en filles la plus grande partie de son bien. G’étoit surtout l’arrak qu’il aimoit avec passion. Je le vis avec étonnement vuider en trois heures et demie deux bouteilles d’une liqueur si sotte , que pareille dose eût G 1 1 n grisé un éléphant. Il cxcusoit ses goûts en disant que l’arrak. faisoit disparoître le, soucis qui le rougeoient lorsqu’il étoit à jeun. Ce Mahométan si gai avoir avec lui un vieux musicien fort mal habillé , et qui avoit perdu une partie de ses dents. Notre musicien sans dents, dans les moment, où son traître ne buvoitni ne eau soit, chantoit quelques odes de Hafez en s'accompagnant fur une détestable guitare. La voix eût fait enfuir la bête la plu, farouche et la plus intrépide. Ce fut à Meah-Goungue , qu’un valet que j’avois pris à Louknow et le seul encore que j’eusse avec moi, s’en alla avec ma carabine et un poignard à moi fort bien travaillé. Le 20 à BanghouT-Mow , un grand village dans le district de ïAimas dix cofs. Mon Patanc avoit mangé son argent ; il vendit un vase d’étain qui lui valut trois roupies, il s'enivra encore ce soir là, et pour que rien ne manquât à scs plaisirs, il fit venir une jolie fille qui, pour une demi-toupi , l'amusa tout autant qu’une fille de Louknow l’eut pu faire pour vingt. Il temoignoit le plus grand mépris pour l’Aimas. * Il trouble et empêche, disoit-il » les plaisirs de l’amour, parce qu’il n’en peut pas jouir lui-même. On apporta dans le seraouce plusieurs Cipaycs de I’Almas qui avoient été blessés à l’attaque d un fort, dans les bois, qu’on venoit d’emporter après un siège de six semaines. Ces soldat» étoient mutilés d’une manière horrible. Quelques uns avoient plusieurs balles dans le corps, d’autres étoient écorchés par les matière, enflammées qu’on avoit jettée, fur eux pendant Passant. J’avois fur moi quelques drogue,, je pansai ceux à qui je crus pouvoir être utile, et j’eus le plaisir de réussir. Le manque de chirurgien * Alm» st il unuq». 75 est le mal le plus affreux da les guerres des Princes Indiens , fur-tout à présent où l' des armes à feu est si général. On peut dire, fans exagération, que dans tes armées Indiennes, il en meurt plus des fuites de leurs blessures qu’on n’en tue dans les batailles. Après une longue journée de 14 cois, où j’épuisai à-peu-près les forces de mon cheval, j'arrivai le si à l’ancienne ville de Kinnoug , fittiée furie Callimouadi , petite rivière qui fe jette dans Je Gange environ 20 milles au-dessous de Ferronkabad. Kinnoug étoit avant la conquête des Mahométans une des villes les plus peuplées et les plus riches des Indes. Une preuve de la grandeur de cette ville , est qu’elle a en 3 o,ooo boutiques de bctel et 6000 danseuses et musiciens. Un amas monstrueux de ruines, qui occupe un très-grand espace, fait voir encore la grandeur de 1 ancien Kinnoug. Parmi ces ruines il y en a peu de reconnoissables, ou de conservées. On voit seulement quelques parties d’un temple de pierre , élevé anciennement 5 Honneur de Setha, épouse du Dieu Ram ; m-.*tte dans l’Indostan septentrional, appartient à la quatrième caste ou celle des 8 oudcrs parmi les Indous. 1*** Les officiers des Rohillas les plus considérés après leurs chefs, étoient Kaim-Kan, Chadie-Kan , rera»aul-Kaii , Sultan-Kan er Aloum- Kan-Dhoungiah. î**-v*^ Villages dans le district de Sallanfce , partie du Rohilcound* et située à 40 milles à l’ouest de Barcily. Voyez les cartes de Rennels. ++ Mollah est le nom des perionnes qui font instruitei des loix et de la croyance de Mahomet et de l’Aicoran. 82 vint voir ses compatriotes dans l'Indostan. On dit que ce Mollah avoit des droits particuliers à l’amitié de Daoud-Kan ; il étoit ou-le père adoptif de ce chei, ou il l'avoir élevé dans fa jeunesse. Mais quelle qu’ait été la relation entre ce Mollah et Daoud-Kan , il est certain que ce Cha-Aloum fut fort bien reçu à Beouly, et que lorsqu’il voulut'retourner en Afganistan, on lui donna une somme d’argent pour le dédommager des frais de son voyage. Le Mollah revint une seconde lois à Couthair , * et Daoud-Kan le reçut avec la même générosité. Mais en retournant dans sa patrie , il fut assassiné, et tout ce qu’il avoir fur lui fut pillé. Il courut un bruit que cet aliassinat étoit arrivé par les ordres de Daoud-Kan , offensé de quelques propos assez hauts du Mollah. Je n’ai parlé de cet Aloum- Lan, que parce qu’il fut le père de cet Flafiiz Ramout , qui Un peu plus tard est devenu si célèbre et si malheureux. Cependant à la fin les Rohillas se brouillèrent avec Madar-Saha. Ils quittèrent son territoire, se lièrent avec Kand-Kan , chef de L et passèrent avec lui au service de Amiouth-Kan , Gouverneur de Mora- dabad. *** Ils ne restèrent pas long-teins non plus à la solde de ce Gouverneur; mais s’approchant toujours davantage des montagnes du nord, ils firent des couises furie territoire du Rajah de Kcummajun. t Kand-Kan seul refusa avec ses troupes de prendre part à ces * Le nom originaire d’une partie du Rohilcound, avant la conquête de» Rohillas on s'en sert encore dan» les registres publics du pays. ** Bareily, ville considérable et bien bâtie dans le centre de Rohilcound. Cartes de Rennais. *** Ville anciennement considérable U partie septentrional du Rohücound. Voyez les carts de Rennels. + } Pays de montagnes, assez étendu, soumis à un Rajah Indice, t bornant au nord le Robiicouad* 85 expéditions ou plutôt à ces brigandages qui avoient toujours une mauvaise issue. Les Rohillas avoient déjà pénétré assez avant dans l’intérieur du pays, lorsqu’ils furent tout-à-coup investis de tous côtés par les montagnards. On leur coupa toute communication, et ils furent forcés de faire un traité honteux. Il fallut livrer Daoud-Kan et Ali-Mahomet au iîajah, qui fit exécuter le premier, et le second anroit eu pareil dessin, s’il n’eût pas trouvé l'occasion de s’échapper. Les Rohillas ne conviennent pas d'avoir livré Daaud-Kan au Rajah de Coummajun. Ils prétendent qu’il fut surpris par un parti de brigands qui l’assommèrent. Après ce désastre, les Rohillas se retirèrent à Béouly et à Bourreah où ils avoient laissé leurs familles avant leur expédition contre Coummajun. Ils s’emparèrent bientôt après du territoire de Madar Saha qui fut tué dans un des combats que cette expédition occasionna. Après la mort de Daoud Kan, Ali Mahomet , malgré fa jeunesse, fut choisi * pour chef par les Rohillas qui avoient aimé son père adoptif. Il parut mériter cette dignité. Il etoit brave et entreprenant, et il ne négligeoit aucune occasion d’agrandir ses possessions. Un eunuque, qui demeuroit à Mounounah ** et aclministroit les biens des Omrahs qui avoient des terres dans le Couthair , engagea par vengeance Ali Mahomet à attaquer le chef d'Owlah. Aussitôt le pays fut conquis et réuni au reste des possessions des vainqueurs. AiiMahomel alors chercha *} Mahomet-Kan , fils de Daoiifi-Kan , auquel, son père préféra AU Mahomet, ou qui apres la mort nt je ine suis servi, porte qae Mahomet-Kan , à la mort de son père , étoit encore-un enfant e* qu’il resta quelques années dans la maiion de Ali Mahomet. {** Une ville dans le Rohilcound» 8 4 et trouva bientôt l’occasion de rompre avec l’eunuque ; il lui livra une bataille { + l'eunuque y resta . et le vainqueur, outre tin butin considérable , prit les biens que son ennemi administroit. Malgré cela Ali-Mahomet, par l’entremise du visir Koummcr ou !-lcyi i, se reconcilia avec la Cour de Dehli. Il fut même chargé de lever le revenus des terres assignées aux Omrahs, et ou assure qu’il les envoya exactement. * C eil de ce moment qu’on petit dater la puissance des Rohillas dans le Rchilcound. C'étoit le nom par lequel ils délignoient les districts de Coulhair et leurs autres possestions à l’est du Gange. Lorsque Aimoud-Qullah- Kan ** fut éloigné du gouvernement de Moradahad , Hounound , chef Indou de distinction, reçut ordre d aller à Moradahad, et d’anéantir les Rohillas. Il paroît que Omdul-oul-Moulk , ***Omrah très-puissant à la cour de Mahomet-Cha, fut cause de cet ordre. Il vouloir venger la mort de l’eunuque qui avoir administré en son nom un jaguir étendu dans les districts de Mounounah et de Oiolah. Les Rohillas, fous les ordres d’Ali Mahomet, marchèrent contre Hounound et le battirent complettement. **** Hounound fut tué avec ses si s, ét Ah-Mahomet s’empara des districts de Moradahad et de Bareily. Ce fut dans ces temps, que Aùm- Chnn- Doung- Head , qui avoir servi le Semindar de + Cette bataille se donna en 1727 * Une révolte aussi marquée que celle que Ali-Mahomet se permit dans 1* voisinage de la cour » etson impunité , montre déjà la decadence de l'empire Mogol, et prouve que cette puissance , qui avoit rendu le» armes Mogoles invincibles fous Akbar et Aurengzeb, etoit déjà disparue. { ** } Dans quelques papier» fur les KohUlas, il y est dit que Azmouth- Ouîlah fut dépouillé par force de ion gouvernement par AU Mahomet. *** Cet Omrah était connu fous le nom de Amir-Kan. {**** Ceci arriva l’an V740 r apte» l'irruption de Nadir-Shah dans les Indes. i { 85 fait ah al , * se réunit avec Mahomet, et l’engagea à s’emparer du territoire de son dernier maître. Le chef des Rohillas qui ne négligeoit aucune occasion de faire des conquêtes et du butin, attaqua l'Indou et le chassa. On raconte , mais sans aucun détail et fans fixer l’époque , qu’après la mort de Ilounound ', Mcer-Mounnoo , fils du visir Koumm Oud-1 cyn , fut envoyé avec une armée dan» le Rohiicound, pour forcer Ali-Mahomet de rendre compte des revenues du pays, et pour reprendre l’artillerie qui avoit appartenu aux troupe» d’Hounound. Ali Mahomet rencontra Meer-Mounnoo lorsqu’il palsoit >e Gange près de Iaranaghour. t Ou dit qu’ils y firent un traité , et que le Chef des Rohillas donna fa fille en mariage au frère de Meer-Mounnoo. C’est ici qu’on entend parler, pour la première fois , de Hafitz-Ramout-Chan. Tout ce qu’on fait de son arrivée dans les Indes, ff c’est que ce fut fous le gouvernement de Mahomet, qui donna au nouvel arrivé une place considérable pour lui faire perdre toute idée de vengeance du meurtre de Aloum-Chan. D'Hoondi-Chan , neveu de Aloum-Chan , qui vint aussi vraisemblablement dans ce temps à Rohiicound , fut aussi très-bien reçu par Ali-Mahomet. Ce dernier, plutôt par ambition que par vengeance, attaqua le pays de Commajun , s’en empara brusquement, et força le Prince de s’enfuira Scrinagour. fft Il fit dans cette expédition , non seulement un butin considérable ; mais il en tira encore un tribut annuel. Les Rohillas mirent garnison dan* le» deux forteresses de Cachipour et Rouderpour , qui de- {* Ville dam la partie du nord - est de Rohiicound, au pied d’unt chaîne de montagnes couvertes de bois. Voyez la carte de RenneU. t Vilie dans la partie du nord-oueft du Rohiicound au bord du Gange, Voyez les cartes de Rennels. 1 tt Hafitz-Ranut-Chan vint, dit on , comme marchand au!t Indes» i+tt Un* principauté indienne qui borde 1 Rohilcaund au nord. b pendoient de Cùmnajun; et Ali-Mabomet voulut le» garder comme un monument de la vengeance qu’il avoir tirée de la mort de son père. Ali-Mabomet vivoit ordinairement à Oiulah . Il introduisit un système de gouvernement assez ferme, qui protégeoit la classe du peuple, quoiqu’il sût en général assez violent et arbitraire. Sourdar Chan, qui avoit donné de* preuve* de courage dan* plusieurs combats, fut nommé Commandant-Général de l'armée ; et on lut assigna quelques terres pour son entretien. Fouttah-Chan * fut nommé premier Trésorier et Maréchal avec de* revenus considérables. Hasitz-Ramout eut Peleabat et Bareily, et Doondt-Chan eutMoradabad . Il paroît qu'ai ors Ali-Mahomet craignoit et respectoit peu le pouvoir de l’Empereur. Il se rendit maître de plusieurs choses précieuses que le gouverneur de Bengale envoyoit, par le Rohilcound, à la Cour de 1 Empereur. 11 méprisoit tout autant, et brava même la puissance de Soujdar-'joung , Souba de •Cudc. Il s'empara d'une grande quantité de bois de charpente que Soujdar-'joung avoit fait abattre dans les contrée» septentrionale» du Rohilcound. Sous dar -Joung étoit depuis long-tems irrité contre les conquérants de Kouttair , ci il eut assez de pouvoir fur Mahomet Shah + pour le décider à une campagne contre Ali-Mahomet. Le Vijïr Koummer-oud-Dcyn hnïssoit mortellement le Souba de Oude. Suivant la coutume des courtisans de ce tems, il vouloir fortifier son parti par toute ♦ Futtah-Chan, né Indou, fut adopté par AU-Mahomet ; cela arrive aussi dans les familles Mahomctaoci, quoiqu'il y ait plusieurs autres fils légitimes. {* Scuf'lar-Jjung, pour décider l'Empereur à marcher contre les Rohillas , promit de payer pour chaque jour de marche un lak de roupies, t un de Fizt-Oullafn dans le Laldong, et le retira avec lui à Rampoie. y* S -' s > nueîleiriént aux prétentions de Hafitz - Ramout, qui ambitionrioit visiblement un pouvoir illimité ; et ce* hommes prenant chaudement les intérêts de la veuve de Saoud-Oullah, qui étoit généralement aimée, balançoient le pouvoir usurpateur de Kafitz. Puisque je recueille de-s détails fur les Rohillas, et que je rapporte ce que l’on dit généralement, je dois peindre ici, en peu de mots, le caractère de Hafitz-Ramout. Il naquit et fut élevé dans un pays t où chacun est accoutumé, dès fa* plus tendre jeunesse, à regarder le service militaire comme la seule manière de vivre honorablement, et à prendre son epée pour l'arbitre de tous les différents. Hafiiz-Ramout, de sa nature , étoit brave. Cette éducation le rendit un soldat entreprenant. Son administration fut très-active, et il lui donna d'autant plus de force , qu'il en connoiffoit et les ressources et les ressorts. Il paroît que dans sa vie publique il respectoit en général ses engagements, et ne manquoit pas de bonne foi. Quoiqu'il eût foulé aux pieds les droits d’un autre pour obtenir sa puissance ; cependant son esprit supérieur et sa bravoure lui assurèrent l’obéissance, et peut-être même l’amour de son peuple, qui voyoit en lui un maître qui savoir également et punir et recompenser. Choujah-oud- Doulaw seul n’auroit jamais eu le cœur de lui tenir tête en plaine. Hafitz-Ramout étoit malheureux dans sa famille. Cela arrive ordinairement aux Princes d’un pays dans lequel l’héritage appartient au plus fort. Enayat- Chan , son fils aîné, se souleva contre lui, fut battu et s’enfuit chez Choujah-oud- Dowlah, dans l’armée duquel il servit lors de la bataille de Bouxar. * Les + L’Afganisian. / * Xi retourna apte* dan» U Rohiicound, ctmeuiut »Tant la dernière guerre des Rohillas. 9 5 fils des autres Chefs des Rohiilas avaient eu de pareilles querelles. Tous ce s différents faisaient naître le trouble et une fermentation générale , et étoient cause, que lors de l’arrivée des armées réunies de Choujah-oud- Dowlah et des ariglcis, chaque Chef craignoit plus l’agrandissement de la puissance de ses rivaux que 1 irruption des ennemis. Je Unirai ces détails en remarquant que les con- quérans Afganiens du Uohilcound étoient un tas de brigands hardis et ne respectant aucune loi. Après avoir fondé leur puissance dans lcshules. ils prirent, peu- à-peu, les vices et les moeurs efféminées des peuples du sud, et se firent bientôt connaître par leurs ruses, leurs intrigues et leurs artifices. Les Rohiilas, surtout dans les dernières classes , ctoient. à quelque exception près, la feule secte ou classe de Mahomctans, dans l’Indostan. qui travaillassent à la terre; et l’abondance et l’excellence des produitrede leur pays récompensait richement leurs peines, t Les actions de Najeb Chan , surtout celles des dernières époques de fa vie, étant liées avec l'hifloirc des Rohiilas, je leur ai delliné une place particulière. Cela les fera paraître dans leur jour convenable , et me donnera i occasion de rendre hommage à la mémoire d’un guerrier brave et généreux, . et d’un homme d’état du mérite le plus distingué. Nnjcb- Chan , neveu de Bijcharout-Chan , dont j’ai parlé plus haut, vint en Rohilcound pendant le gouvernement d’Ali - Mahomet. On lui confia une petite troupe que i on dit n’avoir été que de iï fantassins et { + Ce pays rapportoit par an aux Rohiilas un million de livres sterling, et l'administration vicieuse du Nair l’a fait tomber quelquefois à trente mille livres sterling. Il rapporte au plus 40,000 liv. st. 97 de is cavaliers. Son courage et son activité le firent bientôt connoître d’une manière avantageuse d’Ali- Mahomet. Il lui confia un polie ou un commandement important. Il lui fit avoir même, pour femme . la fille de Dhoondy-Chan. Pendant que Ali-Mahomet étoit Gouverneur à Sirfiend, Najefc-Chan lui rendit un service important, en soumettant un Rajah Indien des environs. Lorsque les Rohillas retournèrent dans le Rohilcound, Dhoondy-Chan lui donna les dillricts de Duranaghour et de Chaundpour. Najed-Chan ne s’en contenta pas long-tcras il paiia le Gange et fit des incursions dans le payî des Goojers + jusqu es à Ghoit/kgour et Sarounpour. ++ Après la mort de Mahomtt-Shah , * Soufdar-joung annonça clairement ses intentions hostile? contre la cour, gouvernée alors parle Visir Ghaze-oud-Deyn. 11 conduisit une armée contre Dchü , et pria les Chefs des Rohillas, toujours prêts à prendre les armes, s’il y avoir quelque chose à gagner ou des conquêtes à faire , de se réunir avec lui. Sous lar - Joung n'étoit plus éloigné deDehii, lorsqu’un courtisan ** gagna Xajeb- Chan par des promesses considérables et t’engagea à se séparer de Soufdar-^oung et de se joindre à l’Empereur. Cette défection engagea les autres troupes des Rohillas, à la tête desquelles étoit Hafitz-Rament, à retourner dans leur patrie. Najeb Chan fut reçu par Ghaze-Oud- Deyn de la manière h. plus honorable, et nommé Général en Chef de l’armée Impériale, il attaqua alors + Une secte d’tndous dans les hautes qui appartiennent à la quatrième cafte ; ils cultivent 1. terre et portent les armes. ++ Voyez la carte de Rennels. * Mahomet-Shah mourut en 17 47 son fils \hmed'ShaU lui succéda. ** Son nom étoit Devising. 98 ^ y Sousdar-Joung et lui fit repasser le Gange. A la fin de cette campagne, dans laquelle le Kohilla avoir été blessé , il reçut de l'Empereur le titre de Najefc-oud- Dowlah. Il marcha ensuite avec un corps de troupes considérable dans le Roh’lcound, et il établit un bon gouvernement dans les dillricts qui lui appartenoient. Quoiqu’il ne voulût pas être dans la dépendance de Hasitz-Ramouth, on le regarda pourtant comme un membre de l’état des Rohillas. Le crédit de Najeb-oud- Dowlah à la Cour , et son caractère extrêmement populaire, le faisoit craindre de Hafitz-Kamouth qui lui portoit envie. Il voyait dans l'agrandissement du pouvoir de son rival la diminution du sien. Une inimitié réciproque amena bientôt des hollilités qui occasionncremune guerre civile parqri tous les Rohillas. Au commencement des troubles, Sauod-Oullah- Cban,.qui portoit encore le nom de Chef de l'état avoir pris le parti de Najeb- oud-Dosvlah. Hafitz-Ramout et ses partisans le forcèrent bientôt d’abandonner le parti qu’il avoit pris. Ils possédoient les revenus du pays, et ils pouvoient ainsi le favoriser ou le gêner à leurgré. Najeb-oud-Dowlah , voyant qu'il ne pouvoir tenir tête à la ligue redoutable sonnée contre lui, s’éloigna du Rohijcound et fa rendit à la Cour. A son arrivée àDehli, il fut chargé de la commission, que peut-être il demanda, de moriginer et mettre à la raison le gouverneur Mabométan de Sarounpour , * qui gardoit son territoire les armes à la main , et ne vouloir rendre aucun compte des revenus qu’il étoit obligé de verser dans le trésor Impérial. Le rebelle se retira à * Cette ville est dans la partie septentrionale de Douab, et appartient à présent à Gbouro-Kauder-Kan, • p;ît fil» de Najeb-oud- Dowlah. > ! 99 l'approche de Najeb ourl-Dorvlah, et les districts de Sarounpour et de Ghoufgour furent aisément conquis. Najeb-oud-Dowlah passa alors le Gange, avec les soldats aguerris qu'il avoir avec lui, et îeprit ses anciens districts auxquels il joignit ceux de Tillalabad. Il fit bâtir, dans la partie septentrionale de ses nouvelles conquêtes, la ville deNajebabad, f qui fut en peu de tems décorée de maisons belles et commodes, et devint le centre d’un commerce considérable. Il construisit aussi, à un mille de cette ville , la forteresse de Najeb-Gkour. ++ Les habitants de la ville pouvoient en tems de guerre y sauver une partie de leurs biens et y trouver la fureté pour leurs personnes. J’ai cherché vainement des détails fur les premiers exploits de Najeb-oud-Dowlah ; ceux que l'on a font extrêmement confus ; mais ce qu’il y a de certain . c’est qu’en 1757, Ghaze-oud Deyn l’éleva à la dignité de Meer-Bouckfy * avec le titre d'Amir-oul-Oinrah. Quatre années auparavant, en 1753, le protecteur de Najcb-oud- Dovvlah avoit déposé Ahmet-Shah. son maître, et l'avoir privé de ta vue.. Il mit à sa place sur le trône Aloumguir Sani , père de l’Empereur actuel. Lorsque les Durannics ou Afganes pénétrèrent pour la quatrième fois dans l’Indostan, ** pour gagner quelque chose au démembrement de l'empire Mogoi, f Dans le nord du Rohilcound. V. Rennels. t+ } Cette forteresse sut autfi nommée v * Que l’on voye ThUtoire de l'Jndostan de Dow , dans le Cazanaher Omali, livre peisan, qui parle des derniers Empereurs de l’Indostan, on y trouve que Najeb - oud'- Dowlah fut élevé à cette dignité par Ahmet-Shah Mais j'ai mieux aimé suivre Dow, parce qu'il est plu* vraisemblable que Najeb-oud-Dowlah reçut cette dignité de la Cour de laquelle il étoit. o3 Sooridge Moull , le chef des Jatts , commença la campagne par attaquer un laguir'dar , f Mahométaa valsai de Najeb-oud-Dowlah. .Ce dernier remporta une victoire aisée et complète sur son adversaire. Cette guerre fut funeste à Socridge Moull , ff et cependant Najeb-oud-Dowlah n’en retira pas un grand avantage ; les Sicques inondèrent le district de Sarounpour. Il fut forcé de marcher au-devant de ces nouveaux ennemis et de perdre les fruits de fa victoire. Dans l'automne de l’année 1764., Najeb-oud-Dowlah fut attaqué à Dehli par une armée nombreuse de Ma- hométans , de Jatts et de Sicques, qu c Jcwayir Sing , fils de Sooridge Moull, avoit ramassés dans l’espérance d’anéantir la puissance de Najeb oud-Dowlah et de venger la mort de son père. Ghaze-oud-Deyn , qui avoit levé une troupe de Patanes de Ferrouckabad, se réunit encore avec les troupes alliées. Après un siège de quatre mois, où il avoit beaucoup souffert faute de provisions et d'argent, Najeb-oud-Dowlah persuada à Mouttar-Row , chef des Maraues, de retirer ses troupes de l’armée de Jewayir-Sing. Celui-ci leva le siège après la défection d’un allié si puissant, et il le fit d’autant plus vite , que le Roi des Afganes arrivent à Sihrend et se pressoir de venir au secours de Najeb- oud-Dowlah. A peine cependant Najeb s’étoit - il remis de l’embarras dans lequel la dernière alliance formée contre lui l’avoit mis, qu'il sentit la nécessité de réunir toutes ses forces pour défendre ses possessions , à l’ouest du Gange , contre les pillages des + Moofah-Kan , Jaguidar de Ferrouk-Nagour, district entre Dehli et Agra. •H Sooriïit-Meull fut tué en 1763 , un combat qui se donna dans les plaines de Ghezeabad près du fleuve Hindia et à envirti* 18 millet de Dehli. \ l0 4 Sicques, qui paruiilciu être faits exprès par la nature, pour faire la petite guerre. En 1770 Najeb-oud-Dowlah se réunit avec l’armée des Marattes qui vinrent en 'Indoflan , conduits par Touckejci Holkar et Mhadgte Scindia; et je trouve dans mes papiers , fur les Rohillas , que Najt b les avoit engagés lui-même à chasser les Sicques du Douai. Cepen- dantNajeb-oud-Dowlah s’affoibüssoit chaque jour. Une maladie violente l’attaqua dans le camp des Marattes. Il laissa une partie de son armée fous les ordres de Tjibitah Chan , son fils aîné, et il alla avec le reste de ses troupes dans le Rohilcound. Riais fa maladie augmenta tellement, qu’il ne put aller qu’à Happer , petite ville dans le Douab , et il y mourut en octobre 1770. Son- corps fut porté à Najib et mis dans un tombeau, bâti par les ordres, près de cette ville. Najeb- oud-Dowlah possédoit, soit en propre, soit comme un fief de remplie, une étendue de pays qui alloit de Panifrett, à l’est , jusqu’à Najebad dans le Douab. Ses poste fiions étoient bornées , au nord, par Sarampour, et au sud par les lauxbourgs de Dheli ; dans le Rohilcound elles s’étendoient depuis les montagnes de Sering Naghour jusqu’aux districts de Moradabad. f Les revenus de ce pays, dans son état florissant, étoient estimés à cent lacks de roupies. On prétend que les pdlagfes des Sicqu-es les firent tomber au-dessous de soixante-dix, et même ils n’eussent pas été portés si loin, si Najeb-oud-Dowlah n’eût pas su employer en maître , et la force et les négociations dans les affaires qu’il eut à traiter avec ces brigands. Ses sujets le regrettèrent. Ils chérissent et honorent encore sa mémoire. t Ville considérable dans le Rohilcound, Utuèe au bord dli JtVoyca ls cartes de Rannel. II I ° 5 11 soutint le caractère d’un brave chef. Il favorisa l’agriculture, protégea le commerce ; et ou le considéroit comme le seul officier de l’empire qu on pût opposer avec confiance aux attaques des Marattes et des Sicques. Détails fur la vit de Choujah-oud-Dowlak. Mes amis m'ayant su procurer une bonne provision de titres et de papiers-relatifs à l’hiltoire de la famille de Choujah-oud-Dowlah ainsi qu à fa vie , je fuis en état de l’écrire. Ce Prince joua un rôle important fur le théâtre de l’Indostan, et ses relations avec les anglois, dans les Indes, lui méritent une place dans les annales de cette nation. J’ai choisi mes matériaux avec attention, et je les ai employés avec précaution ; ainsi , je crois fermement qu’on n’appercevra , dans mon récit , aucune trace de prévention, ni la moindre envie d exagérer ou de supprimer les faits. Si je désiré peindie les actions de ce Prince, qui n’étoit pas un homme ordinaire , c’est pour qu’on puisse se former , d après son caractère et ses sentiments, une juste idée des dispositions et des qualités morales d’un Indou. Clioujah-oud-Dowlah , fils de Soufdar-Joung et d’une fille d t Saadout - Kan , naquit à Dehli en 1729. En Indostan ce n’est pas une longue fuite d’aïeux , c’est Ja fortune et la victoire qui donne le plus de droits à l'empire Cependant une naissance illustre donne encore , même dans les Indes , un grand éclat aux autres avantages d’un chef heureux ; et les descendants d'ancêtres illustres -pensent ausii à leur naissance avec un plaisir mêlé d’orgueil. Je dois à la vérité de juJtisier I 1 106 les prétentions de la famille de Choujah-oud-Dowlah. Dans l’histoire de 1 Indostan de Dow , on le nomme le fils infâme d’un petit marchand Persan plus infâme encore. * Les ancêtres de Choujah-oud-Dowlah demcuroient depuis long-tems à Nishabour, ville du Chorasan. Ils y possédèrent de grands biens, et étoient au nombre des personnes les plus considérées de la province. J’ai eu occasion, dans mon voyage en Perse, de parler à quelques habitants de Nishabour, et ils me montrèrent des témoignages ou des preuves irrécusables de l’illustration de la famille de Choujah-oud- Dowlah. Pour prouver ce que j’avance, même quand cela deviendroit un peu long, il faut remarquer, que Mirjah Nasseer, ** le grand père de Choujah-oud- Dowlah vint en lndostan au commencement du regne de Bahaoudar-Shah, *** qui lui donna une place considérable à Patna , où on voit encore son tombeau. Mirjah Nalseer eut deux fils. Le second , Mahomet Aumeen, apprenant la mort de son père, quitta la Perse et arriva environ en 1708 à la cour de Fourrouksir. Ce Prince le nomma gouverneur d’Agra ; mais bientôt il obtint des places plus importantes, et il devint Vice- Roi dOude avec le titre de Saradout - Kdn Bourhaan Oui-Moulk. La soumission de cette province , quiavoit été long-tems révoltée, lui valut sa réputation mili- * Dow cherche partout à rendre odieux le caractère et la famille du Visir. Choujah-oud-Dowlah entendant 1 er expreffions inlultante» avec lesquelles Dow parla de ta naissance , les attribua à la vengeance que l’historien voulut tirer du refus qu’on lui avoit fait de la ferme du Salpêtre dans le district de AUahabad. 1 ** Saadout-Kan avec le titre de Bourhaan-oul-Moulk. *** Cet Empereur commença à régner, eu 1707, et mouru* en 171*. { I0 7 taire , et ii fat honoré de la dignité de Darogha-Kan * et du commandement de 7000 hommes- de cavalerie. Dans ce tems vint aux. Indes Mnhomet - Mouckeim , appelle ensuite Soufdar-Joung, neveu de Saadout-Kan. Il épousa la fille de son oncle, et n en eut, autant que je puis savoir, que Choujah - oud - Dowlah. Soufdar- Joung avoir du mérite et des talents. Il devint le plénipotentiaire de Saadout-Kan dans le gouvernement de Ou de. Au milieu du regne de Mahomet - Shah , '“*’ les Marattes , incités à ce que l'on croit par Nitam oul- Moulck . fl alors brouillé avec la cour, pénétrèrent dans l’empire et y firent des ravages horribles. Mais lorsqu'ils voulurent entrer en Oude , Saadout-Kan, qui commandoit ses troupes en personne , les attaqua et les battit. Il se réunit ensuite avec l'armée Impériale , qu’on avoit rassemblés pour chasser l'ennemi ; mais fous le prétexte d’une maladie , il quitta le camp de i’Empereur et retournaà Oude. On dit que Saadout- Kan , lié avec Nizam-oul-Moulck, avoit engagé Nadir Shah a entrer dans les Indes, et lui avoit promis un secours puissant dans l’intérieur du Royaume et une conquête facile de l’Indosian. Cette conjecture elt racontée comme un fait positif dans 1 histoire de Dow. Ou la trouve aufli dans l’histoire de Nadir Shah, par Fraser-, histoire qui du reste est écrite avec beaucoup de clarté et de vérité. Cet auteur prétend que Saadout- Kan prit part aux intelligences perfides que quelques courtisans mécontents de Dehli entretenoient avec le {* Darogka-Kan est une place à la Cour qui répond à celle de Laure de !.. maiton du Roi en angteteire. 1 ** Le ?nnce monta fur le trône en 17 19 , et mourut en 3 747 t Le père àüdS'izam'Oul-Mtulch quj vit encore. I 9 -o8 Roi de Perse. Mais l’assertion de Fraser n’est soutenue d’aucune preqve ; et on ne trouve aucun détail des avantages que Saadout-Kan a ut oit obtenus ou qu’il eût cru obtenir par l’invasion des Perses. Si j’osois tirer une conséquence vraisemblable de la conduite de Saadout-Kan, comme elle est peinte dans Fraser, je soutiendrons que le Gouverneur de Oude n'a pris aucune part aux négociations ou à la faveur de Nadir- Shah. Car s’il avoir eu la saveur de ce Prince, à laquelle il eût pu prétendre d’après les services qu’il étoit censé lui avoir rendus, il n’cll pas vraisemblable qu’une partie du malheur qui écrasa l'armée impériale près de Carnal , fût tombée aussi fur Saadout-Kan. On peut même voir d’après un endroit de l’histoire de Fraser, que Saadout-Kan ne pouvoir ni entretenir une correspondance familière avec le Roi de Perse, ni recevoir des preuves de fa faveur. Fraser dit invitation qui le décida à tenter cette entreprise ,, et ainsi de suite. dans un autre endroit il dit u à >, l’approche de Nadir de la capitale , Saadout Kan ,, reçut ordre de se réunir avec l’armée Impériale , et ,, jl avoit déjà passé le Gange lorsqu’on lui envoya un ,, nouvel ordre de retourner en Oude. 11 avoit été ,, décidé, dans le conseil incertain et troublé de ,, Mahomet-Shah , que l’armée Impériale entreroit en >> campagne sous les ordres du Visir, et que l’Empereur j> resteroit à Dehli, défendu parles troupes de Saadout- >> Kan, On fit savoir à cet Omerah 1 ordre de 1 Emir pereur; mais une maladie ou une indisposition le >» retint à Oude. Il arriva pourtant en Février au >> camp de Mahomet-Shah , qui, malgré sa première -, résolution , s’étoit rendu à l’armée. Le jour même 5, de fa réunion avec l’armée Impériale , * le camp m fut attaqué et pillé par un corps de Persans , et -, beaucoup de soldats de Saadout-Kan y surent tués. A 5» la première nouvelle de cette attaque , Saadout Kan ,» quitta la tente de l'Empereur où il étoit allé pour -> lui faire fa cour et vola au secours des siens. -, Kan Dowrhan, Général de l’Empereur , voulut ap- -, puyer Saadout-Kan ; et bientôt la plupart des Gé- ,5 néraux Impériaux qui commandoient des corps -, séparés en vinrent aussi aux mains. Nadir-Shah ap- 5 , prenant que le combat devenoit se ri eux et opiniâtre , s, se mit lui-même à la tête de ses troupes auxquelles 55 alors on ne put plus résister, et qui remportèrent s, une victoire complète fur l’armée ennemie , qui 5, perdit beaucoup de monde , soit en officiers , soit s, en soldats. Kan-Dowrhan fut blessé à mort. Son fils 55 aîné fut tué avec beaucoup d’autres Omrahs , et 55 Saadout-Kan tomba dans les mains de l’ennemi. 55 Le bruit courut, que dans l'armée de Nadir, il s, y avoir eu î 5 oo soldats et 7 officiers de distinction 55 de tués, et 5 ooo blessés. Après la bataille, Nadir 55 Shah donna ordre de dresser une tente près de son 55 quartier-général , pour Saadout-Kan et deux autres 55 Omerahs. Le bagage et les valets de ces officiers 55 furent envoyés au camp. Aucun d’eux ne devoir 55 se faire connoître à son maître , et il ne fut pas 55 permis aux prisonniers de fe servir de leurs propres 5 > provisions. -, Après cela Mr. Fraser ne parle plus de Saadout-Kan. * L’armcc étoit à Carnal, campée à environ 10» mille,, à l’oueft, de Dehli. r>° Il dit seulement qu’on lui donna le commandement de la ville de Dehli le jour que Nadi. Shah fit son entrée; que le J Mars 17 3g , Nadii-Shah Cappella et l’accusa d'être le principal obstacle à la levee drs contributions imposées ; et il ajoute , que Saadout Kan , qui depuit long-tems étoit malade , mourut le jour suivant. Fraser finit ces détails , fur Saadout Kan , en conjecturant ou en rapportant le bruit qui courut qu’il mourut de chagrin à cause des reproches de Nadir-Shah. D’autres disent, que par jalousie il s’empoisonna. * D après l’extrait de ce que dit Fraser, sur la conduite de Saadout-Kan , et que je viens de communiquer , on décider la qtestioi. s’il est croyable que Saadout-Kan ait invite Nadir-Shah à venir en Indostan. Cet Eciivain, qui nous a donné une partie intéressante de 1 histoire Indienne , remarque , dan» d’autres endroits, que le Roi de Perse donna , à plusieurs Omrahs de la cour de Mahomet - Shah , des marques de bonté et de générosité ; mais il ne cite pas un seul exemple de générosité, même de douceur, envers Saadout Kan. Au contraire , il paroît d'après l’histoire de Fraser, que Saadout-Kan perdit beaucoup à la bataille de Karnal , et fut traité ensuite avec beaucoup de dureté. Soufdar Jeung , qui vivoit en Oude lors de la mort de son oncle , lui succéda dans le gouvernement. Une tradition conservée dans cette famille , raconte que cela arriva par la grâce de Nadir-Shah. Mais la conduite généreuse du Roi de Perse envers Mahomet- Shah, me porte plutôt à croire, que Soufdar-Joung {* A Dehli on cioyoit qu’il étoit mort des suites d’un abcès à la rr- fut nommé par son propre Prince. Après le départ de Nadir-Shah de Dehli, Soufdar-Joung vint à la cour, et obtint la dignité de Mecr-Atousch ou de Commandant-général de l’artillerie Impériale. En 1746 , Ahmet - Shah d’Afganie entra dans l'In- dostan, et avoit déjà pénétré jusqu’à Sihrend , lorsque l’armée Mogole l’arrêta. Soufdar-Joung avoit une des premières places dans cette armée. Bientôt après, Ahmet-Shah, * le Mogol, monta fur le trône, et Soufdar-Joung fut élevé au Visirat, et son fils Ghoujah- oud-Dowlah eut le commandement de l’artillerie ; mais Ghaze-oud-Deyn, petit fils du grandNizam-oud- Moulck,Najeb-oud-Dowlah,le Rohilla, et Tameid-Kan, un eunuque de la cour, se réunirent contre Soufdar-Joung etle forcèrent de quitter Dehli. Avant de s’éloigner, il fit tuer Tameid-Kan dans une grande fête qu’il lui donna dans fa propre maison. Soufdar-Joung ramassa bientôt des forces considérables , attaqua le territoire de l’empire, et assiégea Dehli, ** qu’il tint étroitement resserré pendant six mois. On l’accuse d’avoir, pendant cer liège , exercé plusieurs cruautés de gai té de cœur. Par exemple , il fit tirer fur le palais de l’Empereur dont la ruine ne lui facilitent en rien la prise de la citadelle- Ea cour fut enfin obligée de se soumettre aux conditions du rebelle. Il demanda que les provinces de Oude et de Allah a- badlui fussent cédées pour lui et ses héritiers. Soufdar- Joungmouruten 1754 fous le regne de Aloumgouir Seyn, et son fils Choujah-bud-Dowlah , f âgé alors de r 5 Ce Prince commença à regnei en 1747. ** Cela arriva en 17 53 . + } Le nom de famille de ce Prince étoit Tillah-oud-Deyn-Hyder. Son père , qui dam le tems de fa naissance étoit à Oude , fit bâtirdans r" ans. devint à £a place Sonba de Onde. Mon but n’est p is de m’etendre longuement fur Soufdar-Joung. Il me fuflira de dire que son caractère étoit dur et souvent cruel, et que son esprit de pillage le tendit généralement odieux. Pour expliquer les commencements de la vie publique de Choujah oud Dowlah. il faut peindre la position de la cour de Débit dans ce temps. Ghaze-oud-Deyn, qui en 1753 avoir déposé Ahmct-Shah et l'avoir privé de la vue , tir va Aloumgouir Sayn lur le trône. Ali Ghohir Ids aîné de te nouvel Empereur, connoistant la perfidie etles projets dangereux de ce Ministre, s’ensuit de Dehli. t; Le fugitif, accompagné d une petite troupe de Marâtres qu il avoir pris as. solde pour quelques mois, leva quelques contributions dans les districts situés an sud de la capitale ; mais ces contributions ne Liffiloient pas pour entretenir ses troupes. 11 demanda du secours au Kohilla Najeb-Kan, et ayant efluyé un se rendit sur le territoire de Ghi ujah Le Piince fut traité pendapt quel ;ues tems à Oude avec de grands honneurs et des égards dns a 1 lies jitaiiié ; mais on ne lui donna pas de troupes Enfin on le lit partir d’une manière polie, et 1 i alla à Aliahabad, on dans ce temps Mahomet . né en Perse et cousin de Choujah-oud- Dqwlaii, eteit Gouverneur. Mahomet Couli adopta avec vivacité le» projets du Prince. Il vouioit faire la conquête .du Behar et du Bengale. Les troupes réunies pastèrent le Caramaffa et furent, après plusieurs alternatives de revers et de succès, battues près de le voisinage rie Loueknow le fort Tillahabad , en mémoire de son bonheur d'.tvoir un fil*. t Cela arriva en 1758. Souan par les anglais. La manière honorable dont on reçut Ali-Ghohir pendant son séjour dans le camp anglois, excita la jolousie de Cassoum-Ali-Kan. Il fit sentir, d’une manière fort dure, combien cette liaison avec un Prince qui venoit d être son ennemi, lui dé- plaisoit. Le Prince accusa Cassoum, à son tour, de vouloir faire soulever ses troupes ; ce qui arriva aussi d’une manière fort dangereuse, et ce qui eût attiré au Prince plusieurs affionts, si les anglois ne l’eussent pris fous leur protection. Ces événements forcèrent Ali-Ghohir de se retirer encore auprès de Choujah- oud-Dowlah, qui reçut le Roi * fugitif avec les honneurs les plus distingués , et s établit le défenseur de la cause des Rois. Pour mettre dans son jour un point de l'histoire de Choujah - oud - Dowlah , je dois remonter jusqu’au* tems plus anciens, et en chercher l’origine. Soufdar- Joung avoir nommé son neveu, Mahomet-Couli-Kan, Gouverneur à Allahabad. Il paroît que ce Couli , dès le commencement de l’administration de Choujah- oud-Dowlah, fut se soustraire tout-à-fait à la dépendance dans laquelle il étoit de la cour de Oude. Choujah oud Öowiah connoissoit trop les talents militaires et la popularité de ce Gouverneur, pour commencer contre lui des hostilités publiques. Pendant son entreprise contre le Behard et le Bengale , Maho- met-Couli avoir remis l’administration de ses pays à N ou dj es Kan , qui s’est fait , dans la fuite , assez con- noître dans les Indes. Choujah - oud - Dowlah saisit l’occasion favorable de l’absence de Couli, et avança t Dans ce teins Ali-Gkohir avait succédé à son pèr, du moins U en avait pris le titre. Le pèr mourut en ij6o. ”4 avec une petite armée sur les frontières d’Allahabad. Il entretint une liaison d’amitié avec Noudjes-Kan et le trompa par les assurances les plus solcmnelles de la part qu’il prenoit au bonheur de Mahomet-Couly. 11 lui dit que l’irruption des Afgancs l’avoit forcé de venir dans ce pays pour chercher un aille , pour fa famille , dans la forteresse de Allahabad , n’ayant pas dans son pays une feule place d’une égale force. Noudjes- Kan ne voulut pas lui accorder fa prière , mais il le renvoya à Mahomet-Couly. Celui-ci donna ordre de recevoir , dans la citadelle , la famille de Choujah- oud-Dowlad avec un nombre fixé de domestiques et de gardes. On dit que Choujah-oud-Dowlah avoit parmi les femmes de son Harem , plusieurs hommes déguisés, qui attaquèrent la garnison et prirent la citadelle sans répandre de sang. Cette conquête , faite en 1761, troubla tout le bonheur de Mahomet Couly, et le rendit tout-à-fait dépendant de Choujah-oud-Dowlah, qui, quelques mois après, le fitjetter en prison comme un criminel d’état. Mahomet- Couly étoit trèl-aimé des troupes de Oude à cause de fa générosité et de fa bravoure. Leurs plaintes éclatèrent et dans des comparaisons peu favorables à leur Prince, ils plaignoient le fort du prisonnier. Noujej-Kan . après la prise d’Al- lahabad, étoit passé au service de Choujah-oud-Dowlah. Il mit beaucoup de zèle à délivrer Mahomet-Couly , zèle qui l’exposa même à quelques dangers. Car Mahomet étoit devenu à la cour de Oude un tel objet d’effroi , que Choujah-oud-Dowlah ne put fe tranquilliser qu’en faisant assassiner son prisonnier. Choujah-oud-Dowlah obtint de 1 Empereur la dignité de Vilir, et ayant en sa puissance une armée nombreuse et la personne de l’Empereur, on pouvoir le 115 regarder, avec raison, comme le Prince le plus puissant en Indoflan- t. En 1793 la guerre éclata entre Cafloum-Ali-Kan et les anglois. Elle finit, après toutes sortes d’évènements , par l’expulsion de Cafloum - Ali du Bengale. Cafloum se retira vers la fin de cette année, avec le reste de se» troupes et un trésor considérable , auprès de Choujah-oud Dowlah. L’administration anglaise , dans le Bengale, se plaignoit depuis long-tems que Choujah- oud-Dowlah assistât les ennemis ; elle avoit été toujours trompée par ses réponses insidieuses. Enfin elle découvrit qu'il avoit ramassé son armée à Benarès , et qu’il se préparoit de faire une irruption dans le Beiiar avec Cafloum - Ali. Une lettre qu’il envoya à + Mahomet-Couli fut assassiné dans le fort de Tillalabad. Cet exemple nous montre un mal qui fe trouve communément dans les états Asiatiques. Un Hrincç despotique ne peut pas toujours faire assez respecter son systè»oe de tyrannie, pour que les sentiment» et les propos de les sujets s’accordent toujours avec ses ordres. Les poignards abrègent et facilitent tout. Sans eux, Tam»erlan, Nadir-Chah, et de nos jours Hyder-Ali, n’eussent pas trouvé leurs conquêtes si faciles. Lorsque Choujah-oud-Dowlah forma le projet de se défaire de Mahomet Couli, la domination n’étoit pas encore fondée. Les officiers de son armée, composée de Persans, de Mogols et d’Asganes , étoient des gens hardis et inquiets , à qui il étoit du considérablement sur leur solde. Ils voyoient, dans Mahomet-Couli un brave guerrier, d’une naissance illustre , et généralement aimé par sa douceur etsa générosité, ils avoient été témoins de la perfidie de Choujah-oud-Dowlah , vis-à- vis de lui, et craignoient pour lui l’avenir. Autant ce Prince redoutoit les grands talents autant il craignoit d’exprimer et d’exécuter ouvertement ses projets’. S’il eût cité publiquement son prilonnier à son tribunal, ou s’il eût ordonné publiquement fa mort, âl eût pu craindre une révolution. L’épuisement de ses finances , les somme* énormes dues aux troupes , et un défaut naturel de génie militaire, avoient diminué beaucoup la discipline de l’armée. Telle fut la nécessité cruelle qui força un despote, à moitié armé, d’avoir recours, pour sa propre fureté et le repos de son pays, à un lâche assassinats. l’àdministration du Bengale , annonça son projet d’une manière peu équivoque. ïl disoit, dans des termes hauts et méprisants , que les anglois avoient abusé clés bontés des Souverains de lIndoflan ; qu’ils avoient semé le trouble dans le Royaume ; qu’au lieu de se borner , comme il convenoit à des marchands, à leur simple commerce , ils s’étoient mêlés des affaires de l’empire , et avoient placé et déplacé à volonté des officiers de l’Empereur. 11 les sommoit de rendre compte de leur conduite , et de retirer toutes leurs troupes des provinces Impériales. S’ils n’obéiffoient pas à ces ordres, il les de la disgrâce de l’Empereur, disgrâce qu’il appeloit une image de la vengeance céleste. Quoique Choujah - oud - Dowlah. eût promis à Cassoum-Ali de le remettre dans ses états, il n'est pas croyable qu’un homme qui venoit de faire affastîner son parent eût voulu risquer , pour un étranger , sa fureté et même sa vie , sans des avantages clairs et considérables. S’il eût été le plus fort dans fa guerre avec tes anglois , on peut croire , d’après sa manière d'agir, qu'il eût réuni les pays conquis à ses domaines fans le moindre scrupule. En 1764 011 apprit à Calcutta, que l’armée du Visir et de Castoum - Ali, avec quelques troupes Impériales , »voit percé jusque dans les environs de Patna où les troupes angloises s’étoient retirées avec précipitation à leur approche. Les ennemis attaquèrent les retranchements anglois ; mais ils furent repoussés , et ils reculèrent jusqu'au fleuve Soane. Alors le Visir fit des .. propositions de paix aux commandants anglois. Les anglois avoient plein pouvoir pour traiter avec le Visir; mais leurs instructions portoient d’insister, dans les articles préliminaires,fur la reddition de Sombro et l’extradition des déserteurs européens. Deux cents à-peu-près avoient passé à l’ennemi. Le Vilir ne vouloir, en proposant la paix, qu’obtenir un armistice pour pouvoir compléter son armée. On a prétendu qu'il chercha à gagner Jaffier-Ali-Kan, que les anglois avoient fait, pour la seconde fois, gouverneur de Lehar et de Lengale , après avoir chassé Le Vilir, dans la fuite, ne nia pas ces intelligences secrètes, que Mondocomar paroît avoir + entretenues pour Meer Jastier. C’étoit lui qui assuroit le Vilir que son maître étoit disposé à conclure une paix séparée. Choujah-oud-Dowlah tira de grands avantages de la crainte de Cassoum-Ali, que la défaite près de Patna avoir fort effrayé. Il attira d’abord à lui ses meilleures troupes européennes et indiennes , et il lui enleva même une grande partie de son trésor et de ses provisions de guerre. Lorsqu’on eut vu clairement l’intention du Vilir, on prit le parti de faire attaquer son camp par les troupes angloifes. Les anglois , après un combat opiniâtre de cinq heures, remportèrent une victoire complète. +t Cette défaite, près de Bouxar , gêna considérablement le Visir dans sa carrière politique et militaire. Tous ses alliés l’abandonnèrent. Shah-Allum chercha dans une situation qui ne répondoit pas à fa dignité Impériale , un asile dans le camp anglois, et accusa hautement Choujah-oud-Dowlah d’avoir fait servir l’autorité royale d’instrument à son ambition et + C’étoit ce même homme qui fut condamné à mort, pour des faux qu’il avait faits , par arrêt du tribunal luprème de Calcutta. ++ L’armée angloise étoit composée de 85 / européens , et de 621 5 Indiens. Il y eut des premiers 101 et des seconds 773 , tant tirés que blessé*. L’armée de ChoûjaU étoit portée a 40,000 , dont 2000 restèrent iur la place, il avoit i 3 i canons, le* anglois les purent pendant et après U bataille. L "8 à son aversion pour les anglois. C’étoit la seconde fois que le malheureux Shah-Alloum cherchoit un asile dans une armée angloise. Considérons ici un moment ces révolutions, qui, dans un espace de tems aller court, ont frappé l'empire Mogol, on verra avec un étonnement mêlé d’cffroi, ce qui doit humilier le plus superbe, qu’elles ont ébranlé jusques dans ses premiers fondements 1 illustre maison des descendants de Tamcrlan. Sous le regne d Aurengzeb , f on peut dire avec vérité, que l’Indostan, pour ses richesses , son luxe et sa force militaire, étoit le premier empire de l’Asie. Dans ce tems les anglois n’étoient connus que comme des marchands fur les côtes. Ils y demeuroient et y commerçoient avec toute forte d’entraves. Si l’on considère ce qui se passe de nos jours ; le foible Souverain de Dchli, un descendant assez proche du grand Aurengzeb, est forcé par le renversement de sa fortune, dans ce pays même, qui étoit il y a si peu de tems la propriété de scs ancêtres, d’implorer la protection et les secours d’un sujet anglois. ff Cependant le Vifir avoit appris, à ses dépens, à connoître la supériorité de l’armée angloise, et desiroit alors sérieusement la paix; mais il refusoit toujours d’accepter les préliminaires, comme l’administration de Bengale les avoit proposés. Il ne vouloir pas livrer Cassoum-Ali et Sombro. Mais en même-tenu il promit de se défaire de l’un de manière ou d’autre, et d’éloigner le second de son territoire. On rejetta le t Ce Prince mourut en 1707 , après avoir régné à-peu-près 5 o ans. tf On a vu la meme choie dans la personne de Chandar-Shab , fila aîné de Shah-Alloum. Il a par l'entremise de l'administration de Bengale trois lacks de roupies par an fut les revenus d’Qudc. “9 changement des articles, et le Colonel Mounro marcha avec son armée sur Benarèa. La désertion d’une partie des soldats européens , et la retraite des troupes angloises fur Patna, lorsqu’il étoit entre dans la Bchar, avoit donné au Visir l'espérance du succès. La défaite près de Bouxar détruisit cette espérance; mais dès ce moment le Visir commença à organiser son armée d’après un nouveau plan qu'aucun Prince Indien n’avoit conçu et exécuté avant lui. L’auteur d’un manuscrit précieux, + qui m’a été fort utile pour ma collection historique , assure que la véritable puissance du Visir date de la bataille de Bouxar. Ce Prince avoit ramassé une armée trop considérable, pour qu’il pût s'entretenir sur ses revenus. C’étoit l’usage ordinaire en Indostan , et il l’avoit suivi. D’ailleurs, lorsqu’on a même les fonds nécessaires, les payements militaires se font dans les Indes par des gens dont l’avidité est dangereuse. Cela a par soi-même des suites funestes, qui le deviennent encore davantage lorsqu’on laisse arriérer les comptes. Les troupes du Visir consistoient, en grande partie , en cavalerie et dans un corps pesant d’artillerie ; ces deux corps étoient composés de gens de toutes sortes de nations et de races, et surtout de Mogols. Ces hommes naturellement violents et fans frein, ne soufftoient qu’en murmurant qu’on arriérât leur paye. Les cris furieux avec lesquels ils demandoient le restant qui leur étoit dû, excitoient des séditions dangereuses, ou forçoient de prendre des moyens désastreux pour le pays et les sujets. On donnoit des assignations fur les administrateurs ou les fermiers des districts, chez lesquels les soldats vivotent à discrétion, jusqu'à ce que le tout leur sut payé. Les violences que de tels {t Le Colonel Polier, \ 120 moyens occasionnoient, laifloient à peine de quoi subvenir aux autres besoins de l'état. La défaite près de Bouxar tira le Visir de cet embarras. La cavalerie Mogole fut la première qui quitta le champ de bataille presque sans résilier. File sent'it sa lâcheté, et elle n’osa jamais retourner fous les drapeaux du Visir. L armée angloisr partit de Benarès pour assiéger Goumar Ghqur. Apres deux assauts inutiles, on se vit obligé de retourner à Eenarès. Boulwount Sing, Rajah de cette province, avoit joint une partie de scs troupes à celles du Visir dans la campagne contre les anglois , et elles avoient été campées au nord du Gange vis à vis , 1 a plaine de Bouxar. Après la bataille, le Rajah se retira de l’armée du Visir; ,il conclut un traité avec le Colonel Mounto, et il passa dans le camp anglois. Mais les anglois ayant été repoussés de Gcumar-Ghour, et le Visir revenant, le Rajah quitta tout-à-coup Benarès et ses nouveaux alliés Le Colonel Mounto quitta dans ce tems, au commencement de 1760, le commandement de l’armée, et le Major Fletcher lui succéda. Celui-ci partit sur le champ de Benarès pour aller chercher le Visir. Il partagea l’armée en deux divisions, l’une, fous lés ordres du MajorStibbert, prit le soit Ghounar Ghour, et pénétra jusque dans l’intérieur des pays du Visir. Le Major Fletcher conduisit l’autre lui-même dans les diflricts de Allahabad qu’il soumit également. Le Visir trop soible contre les anglois. appela un corps de Marattes à son secours. Ils entrèrent fur son territoire du côté de Corah; f mais en 1765 le Général Carnac les battit. Bientôt après ce même général les attaqua une seconde t Ce district , qui appartient au territoire de Allahabad, est borné par le Joumna. sois ISI sois et les repoussa-, mais ils emportèrent une grande partie du bagage des anglois. Pourtant ils furent obligés de reculer jusqu’au Joumma, qu ils repassèrent près de Coulpée. Ils se rassemblèrent encore, mais aptes un combat fort court, ils furent tout-à-fait dispersés.' Le Visir a voit engagé les Marattes à venir en Oude . fans prendre de mesures pour le payement de leur solde , craignant que s’ils n’étoient pas payés , ils ne s’en prissent à fa personne, ou qu’ils n’excitassent du trouble dans son armée ; il ne fe joignit jamais à eux. Alors la position du Visir devine fort triste. Il avoit perdu la plus grande partie de son pays. Son armee étoit affoiblie par la désertion. Il étoit sans trésor et sans allié. Abattu, plein de pressentiments tristes, il s’étoit rendu, + après la bataille de Bouxar, dans le Rohilcound; il vouloir chercher un asile pour fa famille et implorer le secours des Rohillas. Hasitz Piamouth le reçut avec les honneurs dus à son rang. Il lui procura toutes les commodités qu’il pouvoir attendre t mais il lui conseilla sérieusement de faire la paix avec les anglois. C’étoit le seul moyen de le sauver. Dans cet état de détresse et d impuissance , le Visir le décida enfin à fe rendre à discrétion aux anglois. Il envoya un officier françois , nommé Gentil, dans le camp anglois * pour connoître sûrement les dilposi- t La justice dut à un homme qui s’est distingué par la noblesse de sts sentiments et la bravoure dans les Indes , exige que je parle ici de Ahmet- Kan Boungish, Nabob de Ferroukabad. Après la bataille de Bouxar, le Colonel Mounro le pria de l’aider à abattre tout-à-fa ; t Chou ih-oud-Dowlah , qui avoit toujours été l’ennemi déclaré de fa maiion ; il répondit, que Ion honneur ne lui permettoit pas de prendre les armes contre un ennemi déjà vaincu. Ÿ J Nouojîf-Kan fut aulh employé dans ce tems pour négocier'avec les anglois , mais cet officier pentoit plus alors à exécuter les projets, qu’a obtenir des conditions favorables pour Ion maître. K *** lions tic les ennemis à Ion égard. Cet officiel; remit au Commandant une lettre dontlc style éioii bien différent de la première. Le Vifir y marquoit, que les différents entre lui et les angiois dévoient être regardes comme des coups de la providence; qu'il avoir assez éprouvé sa fortune , et qu’il étoit résolu à le soumettre à la justice des officiers de l’illustre nation angloise. Il stnilsoit sa lettre, qu’il avoir écrite lui-même, en disant je n’ambitionne plus ni pouvoir ni richesses. Votre amitié est tout ce que je desire. Je ferai, j’espère , bientôt auprès de vous, et vous ferez de moi ce que vous voudrez. Lord Clive étoit alors venu en Bengale. Il avoir du gouvernement ic plein pouvoir de traiter avec le Visir conjointement avec le général Karnac. Lord Clive trouva le Visir en 1765 à Allahabad , où la paix fut conclue aux conditions suivantes La paix entre les deux parties contractantes , secours réciproques si les pays de l’un ou de l'autre étoiect attaqués ; le Visir ne devoir souffrir sur ses terres ni Caffoum-Ali, ni Sombro, ni les déserteurs angiois-, Corail et Allahabad cédés à 1 Empereur; à Boulwount-Sing la dignité de Tjmmdar de Benarès comme un fief du Souba de Oude ; Khonar-Ghour, forteresse de cette province, devoir appartenir aux angiois ; on ne pouvoir lever aucun impôt fur les biens de la compagnie dans le domaine du Visir ; les sujets du Visir, liés avec les angiois dans cette guerre, restoient impunis, et ce traité devoit obliger même les descendants du Visir. Ce fut à ce prix , que les angiois vainqueurs, rendirent au Visir ses provinces, après l'avoir réduit, par leurs armes, à la dernière extrémité. Les conditions accordées annoncent u n caractèrenobie et héroïque et la grande ame qui les dicta. La mémoire du héros de* .-Z Indes ne mcritoit pas la flétrissure que Dow lui imprima, en dismt Choujah - oud - Dowlah avoir encore de grandes richesses, et la vertu des vainqueurs ne put résister aux tentations. Il est prouvé que Lord Clive constamment toutes les offres de présens qui lui furent faites par le Vtsir. Outre le traité publié , f il y eut encore une convention secrète, d’après laquelle le Visir devoir payer à la Compagnie angloise cinquante + La restitution des pavs du Visir ne faisoit pas seulement honneur au caractère de la nation angloise, mais elle étoit commandée même parla politique. Elle montrait aussi une péuélr$ion qui lil’oitjuiques dans l’avenir. La triste expérience des tems qui ont suiri l’a prouvé. Lord Clive ecrivoit à la Compagnie? nous avons remis Choujah-oud- Dowlah en possession de ses pays, plutôt pour ne pas étendre davantage les pays de la Compagnie, que pour attacher à nos intérêts pour jamais le ViUr par la reconnaissance. Cela a bien paru être le motif apparent , et pluheuis l’ont cru le motif vrai de notre conduite ; mais si l’ambition eût pu nous aveugler au point de conserver les terres du Visir , l’expérience nous eût bientôt appris qu’un tel plan étoit impraticable. Il eût fallu augmenter l’armée, et nommer plus de gouverneurs. Des abus fans nombre se fussent introduits. On eût exercé des concussions qu’on n’eût pu ni empêcher ni arrêter , à cause de l’éloignement du siège de l’administration ; et nécessairement nous eussions eu une nouvelle guerre. Nos anciennes possessions , nos privilèges eussent couru des risques par les mesures violentes pat lesquelles nous eussions dû défendre les nouvelles ; et les naturels du pays eussent à la fin triomphé de nous. U nous eût été impossible de soutenir plus long-teins le poids de notre ambition. On doit savoir que dan* les Indes , l’usage est d’offrir des e réie»4 aux personnes de distinction et qui ont quelque crédit, ou à ceux qui ont quelque influence fur elles , peur la protection qu’elles accordent aux biens ou aux personnes. Si de tels présents font refusés, on croit qu’ils font méprisés, à cause de leur inediociité , ou que la personne à laquelle on les offre a déjà reçu une récompense plus brillante. Choujab-oud-Dowiab , fut effrayé au commencement du refus de Lord Cuve , il craignit qu’il ne lui fut pas favorable; et ensuite ce Prince fut très étonné du désintéressement de LordCiive, lonqu’après la conclusion du traité , l’ voulut bien recevoir un anneau d'asser peu de valeur comme une marque d’amitié. K % '-4 laks de roupies, pour dédommagement des frais de la guene. Dans ce teras les anglois ne le mêloient pas publiquement de l’adminifiration des affaires de Bengale, adminisiraiion, qui, à la mort de Mcer-Jaffier, avoit p a lié à son fils Nouzzoum-oud-Dowlah. Cette alliance fut conclue, d’un côté, par Choujah- oud-Dowlah, et de lautre, par le Souba de Bengale et Lord Clive. Mais pour éviter toute discussion, la Compagnie angloise obtint de l'Empereur le pouvoir d'élever et d’administrer les revenus du pays comme elle le voudroit. On promit à l’Empereur, pour l’octroy de ce p^ilège, + *6 lacks de roupies , qui dévoient lui être payées fur les revenus du Bengale * de plus on sépara les districts d Allahabad et Corail des posté liions du Viltr, et on les donna à l’Empereur, pour qu’il put vivre d’une manière convenable à fa dignité. Cependant malgré la générosité des anglois vis-à-vis du Vtsir, il n’en avoit pas moins fait de grandes pertes. Sur les revenus de Oude, qui montoient avec ceux de Allahabad à 160 lacks de roupies, il perdoit 36 lack* parla cession de Corah et d’Allahabad. Les pillages de fa propre armée , et les marches de nos troupes,'qui avoient pénétré jusqu’à Loucknow , avoient occasionné une diminution plus considérable encore dans ses revenus. Pour le dédommager de ce qu’il avoit abandonné, l’Empereur céda au Vtsir la postéstion héréditaire de la province de Oude. Le Visir le donna alors toute la peine imaginable f On appelle cct office ou privilège , dans îcs Indes, Dewany. * Sur cette iomnir les anglois firent accorder deux lacks de roupies h Noudjel-Kan , parce qu’on croyoit qu’il aYoit rendu de* services importants à U fin de ia guerre de Oude. 1*5 pour mettre ses finances en ordre. Il confia ce département à des hommes sages et expérimentés. qui bientôt le mirent en état de payer une dette considérable et de mettre de côté un trésor pour les besoins que l'on ne pouvoir prévoir. On dit que le Vifir, lorsqu’il fut retourné à Oude et à Allahabad après la conclusion de la paix, rassembla ses principaux serviteurs, leur fit connoître les obligations qu’il avoit contractées vis-à-vis les anglois, et les pria de vouloir bien l’aider à remplir sa proruèlse. Par cette sorte de réquisition, que les Princes Indiens employent souvent en cas de besoin, le Vifir obtint bien quelque chose , mais pas tout ce dont il avoit besoin. Sa femme ou sa Begoum, voyant son embarras~ et l’inquiétude dans laquelle il étoit, se défit de ses bijoux et de tous ses effets précieux , et pria son mari d’en employer le prix au rétablissement de ses affaires. Choujah-oud-Dowlah fut extrêmement touché de cette preuve d’amour, qui le tiroit de tous ses embarras; il fit le vœu solemnel de ne s’éloigner jamais de fa chambre à coucher après une certaine heure de nuit, tant qu’il seroitavec elle dans le même lieu, et il lui promit de la regarder toujours à 1 avenir comme sa meilleure amie et de lui demander ses conseils. On ne fait pas qu’il ait jamais violé le vœu fait à fa Begoum, à laquelle dès ce moment il confia ses trésors et ses secrets. La défaite de-Bouxar l’avoit débarrassé de l’entretien d’une troupe considérable de cavalerie. Alors il commença à introduire un système d’ordre et de paye régulière. Ii avoit remarqué que l'excellence des troupes européennes consistoit dans leur discipline, leurs armes et le bon usage de leur artillerie. Il s'occupa alors fans relâche de former un corps d infanterie "6 à la manière européenne et avec l’artillerie qui lui étoit nécefluire. Cette entreprise étoit difficile , et ù difficile que peu de Princes Asiatiques l’eulsent risquée. Mais l'esprit. 1 activité et la constance de Choujah-oud- Dowlah surmontèrent toutes les difficultés que des préjugés et de vieilles coutumes lui opposoient. On sous la direction de quelques français qu'il avoit pris a son service, à Fizzabad, un ars nal dans lequel on fondoit, avec assez d'adresse, des cannons et des s lr s , et on saison de 1 s poudre. Cet arsenal fournit à dix bataillons d’infanterie et à un train assez considérable d’artillenr. tout ce qui lui étoit nécessaire. Ce corps coû’oir des s immes considérables, et cependant il avoit pris de si bonnes mesures pour 1 administration du pays, qu il pouvoir tout payer et former un trésor de ses épargnes. La cavalerie , sorte de ioooo hommes lors de la bataille de Bouxar, n’étoitplus dans ce tems que de 5 ooo hommes. La garnison angloise à Allahubad, fut pour lui un grand avantage. Elle tenoit tout le pays en respect, et il n’avoit pas besoin de protéger ses frontières à grands frais. En 1768 Choujah-oud-Dowlah se vit en possession d’une armée bien disciplinée, d’un trésor considérable et d'un pays fertile et florissant. Cependant la vivacité avec laquelle rl cherchent à se débarasser de la dépendance dans laquelle il étoit et à agrandir fa puissance, attira l’attention du Colonel Smith, qui étoit en garnison à Allahabad. Cet officier représenta la conduite du Vrsir de Oude comme dangereuse pour notre nation, et crut qu'elle exigerait qu’on prit sur le champ des mesures contre elle. La Régence de Calcutta, inquiétée par le rapport du Colonel , envoya fur le champ cet officier avec Mr. Cantier et Rüssel au Visir, pour lui I, 7 demander raison de ses préparatifs militaires, qui an- nonçoient, dssoit on , un défaut de confiance dans l’amitié et les secours des anglois. Les anglois en novembre 176S eurent une conférence à Benajès avec le Visir, et enfin après une résistance vive, le Visir consentit à borner ses troupes au nombre suivant, et à les partager de cette manière. Cavalerie ..10,000 hommes Dix bataillons de Cypayes avec les Le Régiment Noujeb d’Archers 5 ,000 Un Corps d'artillerie pas au- dessus de. 5 oo Troupes irrégulières. qui ne pou- voient être habillées, armées ou disciplinées à la manière des Cypayes anglois ou du régiment de Noujeb . . . 9$oo en tout 1 35 000 Le Visir ne l’oublia jamais, ilregardoit cette réforme comme aussi injuste qu'humiliante pour lui. Mais ne pouvant s’opposera des alliés jaloux et aussi puissants que les anglois, il résolut de suivre son plan avec plus de précaution, et fans se détourner du but vers lequel tendoient toutes ses actions; et l’on fait qu’après le traité de Benarès il ne licencia pas' un seul soldat. Toutes ses démarches furent calculées. Il fut gagner, même parmi les anglois, des partisans zélés et adroits. Mais voyant que son ambition et scs projets d’agrandissement trouveroient des obstacles dans la jalousie de» anglois, qu’il détestoit alors, et sachant aussi que -8 les français étaient nos ennemis, il essaya tout pour se laire soutenir par eux. En 177 s une armée de Marattes pénétra dans l'In- çlosian proprement dit, ravagea le Douab et s'empara des diilricts Etojah, ainsi que du territoire de Ahmet Kan Liüungifl ., excepté la ville et les enviions de Fcr- ronkrbad. Une irruption si terrible effraya aussi les Rohillas Leurs chefs, à l’approche des Marattes, prièrent le Vilir de leur procurer une brigade anglaise pour laquelle ils paye,oient un subside de qo laks de roupies. Le vilir, qui craignait pour son propre pays, fur le» frontières duquel I ennemi étdit déjà campé , accepta, fans balancer, cette proposition, qui payait les dépenses d un corps de troupes qui cependant lui rendait un service essentiel. En 1772 il s'adressa plusieurs fois à la IL gence anglaise, et demanda des secours pour ch fendre son pays menacé par les Marattes. A fa prière on fit marcher une brigade anglaise fur Benarès. trois Bataillons de Cypa^es,de cette brigade, se réunirent avec les troupes duvisir, et avancèrent fur les frontières du Rohilcound dont les Marattes ravageaient déjà l’intérieur. L'approche des armées combinées, et les pluies, obligèrent les Marattes de repasser le Gange. Ils revinrent en j 773 . et firent de grands dégâts ; mais ils l'c retirèrent lors que le Visir approcha avec son armée fortifiée par une brigade anglaise complète. La nuit qui précéda l’arrivée de l armee réunie dan» le voisinage du camp des Marattes, situé à l’ouest du Gange . un corps considérable de cavalerie Maratte passa le fleuve , dissipa les troupes des Rohiüas, et prit Ahmet Kan, un de leurs principaux chefs. Vers le soir la brigade an glaise arriva sur le champ de bataille, et elle vit que la cavalerie Maratte repassait promptement le fleuve, qui étoit alors assez bas. * On se canonna de fort loin et l’ennemi y perdit quelques hommes et quelques chevaux. Bientôt les Marattes décampèrent, et depuis ce moment on ne les a plus revus les armes à la main fur le bord oriental du Gange. Après la retraite des Marattes, le vifir demanda les 40 lacks de roupies que Hafitz-Ramout-Kan avoit promis de payer. Hafitz étoit le chef des Rohillas et dirigeoit leurs négociations publiques. 11 répondit que les Rohillas n’avoient pas obtenu le secours qu’ils avoient demandé, que si on le leur avoit envoyé l’année d auparavant, peut-être eût-il empêché les pertes qu’ils avoient faites ; que de plus la dernière campagne n’avoit été faite que par les troupes des Rohillas ; cependant, qu’il étoit prêt, pour sa personne, à payer sa part qu’il devoir pour les subsides , même quand les autres chefs des Rohillas se refuseroient à payer la leur. L’ambition du Visir, et le peu de respect qu’il avoit pour l’honneur çt la juftice , laissent conjecturer, avec raison, qu’il fut enchanté secrètement de ce que les Rohi'las refusoient d’exécuter le traité. Les Rohillas opposaient un obstacle perpétuel à ses projets de conquête et d’agrandissement. Ils étoient tous guerriers, et loin de craindre les talents militaires du Visir, ils alloient jusqu’à les mépriser. Aussi la conquête du ' Rohilcound étoit la première idée qui entroit dans les projets d’agrandissement du visir. A son retour de la campagne des Marattes, le Visir demanda une entrevue au gouverneur du Bengale au sujet de quelques mesures politiques; Mr. Hastings et quelques autres membres de la Régence surent nom- ! * 1 A Raragaut, un fort sur le Gange dans le Rohilcound. Voyez la carte de Rennell. 6 mes pour traiter à Benarès avec le Vifir. L’objet principal de cette entrevue et négociation étoit, disoit-on, une fixation plus positive des possessions occidentales des anglois , et une décision finale fur le' territoire assigné à 1 Empereur. Skah-Alloum , depuis le traité de 1765, avoit résidé à Allahabad , et il y avoit un séjour aussi tranquille que brillant. Néanmoins il desiroit toujours, de plus en plus, de retourner dans fa capitale, et réellement en x77 1 il y marcha, et il sacrifia par là tout-à-coup les grands avantages que la bonté des anglois lui avoit procurés. L’Empereur fut incité à faire cette démarche malheureuse par ses serviteurs, que la forte influence d une puissance étrangère privoit des avantages ordr narres de ieur place, et pour qui la générosité naturelle de leur maître étoit perdue. L’Empereur avoit chetché des troupes qui fussent en état de le faire rentrer a Delhi dans fa résidence. Il fe procura seulement deux bataillons qu’il avoit entretenus à Allahabad et encore fans leurs officiers européens, et avec cela hommes de troupes irrégulières, conduites par Najeb-Kan. Ce fut avec ces forces que l’Empereur vint à Delhi à la fin de 1771. * L’agrandissement du Vifir ne dépendrait pas de la cour de Dehli. Cependant il entretenoit son influence par les foins actifs de Ellich Kan, un ds ses plus chers favoris. Cet Ellich failoit à propos, à l’Empereur, de grands présens, et par ce moyen il fe fat soit donner par lui ces districts qu’il avoit déjà possédés ou qu’il penfoit à conquérir. On ne peut pas supposer que de tels titres, assez ordinaires, et 1 * ! On dit que le départ de l’Empereur fut accéléré par la nouvelle que avoit pris Dehli et avoit exercé des violences, non- feulement dans la ville , mais menie ne politique justisioit paifaitement , pour reprendre les pays abandonnés par l’Empereur; et le Visir, qui avoir cédé avec beaucoup de peine ces pays, demandant de la manière le plus pressante qu’on lui rendit les possessions qu’on lui avoit enlevées, le Gouvernement de Bengale lui accorda cette demande avec quelques restiictions. * { + Le mité de 1773 ne contient rien d’important, et je n’en nnuyerois pas le lecteur , fi je ne croyois pas qu’il peut donner lieu à quelques considérations assez sérieuses , quand on le compare avec le événements de l’année suivante. Il elt dit dans ce traité par le trnté conclu le 16 août 17 65 , entre le Visir et les angloi*, les districts de Cor *.h et d’Allahabad oftt été cédés à l’Empereur pour Ion entretien ; mai* l’Empereur les ayant abandonnés , et ayant même cède les diftrifts de Corah et de C^ourrah aux Marattes au désavantage du Visir et de la Compagnie angloise , et contre la teneur du traite susmentionné , perd par là ces distru ts , et ils retournent aux anglois de qui il les a reçus avec une nation qui ne nous avoit fait aucun tort. Enfin, après une délibération de plusieurs jours , la lîégence résolut de lailser au Gouverneur seul la conduite des affaires relatives à Oude. Le Gouverneur lui-même parut être mécontent d’une guerre dans un pays si éloigné, et proposa alors de faire au Visirdes conditions si dures, qu’il fût obligé de fe délistt^Èe ses projets. D'après ce conseil, on promit au Visir une brigade pour conquérir le liohilcound , s’il vouloir payer à la Compagnie, après la campagne , 4 lacks de roupies, et pendant le séjour des troupes fur son territoire deux lacks et 1 roupies. D’après la conduite du Gouverneur, on peut croire qu’il étoit sûr que le Visir ne refuferoit pas les conditions proposées. On instruisit le Visir des mesures que l’on avoit prises, et furie champ on envoya ordre au comptoir de statua, de laisser dorénavant agir, d’après les ordres etles instructions duVisir, la brigade en garnison dans cette ville , et même sansattendre d’autres ordres de Calcutta. Le Visir soutenu par des secours aussi puissants, commença ses opérations avec la plus grande promptitude. Le Gouverneur n'instruisit la Régence des projets du Visir fur Rohilcound, que vers la fin de Novembre 1773. La Brigade fe mit en marche au mois de Janvier suivant, et en moins de trois mois + les Röhillas furent détruits. Dans une bataille générale qui se donna dans l’intérieur de leur pays , 5 ooo Rosi illas furent tués Ou blessés., et cette perte devint irréparable par la mort d’un de leurs meilleurs Capitaines qui resta fur la place. Quelque honorable que fut la la Compagnie , qui étoit alors assez mal à son aise. Hastings pou voit, fan* le savoir, se tromper lui-mème, sur la justice de cette guerre. Note du Traducteur Allemand. + La bataille se donna en Avril i??3, près du village de Jessounak. On en voit la position dans la cane de Keonell. s •cause pour laquelle Harkz-Ramout sacrifia sa vie, il méiitoit un meilleur sort. 11 n’avoit jamais été ennemi des anglois, et il avoir pris Choujuli-oud-D'osvlah fous sa protection, dans le tems de ses plus grands malheurs. * Après la bataille, Fyze-Oullah Kan se retira avec une grande partie de l'armée vaincue, à Lall-Dong ,+ et il campa au pied d une montagne ttès-escarpée. Le Visir accompagné de la Brigade angloise enferma Iss Rohillas ; mais ceux-ci craignant le polte mal-sain qu’ils occupoient, et découragés parle peu de talent de leur chef, demandèrent sérieusement la paix au Commandant anglois. Langlois eut beaucoup de peine à obtenir du Visir qu’il laissât libre Fyze-Oullah , et qu’il lui cédât un certain district dans le Rohilcound. Fyze- Oullah n’avoit avant la guerre que lejagouirde Ram- pour, qui rapportent cinq lacks de roupies. La nouvelle alliance avec le Visir ++ lui assura un revenu annuel * Aptes la bataille de Bouxar , Choujali-oud-Dowlah chercha avec fa famille un asile dans le Rohilcound. { + Les frontières septentrionales du Rohilcound. tt L’amitié étant rétablie entre moi et Fyze-Oullah , je lui donne Rampout et quelques autres districts qui rapportent en tout 14 lacks et 75,600 roupies. Fyze-Oullah ne doit, fous aucun prétexte, entretenir plus de 5 ooo soldats. Je m’oblige à défendre en tout tems l’horfneur et les poste Rions de Fyze-Oullah ; mais aussi il ne doit appeler à son secouis aucune autre puissance que la mienne , et n’avoir de liaison qu’avec les anglois. F/ze-OuUah doit me donner toujours 2 ou 3 ooo hommes de secours selon ses forces. Si je fais une campagne en personne , ou si je parcours mes pays, Fyze-Oullah doit m’accompagner; mais comme les Sooo’hommes qu’il peut entretenir forment un trop-petit nombre, et que peut-être il ne pourra les mettre fur pied tous ensemble , je mettrai sous ses ordres depuis deux jusqu’à quatre mille hommes , pour qu’il puisse m’accompagner convenablement. Ces troupes seront payées par moi à ces conditions je lui cède les possessions susdites, et je le prends fous ma protection. S’il est fidèle à cette alliance , je ne cesserai M* de i5 lacks, et la possession des terres les plus fertiles du Rohilcound. Après la conclusion du traité , qui ne s’effectua que par l’entremise du Commandant anglois , celui-ci en prit une copie pour le faire ratifier parla Compagnie; et Fyze-Oullah paya au Visir, d’après un accord fait auparavant , la somme de i5 lacks de roupies. Le système du Gouvernement de Bengale, qui commen- çoit à changer, et n’étoit pas favorable aux projets du Visir, peut bien l’avoir engagé à conclure promptement ce traité. En 17 83 Fyze-Oullah ne dépendit plus du Visir, au moyen d'une somme d’argent qu’il paya au Résident anglois à Loucknow, et qui fut employée au service de l’administration de Bengale. Si on eût permis à Choujah-oud-Dowlah de suivre les projets qu’il avoir exécutés à l’égard des autres chefs de Rohillas, Fyze-Oullah eût langui jusqu’à aujourd’hui dans la pauvreté et dans l’esclavage. Heureusement pour ce chef, et le reste de sa nation qui a peuplé et cultivé à présent une grande étendue de pays, il leur survint un puissant protecteur. Quoiqu'il ne conduisit qu’un corps d'auxiliaires, il fut défendre pourtant la bonne cause des Rohillas, en les prenant fous fa protection. Le Visir présenta une accusation pleine de calomnies contre cet officier; il dénia idoit ,• s’il étoit permis à un officier commandant jamais, arec l’aide de Dieu , de lui témoigner mon amitié. Fyze-Oullah doit tâcher de faire passer le Gange aux Rohillas. Juré fur le Saint Alcoran , Dieu et scs Propriétés étant invoqués comme témoins de l’acconipUssement de ces articles. Extrait des archives de Bengale. Ici le cachet du Colonel Champion. Roujeb 1188. Hegire Octobre 1774. IP d’entretenir de pareilles intelligences avec les Kohillas, loisjuil savoit que son intention étoit de les détruire. Il cil certain que le Visir s’étoit proposé de les anéantir ou de les chaiser, et ce fut à cela que tendirent tous ses efforts pendant la campagne des Rotiillaj. Il avoir une crainte fi profonde de la bravoure et du courage de ce peuple, ou peut-être un tel sentiment de l'injustice qu’il leur faisoit, qu’il ne vouloir pas permettre a ix vaincus de rester fur son territoire. Après avoir parlé des progrès de nos armes dans le Rohilcound ; car à peine ce que fit le Vistr mérite-t-il qu’on en parle, je veux joindre encore quelques considérations fur les suites de notre liaison avec le Visir relativement à ce pays. Il est clair comme le jour que l’administration de Bengale, ou ne connoisibit pas toute l’étendue de son traité avec le Visir, ou qu’elle l’aida visiblement à dépouiller de son pays un de nos alliés. On laissa au Visir la possession du Rohilcound, dont on étendit les frontières, au nord, jusqu’aux montagnes , et à l’ouest, jusqu’au Gange -, et cependant une grande partie du Rohilcound septentrional appar- tenoit à Zabitha-Kan , fils de Najeb-oud-Dowlah. Il étoit allié des anglois, et il s’étoient obligés , parleur traité, de défendre et de protéger toutes ses possessions, de le considérer comme leur allié et leur protégé / et d’avoir les mêmes amis et les mêmes ennemis que lui. Avant son irruption dans le Rohilcound, le Visir avoit attiré Zabitha-Kan dans ses intérêts. Quoique le Zabitha fût lui-même un Rohilla, et assez proche parent de plusieurs autres chefs des Rohillas, il se réunit pourtant avec le Visir contre sa nation. Il paya cher cette trahison et cette liaison déshonorante. Après la con- f '44 quête du Rohilcound, Choujah lui reprocha d’avoir entretenu une correspondance perfide avec les ennemis, et fous ce prétexte , il s’empara de tous ses pays à l’est du Gange , qui appartiennent encore à présent à la province de Oude. La conduite du Visir, à l’égard de Mohouboullah-Kan , * prouve encore que tous les sentiments d'honneur ou de fidélité disparoilsoîent devant son ambition. Ce chef pollédoit la ville et les districts de Bilïouly. Il ne prit aucune part à la guerre, soit parce qu’il eut quelque différent avec les autres chefs de Ilohillas, ou par d’autres raisons qu’on n’a pas sues. Avant que l’armée entrât en Rohilcound, il demanda au Visir fa protection pour sa personne et son territoire , et ce Prince la lui promit dans les termes les plus forts et les moins équivoques. Sur cette assurance, Mohouboullah-Kan relia tranquille à Biffouly pendant la guerre des Rohil- las ; mais sitôt que le Visir vint dans cette ville, il fit mettre Mohouboullah et fa famille dans une étroite prison; il s’empara de ses trésors et de ses effets les plus précieux. 11 fit même traiter ses femmes avec une dureté deshonorante. Le malheureux chef qui avoit été si cruellement trompé , disoit dans une lettre au Commandant anglois, dans laquelle étoit inclus l’original de la lettre de protection du Visir “ le Visir ,, nous a enlevé notre pays, nos trésors et même notre 55 honneur; non content de cela il veut nous conduire j comme prisonniers à Fyzeabad. Nous ne demandons si pas de pays, pas de richesses, pas de demeure. i Mais à Biffouly font les tombeaux de nos familles ; si nous demandons la permission de passer le reste de { * } Le fils de Dhoondi’Kan dont j'ai parlé dam mes détails furies Robillas. i45 s» notre vie dans leur voisinage, et à l'ombre de quel- ,, ques arbres, nous y mendierons. Nous comptions fur jj la parole du Visir, et nous sommes restés dans jj notre pays ; fans cela nous nous fussions éloignés jj comme les autres , et nous eussions cherché à dé- 44 fendre notre honneur. On npus l’a ôté, cet honneur, j comme le reste de notre propriété; car chacun fait jj la manière avilissante dont il nous a traités. ” C fit courir le bruit que le Visir avoit traité, avec une dureté indécente, les femmes des chefs des Rohillas qui étoient tombées en ses mains, et que même il avoir attenté à l’honneur de quelques femmes de la famille de Hasitz Ramouth. * Cette dernière accusation n’a été confirmée par aucun témoignage certain. De telles violences font aussi très-rares parmi les Mahométans. Quelque voluptueux qu’ils puissent être , ils n’ofent presque jamais lever le rideau qui couvre les mistères du Serrail. Les violences et les brigandages du visir imprimèrent au nom anglois une tache ineffaçable. Les vaincus 'fuppofoient naturellement, que la main qui le faifoit vaincre eût pu aussi arrêter ses injustices. Le prétexte fous lequel le Visir faifoit la guerre aux Rohillas étoit, qu’ils n’avoient pas payé la somme promise pour le secours d’une brigade angloife. J’ai fait voir que la brigade n’arriva pas à tems dans le Rohilcouud ; car les Marattes avoient pendant deux années consécutives exercé les plus grands ravages et quittèrent justement le pays au moment où les troupes angloifes arrivoient. Ainsi les raisons du Visir étoient très-foibles, et il eût pu * Choujah-oud-Dowlah fut Ti sensible à l'injustice rie cette accusation, qu’il fondit en larmes lorsqu’il apprit que le Commandant anglois y avoit ajouté foi. *46 atteindre son but sans vouloir excuser son irruption d’une manière si pitoyable. Dans les pays où le chemin de la justice et de l’honneur est tracé plus exactement que dans l'indostan , la conduite politique des Princes peut bien ne pas beaucoup différer de la manière dont le Visir exécuta son plan. Mais que peut- on dire pour excuser les anglois qui ont détruit une natÆ^i contre laquelle ils n'avoient pas le moindre grief, uniquement pour contenter un voleur qui étoit leur allié, sans qu’ils en retirassent eux-mêmes la moindre récompense. La guerre des Rohillas a été traitée si amplement, et par ceux qui l’excusent et par ceux qui la condamnent, que je craindrois d’ennuyer , si je m’y arrêtois plus long-tems. D’ailleurs cette recherche n’appartient pas à ce que j’écris présentement. Cependant je ne peux m’empêcher de montrer combien la politique des anglois a été mauvaise, de joindre le Rohilcound aux autres possessions du Visir. Tout le'monde reconnoît à présent l’injustice de ce procédé et les tristes suites qui en ont résulté. l’Administration de Bengale appuyoit la réunion du Rohilcound avec Oude, en disant que plus le Visir seroit puissant, plus fa liaison avec les anglois seroit avantageuse. Mais ou on connoissoit mal les dispositions de Choujah-oud-Dowlah, ou l’on n’auroit pas dû risquer d’alléguer une raison si soible. Jaloux de sa puissance, dévoré d’une ambition insatiable, le Visir avoit déjà profondément senti les coups que notre domination portoit à son autorité, à l’augmentation et à la conservation de laquelle tendoieut toutes ses pensées et tous scs projets. Les Rohillas ba- lançoient la force du Visir et contcnoient son caractère remuant. La vigilance d’un peuple à qui fa grandeur M7 pouvoit devenir dangereuse, le tenait dans une dépendance continuelle des anglais. C’étoit feulement avec leur secours qu’il pouvoit résister aux attaques des Rohillas et des autres peuples du nord. Nos poste liions, dans les Indes, acquises par la supériotité de nos armes et les talents extraordinaires des officiers anglais, ne peuvent être conservées qu’en suivant exactement les principes de la justice. On ne reconnut pas ces principes dans les négociations avec le Visir. On ne consulta pas même la politique la plus ordinaire. Il semble qu’on ait voulu mettre en. pratique cet axiome que nos politiques, même les plus visionnaires n’osent pas soutenir, que les Princes et les nations peuvent être liés éntre-elles par l’amité et la reconnaissance. Choujah-oud-Dowlah était occupé à mettre en ordre les affaires des pays conquis, lorsqu'une incommodité, dont il avait déjà souffert depuis long-tems, se déclara avec tant de violence qu’il fut obligé de se retirer à Fyzeabad on il mourut enjanvier 177b, à l’âge de 46 ans. Sa mort fut la fuite d’un abscès vénérien dont un chirurgien français l'avait mal guéri. Il lui avait donné une telle quantité de mercure, que le Visir, déjà épuisé, fut abattu tout-à-fait par l’activité du remède. La violence de la maladie du Visir fut adoucie par un chirurgien anglais qui servit dans la guerre des Rohillas; mais lorsqu’il fut rappelé dans les provinces anglaises, la cure n’étoit pas finie. mauvaise intelligence entre le Visir et l’officier commandant était au point que, quoique fa santé l’exigeât, il aima mieux être victime de son entêtement, et il ne put jamais prendre fur lui de demander le prolongement du séjour du chirurgien. Choujah-oud-Dowlah mourut dans un tems où fan esprit de conquête était satisfait, et où fa puissance -48 étoit vraisemblablement parvenue à son plus haut degré. Les nouveaux membres de l’adminillration de Bengale, arrives en 1774, ne favorisèrent pas trop ses projets et ne parurent pas l'aimer beaucoup. Les projets qu’il nourtissoit eussent mûri peu à peu et eussent amené la crise de sa fortune; c’est-à-dire, ou l’eussent rendu tout-à-fait indépendant, ou l’eussent humilié bien plus encore que ne l'est son successeur. Il cachoit si peu ses projets politiques, que des hommes un peu instruits pouvoient découvrir ce qu’il portoit dans son fein. Il disoit souvent à ses courtisans, qu’après la conquête du Rohilcound, il entreroit dans le pays des Marattes, et tireroit une vengeance signalée des ravages qu'ils avoient faits dans l’Indostan. Il montroit de plus un violent désir d’attirer à lui la direction de la cour de Dehli et de ses intérêts. 11 vouloit surtout disposer du foible reste d’armée que la maison du grand Tamer- lan avoir encore. Mais il fut dérangé dans ses projets parNoudjcf-Kan, revêtu de la dignité de Commandant général, et qui par ses exploits avoir acquis une grande étendue de pays absolument indépendante de l’autorité impériale. On avoir fait croire aux anglois, que Choujah-oud- Dowlah étoit attaché à notre nation par son propre intérêt, et quç sentant bien sa foiblesse, il seroit obligé de se mettre JgJa discrétion des anglois, s’il vouloit agrandir ses pays ou chasser ses ennemis. On peut avoir estimé comme l’on a voulu la force réelle et les ressources de Choujah-oud-Dowlah , il paroît pourtant certain, qu’après la conquête du Rohilcound surtout, et après les agrandissements qu’il avoir espérés, il 'comptoit assez et surfes forces et fut ses ressources pour exécuter des projets qui ne s’accordoieut pas du tout l *49 avec la politique angioise. Son orgueil démesuré et son ambition avoient été profondément blessés par plusieurs résolutions de l’administration de Bengale. II regardoit surtout les restrictions que sa commission de Allahabad luiavoit imposées, comme une violation du traité conclu avec Lord Clive. Mais il savoit étouffer avec beaucoup d’adresse son ressentiment secret, et il cherchoit cependant tous les moyens de se rendre indépendant des anglois. Choujah'-oud-Dov/lah avoir connu l’avantage de la discipline européenne et travailloit à l’introduire dans son armée. Outre les françois qu’il employoit à discipliner ses troupes, il avoir demandé aussi un certain nombre d'officiers anglois. Mais quel- que-tems après cette prière , la Régence de Calcutta ayant été complétée, et se montrant contraire à ses desseins , il refusa le service de tous ceux qui étoient placés dans l’armée angioise ; j’ai su par des personnes sures que je n’ose pas nommer, que Choujah-oud- Dorvlah s’occupoit beaucoup pendant ses dernières années de se rendre tout-à-fait indépendant, et pensoit même à chasser les anglois des Indes. Les officiers françois qu’il avoir à son service augmentoient sa mauvaise volonté contre le gouvernement anglois, et lui représentoient qu’une liaison avec la france, seroit le meilleur moyen pour sauver son pays de l’esclavage où le tenoient les anglois et exécuter ses plans de conquête. Le Visir écouta avec plaisir de tels conseils, et consentit à ce qu’on entamât les négociations. L’impatience et la chaleur avec laquelle il suivoit ses projets, l’empêchoient de voir les difficultés qu’il eût trouvées dans ses entreprises. Les négociateurs du Visir demandoient qu’un corps de troupes françoiscs abordât aux côtes de Cambaye et marchât par la partie sâo supérieure de la presqu'ifle vers la frontière occidentale d’Oude. Si le Vifir eût fait cette tentative, il eût bientôt vu que ce projet étoit impraticable, et que les calculs des aventuriers françois étoient faux. Certainement le ministère français eût rejette la proposition. Il en eût reconnu l'impossibilité, ou il y eût trouvé au moins des difficultés qui rendoient presque impossible, d’envoyer un corps de troupes Européennes à travers une étendue de pays si considérable , couverte de peuplades puissantes et guerrières et jalouses des Européens. Tant d ; autres faits qui fe rapportent à celui que j'ai cité viennent à son appui, que je fuis forcé de le regarder comme vrai. Choujah-oud-Dowlah, fur lequel pefoit le poids de la puissance angloife, agissoit comme on pouvoir l’attendre d’un Prince dans sa position; il cherchoit à écarter cette sujétion incommode et flétrissante ; et s’il eût vécu jusqu’au moment on les anglois furent attaqués par tant d’ennemis et succombèrent presque sous le poids multiplé de leurs désastres intérieurs , nous eussions fans doute été punis " d’avoir mis les armes à la main de ce Prince. Je crois ne pas faire de tort au souvenir de Choujah-oud-Dowlah, en le mettant à cette époque au nombre des ennemis les plus acharnés contre les anglois; et fans doute il eût fait tout au monde pour laver les affronts qu’il avoit reçus et pour contenter sa vengeance irritée depuis si long- tems. Je finirai l’esquisse de la vie publique de Choujah- oud-Dowlah par quelques remarques fur son caractère. Il ne saut pas oublier que ses différents traits appartiennent à un Indien dont l ame rétrécie par des préjugés religieux et une mauvaise éducation, sent rarement le besoin de connoissances plus parfaites. Après »Jl cela je puis assurer que le Prince dont j’ai parlé jusqu ici , avoir un esprit pénétrant et actif. Lorsqu’un objet important ne lui donnoit pas un autre direction, ses vues tendoient toujours à faire le bonheur de Ion pays, et il eut toujours en horreur les cruautés inutiles, ou qqj n’étoient pas jointes à des avantages considérables. En 1765 les revenus de Choujah-oud-Dowlah ne montoient qu'à * 120,000 1. 11. et son armée fut tellement affoibtie par la défaite de Bouxar, qu’il ne pouvoir plus défendre son territoire. Dix ans après, ou vers le tems de fa mort, ses pays rapportoient 36 o,ooo liv. et il avoit à fa solde cent mille soldats. En accordant, d'un côté, qu’il montra un esprit très-vaste dans fa manière de conserver, d’agrandir et de bien administrer scs états, il faut aussi convenir, d’un autre côté, qu’il a dû une grande partie de sa puissance et de son autorité à sa liaison étroite avec l’administration de Bengale, sur laquelle il paroît avoir eu long-tems une influence marquée. Si Choujah-oud Dowlah eût renoncé à sa liaison avec les anglois, la fureté de son pays et l’exécution de ses projets eussent dépendu principalement dé la force de son armée et de l’habileté de ses officiers ; car pour lui il n’avoit pas l’esprit militaire. Il n’avoit pas ce courage qui se montre dans les dangers vt dans le tems qu’il est nécessaire. Mais lorsque la force du corps et l’exercice avaient à décider le différent, personne ne pouvoir lui résister. Il montoit sans crainte les chevaux les plus fougueux et il attaquoit * Je crois qu’il y a dans ce nombre et dans celui qui fuit une faute d impreffiou, vraisemblablement y a-t-il dans les deux nombres uu xero de moins, et on a mis dans le second au lieu d’un deux le nombre rois. Note du Trad. alla. * 5 * l’épée à la main, ou avec son fusil, ou avec son arc, qu’il manioit parfaitement, les bêtes les plus féroces. Il paroît qu’il avoit acquis cette forte de courage par son adresse à manier toute sorte d’armes et par la force et la souplesse de son corps. Mais dans une bataille et dans les positions dangereuses, il ne montrent pa même le courage ordinaire. Il avoit dans la guerre des Ro- hillas le nom de général en dies, malgré cela il se conduisit toujours lâchement; et dans le combat même ou Hafitz llamout fe montra courageusement en première ligne, Choujah-oud-Dowlah le retira derrière l’armée. Il donna les marques de crainte les plus visibles jusqu’à ce qu'on lui apportât la tête sanglante du chef des Kohillas. Choujah-oud-Dowlah étoit, comme tous les hommes de dillinction en Asie, extrément doux, et avoit des manières très-flatteuses. Ces qualités réunies à une belle ligure et à une tournure fort noble, lui donnèrent beaucoup d'avantage pour traiter avec les étrangers et conserver son propre pays. 11 pouvoir appaiser les mutins les plus emportés, et quoiqu’on sentit parfaitement le peu de valeur de ce qu’il dilbit, on le quittoit presque toujours avec une impression agréable pour quelques moments. Il connoissoit parfaitement l’art de la tromperie et de la dissimulation , et il pouvoir prendre tout caractère nécessaire à ses vues. Néanmoins il étoit sujet à des transports momentanés qui le surprenoient dans des teins on ils faisoient tort à ses projets. Dans sa famille , il remplissent les devoirs d’un père tendre et d’un bon maître. Lorsque la politique l’exigeoit, il jettoit l’argent à pleines mains. Autrement la libéralité n’étoitpas une de ses vertus. Bien plus il étoit âpre au gain et extrêmement économe pour conserver i53 conserver ses trésors. Scs amours lui firent faire des choses indignes de son g rang et qui ruinèrent fa santé. Il continua tle s’y abandonner jusqvt'à ce que son mal sut devenu incurable. Son Harem étoit composé, dit-on , de 800 femmes et concubines dont il eut 5 o en sans. Mifzali-Arnany, qui porta ensuite le nom de Asoff-oud-DovvIah, étoit l’ainé de ses fils légitimes , et lui succéda sans troubles et fans Opposition dans le gouvernement de tous ses pays. Continuation des Lettres. NEUVIÈME' LETTRE. Billaspour 22 Février 1788. 3 "e vais bientôt pendre congé du monde Indien; permettez-moi auparavant, mon cher ami, de vous témoigner toute ma reconnoissance des preuves d’amitié sincère et des marques de bonté que j’aiieçues partout dans nos provinces. Les anglois, dans le Bengale, font renommés depui$long-tems pour leur hospitalité. Je puis confirmer cette réputation si méritée par mon exemple. Ils jouissent en récompense du prix attaché à un caractère si heureux; ils goûtent ces plaisirs qui font joints à de bonnes actions, et qui l’emportent de beaucoup für les petits sacrifices qu’exige une véritable bienfaisance. Après avoir exprimé ma reccn- naifiance autans bien qu’il m étoit possible, je continue la - description de mon voyage. Le 8 Février je quittai Rampour , et j’arrivai à Morad- 6i Ce petit village est situé à un mille du Gange, qui ici coule vers le sud , a deux cens verges de large et dix ou quinze pieds de-profondeur. A la distance environ d’un demi-mille de la place où l’on passe le fleuve, est une chaîne de rochers, qui du bord oriental s'étend jusqu’à plus de la moitié du Gange, et contre lesquels l'eau se brise avec violence. Le Gange serpente dans vos heureuses contrées à travers des plaines fertiles, couvertes de villages dont les habitants vivent dans la paix et l’abondance. Ici ces bords, du côté de l’est, font couverts de bois épais habités par des bêtes féroces, et du côté de l’ouest, s’étend un triste désert couvert de bruyères. Le 25 nous passâmes le fleuve à Nacker-Ghaut. qui est à environ douze mille au-dessus de H'ourdwar. Le knfilah restant quelques jours à Joumah , je le quittai. Les Cachemiriens quiétoient dans la Caravane et moi, nous nous réunîmes avec une petite société de marchands qui portoient du coton kNhan. Le commis préposé furie côté occidental du Gange, pour la perception du péage, m’imposa à deux roupies. Il disoit que je paroissois voyager avec beaucoup de cômmodité, et qu’ainsi je pouvois bien payer cette somme. J’eus beau objecter que je n’avois rien avec moi qui dût payer quelque droit, et qu’il étoit injuste d’imposer un voyageur qui n’avoit pas de marchandises. Mes raisons ne furent pas écoutées; et le commis appuyant fa demande par une troupe de soldats qui avoient des armes à feu, je fus obligé de faire finir ce combat inégal. En calculant d’ailleurs la quantité de taxes imposées chez les autres nations qui fe croyent plus humaines et plus éclairées que les montagnards de Siring-Naghour, nous troûverons assez simple qu’une »6s personne qui voyage commodément à cheval ,'contribuc aux besoins d’un état qui garantit fa surété pat sa bonne administration. Le 26 j’ariivai au village Caifawala, 7 coss. Le kastlah campa dans une plaine verte et agréable tout près du village. Cette plaine étoit entourée d'un bois et coupée, par ses détours variés, d'un lleuve et par des canaux. L’eau m’engagea à me baigner quoiqu’il fît très-froid. Pourpouvoir le faire plus à mon aise, je me rendis dans le plus épais du bois. J’y trouvai une grande quantité de paons et d’autres oiseaux, parmi lesquels il y en avoit un qui restsembloit à la perdiix commune, mais qui étoit plus petit et voloit plus vite. Le 28 à d'Airah, résidence du plénipotentiaire du Rajah de Siring-Naghour. Cette ville petite, mais bien peuplée, peut être regardée comme la capitale de la division inférieure * du Siring-Naghour. Cette di- visi >n est composée d’une plaine qui, au sud, est enfermée par une suite de collines éparses çà et là , et au nord, par une chaîne de montagnes plus élevées. Les Sîcques peuvent entrer librement dans ces contrées et même par les collines du sud qui sont séparées par de petits vallons. Quand ne les en empêche pas, ils pénètrent même dans les parties inférieures de Siring-Naghour. Le Rajah demeure dans une ville qui porte le même nom que le pays, et qui est située, à ce que l’on m’a dit, à cent milles au nord, et du côté de l’est de Lall-Dong. ** L’inaction du Rajah actuel a * Le nom est Doone, qui veut dire p3ys bas. l ** j On trouve dans le Caicutta-MontHy register, p. 17 2 et suiv. une description interessante d'un voyage qur plusieurs anglois firent en 1789 de Anopeshecr à Siring-Naghour , et qu'ils poussèrent jusqu'aux montagne de neige au nord de ce pay*. La description de ce voyage est -6Z » mis les Sicqnes en état de demander à ce pays un tribut régulier. ** Combien plus de ressources et découragé avoit ce Rajah de Siring-Naghour, qui malgré Aureng- zeb, le plus puissant Prince de son tems, protégea le fils du Data, *** frère dé l’Empereuret son ennemi mortel, sans s’embarasser des menaces du Monarque de l'Indostan. Mais ce fut ce même Rajah qui se laissa vaincre par la sois exécrable de 1 or. C’est le plus grand fléau sorti de la boëte de pandore. J1 arma souvent le fils contre son père , sema la discorde dans les mariages, et brisa tous les liens de l’honneur et de l’amitié. Le kafilah resta jusqu’au quinze pour payer les droits, et ce jour là nous allâmes jusqu’à Keinjapoor. dixeoss. Ce fut là que je vis deux Sicques à cheval envoyés de leur pays pour percevoir le tribut qui doit être pris sur les revenus de certaines douanes. En voyant la manière dont ils étoient traités, ou plutôt dont ils s’y prenoient, je desirois de pouvoir passer quelques semaines dans n* le corps d’un Sicque. Ces cavaliers se trouvent fort-bien du métier. A peine étoient-ils descendus de cheval, qu’ils trouvoient leurs lits préparés , et onWdonnoit à leurs chevaux de l’orge verd que l’on arrachoit dans les - champs. Les voyageurs qui appartenoient au kafilah étoient fort contents, quind ils pouvaient coucher par terre et avoir pour je l’argentce dont ils avoient besoin. C’est la différence qu'il y a entre ceux qui ont la force en main et ceux qui ne l’ont pas. traduite dans la dix-neuvième feuille du magasin d'Hanovre de i 795. Le voyageur anglais met la ville de Siring-Naghour au-dessous de 3 u* it z . Pendant le sécheresses, le Gange n’est large, près de cette ville, que de 1 5 o verges. Son lit est tellement couvert de rochers, qu’il* n’est pas navigable* {** On dit 4 oo roupies par an. *** Voyez Bernier fur la fuite de Sipahi-Shek» à Siring-Naghaur, l6 4 * r Le 6 Mars nous passâmes Iejoumna et nous campâmes fur la rive occidentale de ce fleuve, 8 cofs. Il coule vers le sud-ouest, il est sort beau et presque aussi large que le Gange. * Le Joumna a beaucoup de poissons. Je l’ai vu moi-même ; mais je crois que les habitants ne se donnent pas la peine de les prendre. Dans le voisinage du Joumna ** otne voit aucune culture, quoiqu’il y grande plaine qui s’étend du côté de l’ouest et qui p^ourroit être arrosée sans peine par le fleuve. Le territoire de Siring-Naghour, qui cesse ici, est borné au nord et au nord - est par les pays des Rajahs Indiens indépendants, au sud parOude, à l’ouest et au nord-ouest par le joumna, et au sud-ouest par lespoflestions des Sicques. Depuis Lall-Dong jusqu’au Gange, le pays est une chaîne assez peu interrompue de collines et de montagnes couvertes de bois. Les Éléphants que l’on trouve en assez grand nombre dans les bois, mais qui ne font ni aussi grands ni aussi utiles que ceux de Chittagong et des pays Malais, font seulement estimés à cause de l’ivoire. Depuis le Gange jusqu'à l’ioumna, 4e chemin passe par une vallée étendue qui a un bon sol, mais qui est assez mal peuplée, et couverte çà et là de bois. Le peuple se nourrit de pain de froment et de pois dont ordinairement on fait une soupe. Je vous assure n’avoir jamais rien piangé avec tant de plaisir que cette soupe. Il est vrai qu’une bonne santé, un mouvement journalier, un air vif, pourroient faire manger encore des choses pires que du pain de fro- * Je dois Remarquer que je passai ce fleuve dans le tems où les eaux étoient le plus basses. ** Ce n’est pas par négligence que j’ai écrit d’abord Joumma et ensuite Joumna. Je le trouvai ainsi dan mon exemplaire. Rennell s’étonne avec raison' que Ie joumna soit aussi largr que le Gange dans les montagnes où Förster passa ce fleuve. Note du Trad. Allemand. » i65 \ ment et de la soupe aux pois. Je ne risquerai pas de fixer ses revenus d’un pays que j’ai parcouru comme un misérable voyageur. Je remarquerai seulement que le bruit général porte les revenus de Siring-Naghour à environ 20 lacks de roupies. Le commis du côté occidental de 1 loumna me demanda deux roupies. Il me dit que puisque j’étois un simple voyageur qui ne sai- soit pas de commerce , je n’étois utile en rien au pays, et que pfcr conséquent je devois payer pour ma personne. Comme il me donnoit ia même preuve que celle de Siring-Naghour , je payai avec plaisir et fus encore content qu’on ne fit pas de recherches plus exactes. Le 7 à Caridah , 8 cos», et le 8 à Coliroon, 8 coss. Petits villages de quelques maisons. Ce fut laque deux Cachemiriens, un SunaiTer, * mon domestique etmoi, nons quittâmes le kafilah et arrivâmes le g à Nhan. C’est la résidence du Rajah d’un pays du même nom, qui le jour de notre arrivée fit une entrée publique après une longue absence. Une partie du pays de Nhan s’étend, vers le sud, jusqu’à la pointe du Pouniab et touche par là aux postestions des Sicques, qui firent ce que font les voisins les plus forts. Ils s’emparèrent du- pays. Le Rajah arma pgur le recouvrer. Mais après plusieurs petits combats où il se distingua assez, il fut obligé de demanderla paix, et on ne lui rendit son pays qu’à condition qu'il payeroit deux mille roupies par an à un certain chef des Sicques. Cette somme vous paraîtrait*! de chose, et elle l’est aussi dans vos contrées, où l'argent comptant est commun et où l’aisance à bientôt produit le luxe. Mais parmi ces montagnards * C'est le nom d’une secte d’Indien* composée de mendiants. J’ai pourtant connu un Sunafier qui faisoitun grand commerce. * >ß - dont les mœurs font encore simples et peu cultivées, qui n’ont picfque besoin que des choses nécdlaues à la vie, qu’ils yolscdent en abondance, celte somme eft très-conlidéi able, et ne peut même être ramassée que par des impôts assez oppressifs. Les habitants et les marchands étrangers dans la ville, furent obligés de payer une contribution considérable; et à présent que le Rajah a découvert ce que le peuple peut porter, il continuera vraisemblablement à jouir fa ligure étrangère, soit par un instinct qui les avertit, de ses moyens d’attaque et de défense. Je fus fort bien reçu cette nuit fous le vestibule d’une rôtisserie indienne. On nous servit un gâteau de farine de froment fort bon, avec une soupe aux pois. Pardon si je vous parie de ces détails domestiques; mais la bonne nourriture entretenant ma santé , me mettoit en état de continuer mon voyage. Nous n^voulionsavoir souvent que le couvert pour la nuit, et nous ne le trouvions pas toujours. Quoique l'Indou exerce en général 1 hospitalité , cependant il n’aime pas à loger des Mahomé- tans , qu’il regarde comme impurs. Le 14 , six cofs; à Lawnja , petit village. Peu de maisons. Toute notre journée fe passa à gravir des montagnes fort roides. Mon petit cheval grimpoit comme une chèvre, et cependant la plupart du tems j’étois obligé d’aller à pied, le chemin étant souvent à pic. Je veux avertir les voyageurs de votre connoissance qui voudroient suivre mes traces, et je vous déclare que l’aubergiste de Lawasah est un coquin et qu’il mêle de la farine, d’orge dans fa farine de froment. Il est le seul homme de son métier dans l’enclroit , ainsi on ne peut parer à cet inconvénient qu’en emportant ses pro- vili ms de Soudowra où l’on est bien logé. Quoiqu’il ne soit pas vraisemblable que mes recommandations soient très-utiles à mon honnête homme d’aubergiste à Soudowra, c’est toujours un plaisir pour ^noi de parler du bon traitement qu’il m’a fait éprouver. Le i5 , neuf cofs; à Coüttie , qui n’a que deux oti ' N 5 /0 trois maisons. Ici le payu de Xiian est borné parle petit district de Boßpour, qui appartient au Rajah de Bella f- pour. I-e 16 nous fîmes halte au bord du Nc'ulla 7 coss. aujourd’hui nous avons trouvé une famille de La ehern ir. C’étoit un orfèvre avec fa femme et ses ensans, et qui vouloir s’établir dans une ville près des frontières du Thibet. Le 17, huit ccfs; à Kounda , petit village situé à j milles au nord-ouest de Dourmpour. C’est la résidence du chef d’un petit district qui dépend de Bellafpour. A Dourmpour , je payai deux roupies pour laisser paffer mon cheval. ' * . , _ 1 Le 18 a Gowrah me reposai pendant la chaleur du jour près d’un moulin à eau ; ce fut le premier que je vis dans les Indes. Le matin à 2 heures, j’observai une éclipse de lune qui dura près de deux heures. Le soir nous entrâmes dans une maison de paysan , à qui nous demandâmes la pérmiffion de faire entrer nos paquets chez lui et de chercher dans une de ses granges quelques places on nous pussions paffer la nuit. Le paysan me regarda fixement. Ma figure ne parut pas lui convenir, et il nous dit franchement qu’il craignoit bien que nous ne nous contentassions pas d’une grange. Il avoir de la peine à croire que nous fusiions entrés chez lui feulement pour y paffer la nuit, et il ne nous permit d’entrer dans fa cour, que lorsque le marchand de Cachemire lui eut montré quelques petites marchandises. Les distVicts de Houndah et de Gowrah s’appellent Barrah Touckrah , * parce qu’ils font composés dè petits pays qu’un Rajah de Bellafpour avoir assignés, il y a cinquante ans, à ses jeunes si!?. * Expression qui , en Indien, veut dire douze partie». G 1 Ces petits états loqt mal gouvernés, et le voyageur qui va du Gange en Cachemire court ici nique d être pillé. Le 19, dix ccss ; au village Tayanaghour; etleto, 12 cols; à Bcllajpour , , 1 a résidence de la Ranée ou Princesse du pays de Calour. Cette ville est située au sud-ouest du Setloud ou Soutloudge, le plus oriental des cinq fleuves qui eut donné à ce pays, depuis S ihr end jusqu'à l’îndeus , le nom de Youniab. * Le Setloud, fleuve très-rapide, a près de cette ville environ cent verges de large, Bellaspour est une ville bien bâtie et avec une régularité rare dans ces pays. Calour touche, au nord, au district de Kangrah-, à l’est, à un pays considérable nommé BouiTeer ; au sud , au A'han; et à 1 o lest, au Youniab. Les jevenus annuels de ce pays doivent monter à douze lacks de roupies. A mon arrivée à Bellaspour, la Ranée étoit en guerre avec le chef de Kangrah, et l'armée de la Princesse étoit sur les frontières de l'ennemi. Les causes de cette guerre ne vous édifieront et ne réjouiront pas beaucoup; et cependant cela occupe les habitants de ces montagnes comme si les collines et les bois de Bellaspour étoient le théâtre d’une guerre générale. Le siège de Troye et les combats près du Scamandre, ne paroùroient rien à ces héros des bois auprès de leur guerre; et ils n’y voudroient trouver d'autre ressemblance que d’avoir été l'une et l’autre occasionnées par des femmes. J’ai commencé involontairement à m'intéresser à leur histoire , et comme je n’ai rien de très-important à vous communiquer, je vais vous en ennuyer. Pour détailler mieux la chose , je dois vous rappeler N K {* Mot Persan, qui veut dire cinq rivières. 17 * les iems d'Akbsr, qui fut, dit-on, le premier Empereur qui soumit ccs pays de montagnes. Sur la frontière septentrionale de Calour. d'i une forteresse, Kote-Kangrâh, qucAkbar, qui l’aliiégeoit en peiibnne , fut une année à rçtluirc. Du moins voilà ce que la tradition raconte. Pour iccompcnfcr un de ses officiers qui s’étoit distingué lors du siège, Akbar lui donna cette fortercsie avec une asicz grande étendue de pays qu'il y ajouta. La postérité de cet officier, qui fuit la secte desChoutes, posséda ces pays jusqu’au moment actuel, que le Rajah de Kangtah ravagea le pays et assiégea la forteresse. Le Mahoraétar. incapable de résister à cette attaque , implora le secours de la R >née de Bellafpour , qui, comme une vraie héroïne, accourut défendre son voisin- et vengea bientôt le tort qu’on lui fui soit, en pillant et ravageant tout dans Je pays de Kangrab. Le prince de Kangrah soutient inutilement que la Ranéc, lorsqu’elle a vu le pays de son ennemi fan» défense , a pris le prétexte de secourir son voisin pour augmenter sa propre puissance. Le si etlest 2 nous restâmes à Bellafpour. La guerre ne troubla'pas peu notre voyage. Il y avoir dans l’armée de Kanrrah, par laquelle nous devions passer, une troupe dcSicques qui a voient répandu un effroi général dans ccs pays éloignés. Les deux Cachemiriens, à présent mes seuls compagnons, ne vouloient pas partir absolument que nons n’euffions reçu du renfort. Après plusieurs représentations, ils consentirent à aller avec moi dans le camp de Bellafpour. Ilfe croient forcés de convenir eux-mêmes, qu’il étoit vraisemblable que nous y trouverions plutôt que dans la ville ^es voyageurs qui voudioient aller au nord. Mais 1 Indou, dans toutes ses actions, est paresseux et très-peu entreprenant; ' 7 ^ et notre supériorité vient en grande patrie de ce que nous les attaquons par ce côté foible. La promptitude de nos résolutions, et la célérité de nos entreprises, doivent nous donner l'avantage toutes les fois que nous aurons affairé avec eux. L’inaction et la lenteur natu- xe'ie de leur esprit, est encore augmentée par leur foi à la prédestination et à l’astrologie. Les Indons regardent avec l’attention la plus scrupuleuse, aux jours, aux. heures et aux minutes, et ils dirigent leurs actions, même les affaires de iavie ordinaire d'après les décisions de l’aljtrologue. Lorsque celui ci apperçoit dans les personnes qui l'interrogent une aversion secrète pour certaines diese* , ou lorsqu’il craint que sa réputation ne souffre par une réponse qui eût engagé à tenter ce que l'on projetoit sûrement, il sait trouver un obstacle. Quelle supériorité n’avons nous'pas fur de telles gens; et cependant nos dernières entreprises, dans les Indes, ont diminué la réputation des avantages naturels et acquis que les soldats anglois avoient montrés dans la plupart des occasions.—Je prie de ne pas mésentendre cette digression , et de ne pas croire que je favorise les pillages et les incursions que nous avons faites par occasion dans les pays de nos voisins.?!] Notre conduite, à l’égard des Marattes,étoit aussi injuste qu'impolitique, et jene sais si nous devons nos succès à nojre bonheur ou à la folie de nos ennemis. * Le 2 3 au soir je passai le Setloud dans un bateau, Le fleuve est étroit , profond et rapide, et fait beaucouD de détours. Je me reposai dans un petit village situé I {+ On trouve dans les mémoires de Mailings, relatifs à l’état de l’Inde , la véritable raison de la guerre des Marattes de laquelle Förster parle. N. du T. A. * La convention de "Wargaoum , qui nous couvrit d’opprobre* v >74 vis-à-vis de Bellaspour , quoique l’endroit où l’on passe soit à deux milles de la ville. Un kasilah de Joum- boofhaul s'étoit campé au nord de la ville. 11 alloit à De ldi et à Louknow. Je sis connoissance avec des personnes du kasilah, et par leur influence j’obtins la permission du receveur du péage de passer sans obflacle. Cela me fit d’autant plus de plaisir, que le Gouvernement de Bcllnsjiour est connu pour ses concussions. Le receveur porta si s bontés plus loin encore que je ne l’avois espéré. Non-seulement il me lit passer librement par le dilïrict de IsclluspouT. mais il me donna une lettre de recommandation pour son sicre , receveur de la douane à Kangrah. Les personnes du kasilah étoient curieuses desavoir mon hilloire, et peut-être desireriez- vous savoir celle que j’inventai dans ce tems. II y avoit dans le kasilah quelqu un qui parloit turc, il fallut composer mon histoire d’après cet accident. Dieu fait combien j’en ai inventées pendant mon voyage. J’espère que vous me. les perdonnerez en m’excusant sur la nécessité où j étois de les faire. Aujourd'hui je dis que j’étois né turc, mais que j’étois venu de très-bonne heure aux Indes où une personne de distinction m avoit élevé. Mon long séjour aux Indes m’avoit fait oublier le turc. J’avois été presque toujours soldat ; mais une maladie m'ayant fait quitter mon état, je m’étois fait marchand ambulant. Cette histoire étoit assez simple et vraisemblable; mûi-niéme j’entrob dans tant de détails que je commençois aussi à la croire vraie. On m’avoit vu cependant écrire deux ou trois fois. Un des voyageurs me dit, que c’étoit à l'Européenne et dune manière fort peu en usage. La remarque m’embarassa. Cependant je répondis, fans hésiter, que j'avois toujours été accoutumé à écrire dépense jeur- * »75 nalière , pour à la fin de'l’année en savoir le montant et ne pas dépenser plus que ma recette ne le pèrmettoit. Ordinairement je notois mes observations en écriture persane. Mais*un jour que j’écrivîfîs une lettre angloise, il y avoit un Cachemirien près de moi qui avoit servi' en Bengale sur un vaisseau angîois , il vit que j’écrivois comme les Européens de droite à gauche cependant ma réponse , que les turcs écrivoient de cette manière, le satisfit..Les Asiatiques ont la coutume de s’accroupir lorsqu’ils lâchent leur eau , moi je reslois debout fans penser que cela n’étoit pas dans le rôle que j avois pris. On me fit des reproches sur nia mal-propreté, et je répondis que c’étoit une mauvaise habitude de soldat, à qui la ponctualité-du service et leur vie errante per- mettoient quelquefois de s’écarter du décorum , soit qu ils ne fissent pas attention, soit à cause de la bonne intelligence dans laquelle nous vivions, mes compagnons de voyage ne me reconnurent pas du tout fous le masque que j’avois pris, et que j’espère garder jusqu’à la fin de mon voyage. DIXIÈME LETTRE. Nourpour 17S3. .Le 28 du mois dernier, je vous ai décritmon voyage de Lall-Dong àBellaspour. A présent je puis vous dire que je fuis arrivé en bonne santé à Nourpour , la ville la plus considérable du district de ce nom, sans avoir été attaqué par les tigres, les brigands ouïes Sicques. Du bord occidentel du Setlour, nous allâmes le 24 mars au village Comour-Hattéc 8 cols. Une Hattée, qui dans le langage du pays veut dire une taverne , est toujours k *76 ce qu’il y a de plus agréable pour un voyageur. Ausii je cherchois toujours à m’arrêter dans de telles tavernes. Je trouvois là de la farine de froment, des pois et du ghée , '* c’est ce quiCormoit ordinairement mes repas; etlorsque j’en priois honnêtement celui qui les vendoit, il me permettoit ordinairement de m’arrêter dans la cour de fa maison. Le n5 nous finies dix cofs pour parvenir à l’armée de Bellafpour. On n'a pas besoin de la plume d’Homère pour nommer les différents peuples qui formoient son armée , et peindre les noms, la force et le caractère de leurs chefs et la place cu’ils occupoient. 11 suffira de dire qu’il y a voit environ 3oo cavaliers et Sooo fantassins armés de fusils, d’épées, de lances et de massues. Ils occupoient deux côtés de la montagne , ifs étoient dans le plus grand désordre et tous aussi sales les uns que les autres. Les troupes avoient campé quatre mois fous de petites huttes faites de branches d'arbres; ainsi oa peut croire qu’un "tel séjour n’étoit ni sain, ni agréable. 11 n’y avoir en général que quatre tentes et encore fort communes. L’une d'elles étoit pour le Généralissime, frère, et si je ne me trompe pas, frère aîné du dernier Rajah de Bellafpour ; car dans les Indes ni l’Indou, ni le Mahométan n'observe exactement le droit de primogéniture. Ce Généralissime , à cause de son grand âge , ne pouvoir faire aucun service ; on lui avoir adjoint un frère plus jeune qui commandoit à sa place. La Ranée , avec son fils âgé de dix ans, et un Sounnast'ée favori de la Reine, s’etoit retirée dans une citadelle d’où elle dirigeop les opérations de la guerre. Puisque j’ai déjà parlé de l’histoire de Bellafpour, je s* Du ghée est; du beurre fondu dont on se sert toujours dans les cuisines Indiennes. 1 77 veux vous raconter celle de la ? rince lie , cela jetera peut-être du jour fur le caractère et la conduite des femmes. Sans me perdre dans des éloges qui seroient inutiles, je vous,dirai que la llannée de Bellaspour , après la mort du dernire Rajah, se déclara elle même tutrice de son fils et régente du pays. * Le frère de l'on époux voulut s’y opposer, celui-là même qui ale 'commandement de l’armée. Il y avoir encore d’autres obstacles à surmonter , les j^js grands venoient de son sexe qui lui défendoit de paroître eu public. Enfin eiie vainquit toutes les difficultés et devint tout-à-fait la maîtresse.^La victoire de la Princesse entraîna après elle la détention de son rival; mais il y fut bien traité et bientôt on le mit en liberté. Cette feipme est pleine d’esprit ; mais après avoir su conduire avec un bonheur égal ses guerres et son administration , elle s'est laissée sarprendre par l’amour. Je laisse aux connoisseurs expérimentés en amour, à décider si cette paffion , comme le prétendent nos moralistes sévères , est un supplément et en même-tems l’alliage de nos vertus, on li elle élève nos autres vertus et nous eu donne même de nouvelles, comme le prétend le spirituel Yorick. Quoiqu’il en soit, j’ai vu l’objet de l’amour de cette Princesse , et il fait honneur à son goût.. C’est un bel Indou, tout je une encore,- et qui contre l’esprit de sa secte, qui est presque aussi sévère que l’ordre des chartreux, s’habille fort bien et à la Mahornétane. On * J’ai déjà remarqué dans mes observations fur la religion de 1 Indous , que parmi eux , une veuve devient après la mort de son mari le dernier, membre de la famille. Cette loi est éludée à présent par les ïiciielses , le pouvoir et l’intrigue. Au reste il n’est pas inutile de r marquer que les Indous le servent du mot vtuf> pour exprimer quelque choie de bas ou d’insignifiant. » 7 » reconnaît tout de suite à l’aisance de ses manières, à la coquetterie recherchée de fa parure , le favori des femmes. Aussi l’amour fait naître des changements même parmi un pe*uple qui observe ordinairement tous les préceptes de fa religion avec une exactitude qui choque le sens commun, et qui souvent tombe dans les plus grandes absurdités. *J En voilà assez fur la Eanée de Bellaspour, je lui souhaite au reste toute sorte de prospérités. ^ Ce fut alors que j’appris, que mon chemin à l’armée de Kangrah seroit très-dangereux sans une escorte militaire. Pour tâcher de m'en tirer d’une manière ou d’autre , j’allai trouver le Généralissime. 11 était assis sous un banian et était entouré de scs premiers officiers, qui pour la plupart i\f portaient rien autre qu’un cuir de buffle du pays. Il faisait justement la revue de recrues arrivées nouvellement de leur pays, ou plutôt de leurs bois. Ils ressemblaient à des satire", à des faunes ou à ces divinités des bois comme les anciens les ont dépeintes ; et je ne crois pas que tout l’art et la rigueur même d’un caporal pruffien pût donner à ces hommes des bois une connoissancc quelconque du service militaire. En m’approchant du chef, je lui présentai une roupie que j’avois mise sur le bord de mon habit. Vous ne savez peut-être pas encore qu’on ne doit pas tenir cette pièce d’argent dans fa main, il faut la tenir fur un mouchoir ou furie bord de l’habit, et lorsque le supérieur veut écouter ou favoriser son client, souvent, soit par générosité, soit à cause de Dans le voisinage de Benarès U y a un ordre religieux d’indous qui ne font absolument aucun usâge de leurs mains , même dan* les ca» les plus nécessaires; ils le laissent servir par d'autres» et il fautles faire manger. 4 17 son état, il ne prend pas le présent, il le touche seulement du doigt. Cela suffit pour faire au suppliant l'honneur qu'il attcndoit, ou lui promettre le secours ou la protection qu’il demandent. Le l’rincc me reçut fort bien et m’accorda ma prière. Je demandois que notre petite société de voyage pût accompagner le premier Courier que son enverrait à l’armée de Kan- grah. Il ajouta rnêfnc qu'on éteit sur le point d’expédier certaines lettres auxquelles on travailloit alors. Un ou deux jours après, j’appris que ce Prince des montagnes étoit fait connue les autres Irjdous. Je lui saisois ma cour pour la seconde fois. Il avoit feulement- auprès de lui son Cotewaoul ou son maître des cérémonies. * Il me lit souvenir que je devrais lui offrir mon présent. Ja lui donnai une/oupie que Cha-Alloum, Empereur actuel, avoit fait frapper. Ici ces monnoyes ont moins de valeur que celles à un autre coin, aussi mon présent fut-il mal reçu et on l’examina de tous les côtés. Ne croiriez-vous pas que j’avois affaire à un misérable marchand Indien et non à un Prince. Cette avarice et cette conduite indécente me révolta, mais d’un autre côté elle me fit plaisir, en m’expliquant clairement le caractère des Indous. Une autre preuve de leur peu de tenue dans leur conduite , et de leur manque de véritable bravoure, c’est une anecdote que je veux vous conter, quoiqu’elle ne tienne pas à la. fuite de ces lettres, f I^orsque les Maliométans furent chassés de Cattouk, le propriétaire ou le gouverneur de ce pays s’ensuit en Bengale. Après y avoir vendu les { * Le rslaître des cérémonies a aussi l’inspection sur la police. t Je ne trouve pas cette anecdote jultement appliquée. On ne peut faire servir la manière d*agir et de penier des Indiens, Mahoinc tans, ou qu’on appelle Mores, pour expliquer celle de l’Indou payen» Il y a de la ditfeience entre les deux. Note du. T. A. î i8o trésors et les bijoux qu’il avoit sauvés,.il la côte de Coromandel, où il obtint une pension du Nabab de Carnatic. 'saut qu’elle fut payse exactement, il vécût dans l’aisance. 11 avoit son palanquin, sa suite , ses valets. Le Nabob ayant trouvé plaisant de retrancher quelque chose sur les pensions les plus considérables, son client perdit aussi fur la sienne. Alors il renoriça à son paîano'un et acheta un petit cheval. C'étoit sans doute une humiliation bien dure, mais le calice d’amertume n’étoit pas encore vuldé. La penson sut encore réformée, et à la fin retirée tout à-fait. 11 étoit trop fier pour gagner sa vie en travaillant honnêtement. 11 aima mieux voler et faire des friponneries on eut peine à le sauver d'une mort honteuse. Ces exemples vous peindront mieux le caractèrq national que de longs raisonnements Lorsque l’homme n’apprend pas de bonne heure à admirer des exemples d'honneur et de probité, et qu’on ne l’accoutume pas à détester des actions vicieuses-, bien plus, lorsque dès sa première jeunesse on lui apprend à n’estimer les devoirs de la vie que d’après de vains usages et des fables fans raison, iln’eft pas étonnant qu’à la fin les hommes soient gâtés de cette façon. Les mouches me tourmentèrent tellement, dans le camp de Bellalpour’qu’à peine pouvois-je garantir con- tr’elles ce que je mangeois. Les mouches indiennes ont, je crois, une dose de poison avec elles. Quand on en avale une en se trouve mal et on vomit toutde suite. Je croyois d abord que ce mal-aise provenoit du mouvement de l’insecte dans l’cstomach!; mais en examinant mieux, je trouvai qu’une mouche, qui avoit été fort peu detems dans l’estomach, né donnoit plus un seul signe de vie. La grande chaleur de l’estomach doit tuer à l’instant cet insecte. , * - 8 - Notre séjour, dans le camp de Bellaspour, étoitincommode et dégoûtant. La chaleur étoit très-forte, et l’air gâté par la mal-propreté de tant d'hommes et de bêles, j’étois tellement impatienté, que je voulois ellayer tout pour me tirer de ma situation. Cette impatience occasionna une résolution qui auroit vraisemblablement anéanti tout mon plan. Deux Couriers ou estafettes, qui dévoient porter des propositions de paix dans le camp de Kangrah, promirent de nous accompagner. J’étois résolu de me confier à eux, quoique mes compagnons de voyage s'y opposassent et soutinssent que ces hommes nous trahiraient. Le Chobedar * y du Général, qui étoit Mahométan , chercha aussi à me donner des idées desavantageuses des courriers ; mais je voulois partir. Du reste si ces hommes avoient de , mauvais projets contre nous, bientôt il n’y eut plus rien à craindre. La veille de nptre départ un grand convoi d'ânes chargés de fer voulut prendre notre route. Le »9 toute la société réunie se mit en mouvement. Nous étions à peine fur les frontières de Bellaspour , à huit milles du camp, que nous eûmes tous une belle peur. ,11 parut deux cavaliers de Kongrah. Ils passèrent devant moi, tombèrent fur l’arrière garde de notre caravanne, et ils prirent aux commerçants en fer la valeur de cent roupies. C’est dans ce pays une assez forte somme. 'Ils saisirent aussi un pauvre Cache- mirien qui étoit resté en arrière, et ils ctoient sur le point de le dépouiller, lorsqu’il- se mit à crier qu'il étoit mon valet, et que j'étois une personne de considération. Aussitôt mes cavaliers coururent après moi. En s’approchant, l’un d’eux me dit que javois l’airci’un *I Un homme qui port* un bâton d’argent devant les personnes do distinction. »?* Balla Audiwcc “ et que je n'avois rien à craindre d’eux , qu’ils ne s’ijttaquoient qu’à de malheureux voyageurs égarés. Les trouvant si polis, je sis mettre en liberté le Cachernirien ainsi que mon valet qui étoit survenu et qu’ils avoient arrêté. Ce fut un bonheur pour les prisonniers que je fulse là. Les cavaliers croient âpres à la curée , et ne paroissoient pas difficiles fur le choix des pe;sonnes. Pendant que je fus dans leur voisinage, ils mirent plusieurs passants à contribution et entre-autres à un ânier une paire de souliers. Ici nous apprîmes que deux cent Sicques , qui avoient été à la solde de Kangrali, alloient bientôt se montrer. Comme je connoilsois la façon de s’y prendre des apôtres de Nannok . fl surtout au service étranger . j’aurois bien donné la moitié de mon bien pour pouvoir conserver l’autre. 11 n’y avoit pas d'autre parti à prendre , que d’affecter L'assurance et la confiance, et Dieu fait comme j’étois assuré. Je partis au grand trot et en peu de te ms je fus au milieu de ce corps redoutable qui me regarda beaucoup, niais ne me fit pas de mal. Les Sicques avoient cru que nous étions une troupe ennemie, ils s’étoient tenus prêts au combat. Ils assuraient fur le tou. d’une exclamation religieuse, que leur prophète les y encourageoit. Je descendis pour leur témoigner plus de considération, et je teuois mon cheval par la bride, lorsqu’un étourdi de Sicque me toucha en passant. Le cheval fougueux qu'il montent, qui parut me mépriser, moi ou mon cheval, ou peut-être tous les deux, se mit à ruer. Mon Sicque tomba par terre , et comme la scène se passoit juste sur le sommet d’une montagne, le * Cest ainsi qu'on nomme, en Indofiao , ceux qui sont au-dessu» de la classe du peuple. t Le fondateur da religion et de la secte des Sicque*. I 283 malheureux cavalier démonté roula jusqu’en bas, et perdit en chemin son fusil, son épée et son turban. Je craignois que le désastre du Sicque ne me fit tomber les autres fur les bras; mais comme j’avois témoigné l’intérêt que je prenois à l’accident du cavalier, et que je me donnois toute forte de peine pour retrouver ce qu’il avoit perdu, tous me remercièrent. Ma bonne fortune avoit détourné de moi les dangers qui m’avoient menacé, et j’arrivai sain et sauve au camp de Kangrah , ou comme on l’appelle d’après un vieux nom du pays, de Kalochin-Rajah. Nous avions beaucoup souffert de la faim et de la fatigue, quoique notre voyage n’eùt été que de seize ou de dix-sept milles ; aussi le soir de notre arrivée cherchâmes nous un peu à nous remettre. II n’y avoit dans le camp qu’un petit corps de cavalerie. La plus grande partie des troupes étoit au siège de Kote - Kangrah , fous la conduite du Rajah. Le chemin ordinaire d'ici à Joumbo passe par Nadone, capitale du pays de Kangrah, et par le district d’Huricpour. Mais ces environs étoient inondés de Sicques, il nous fallut quitter la route ordinaire et marcher plus vers l’ouest. Il est à craindre que ces montagnards ne causent tant de troubles dans le pays, que le seul chemin des Indes à Cachemir n'en soit fermé , ou que du moins il soit si peu sûr qu’aucun gain n’en, puisse balancer le danger. ^ Nous partîmes le 3o ; nous fîmes 6 cosses, et nous arrivâmes avec le kafilatz des négociants en fer à Soorée, petit village dont étoient la plupart des marchands de la caravane. Ou se reposa dans ce village, qui esi à une journée de distance du droit chemin. parce que les amers vouloient voir leurs femmes et leur» enfans. * La fuite a confirmé cette crainte. »84 A l’ouest, ste Soorée, qui est situé dans une vallée, mis passâmes une chaîne de montagnes hautes et fort roidi.. Le 3 t , 4 cois; à Bompal , petit village fur une colline. Cette journée fut si courte par complaisance pour les marchands de fer qui vouloient aller au camp de Kangrah et tâcher de recouvrer ce que les Sicqucs leur »voient pris ; mais ils revinrent fans avoir rien fait ils paroissoient disposes à partir d’un pays dans lequel , au lieu de réparer le dommage qu'ils avoient essuyé, on leur avoit fait de nouvelles demandes. Toute la nuit j'eus fur le corps une pluie violente et continue. J’ai beaucoup souffert du mauvais tons dans mon voyage, et cependant, grâces à mon bon tempérament, ma santé n’a pas été attaquée. La pluie, qui duroit toujours, nous retint à Bompal jusqu’au 2 Avril. Ce jour là nous finies 8 cofs et arrivâmes à un petit village nommé Clioumbah, qui appartient au Rajah d'itjfoul. Non loin de Bompal nous fumes arrêtés par le commis de la douane de Nadone; il avoit fuit trois milles pour nous demander un péage de quelques fols. Environ à moitié chemin, on voit, à droite, un temple indien au pied duquel coule le Byas-Gounge , le second des fleuves du Youniab en partant de l’est. Le fleuve est rapide et a environ cent verges de large ; il coule fur la gauche. Une grande partie du chemin de Bompal à Chem- lah passe par un vallon arrosé du Byas, et au nord duquel on voit les pays plats et fertiles' à'Huricpour. Le pays de. Kangrah ou Catocuin touche, au nord et au nord-ouest, à Houricpour ; à l’est, à Choum- bah ; au sud, à Calour; et à l’ouest, au Pouniab. Les revenus ordinaires, qui montoient à 7 lacks de roupies , ont diminué par l’alliance du Rajah avec les i35 lês Sicques. Ceux-ci pillent partout où ils vont. Ces brigands le conduisent comme cet homme que le cheval engagea à terminer son différent avec le cerf; vous savez à quel usage on employa l’imprudent cheval, îorlque la victoire eut été décidée à l’avantage des puissances Ce jour-là notre petite société , qui avoit été groffie clans le camp de Bellaspour par des Cachemiriens, résolut, par crainte des Sicques qui rendoient le chemin ordinaire peu sûr , de quitter le kafilah et d’aller à joumbo par des chemins de traverse. Un marchand indien compte la perte du tems presque pour rien et reste deux vu trois mois tranquille, plutôt que de s’exposer au moindre danger. Le 3 , dix cols ; à Jada , dépendant du Jîajah de Sibah. Nous trouvâmes dans un ruisseau qui traverse ce village d’excellent poisson, qui , pour la forme et le goût, ressemble beaucoup à nos truites. Ce district touchant l’extrémité la plus élevée du Pouniab , est abandonné à la discrétion des Sicques, qui le partagent de manière à ne pas l'c gêner eux-mêmes. Notre chemin paffoit devant le fort Sebah qui a une très- agréable position fur un ruisseau ou un petit fleuve. Nous vîmes là deux Sicques à cheval effrayer le commandant et toute la garnison quoi qu’en fermés dans leur fort. Les cavaliers étoient envoyés pour percevoir le tribut que les Sicques ont imposé aux Princes des montagnes depuis le Gange jusqu’à Joumbo. Ils étoient très - mécontents de ce qu'on avoit différé le payement, aussi parlèrent-ils aux Indous effrayés comme * Ce fort est situé à environ 3 coss, au sud-ouest, de Dada et est la seule résidence fortifiée que j’aie vue dans ce pays. Le voisinage du l’euniab a engagé vraisemblablement les montagnards à le sottisier. o -86 un magistrat en europc parlerait à des bohémiens ou à des vagabonds. Dans le fait , mon ami, il faut un courage et un araour de l'humanité plus qu’ordinaire pour user de son pouvoir avec modération. Notre nature n’est que trop portée à en abuser, et cependant si nous rentrions en nous-même, nous trouverions bien des raisons de douceur et de ménagement ; et moi aussi j’ai souvent des accès d'impatience, et je les ai remarqués depuis si long-tenis en moi, que je regarde cette impatience comme innée. Dans un de ces accès je quittai ma société et marchai en avant l’espace de plus d’un mille. Je rencontrai un homme achevai qui avoir l’air d’un voleur de grand chemin'. J’étois bien armé, je paroiffois le plus fort -des deux , jene craignis pas la rencontre. Dépendant ma qualité d’étranger, et mon équipage qui étoit bon à prendre, engagea le cavalier à m’arrêter et à me demander d’un ton impérieux qu’elle étoit ma patrie et mes occupations. Ma réponse ne fut ni satisfaisante ni polie, et je le quittai brusquement, quoiqu’il parût délirer continuer l’entretien. A un quait de mille je trouvai un Sicque à cheval , qui sûrement alloit en maraude. Après m’avoir regardé attentivement, il vit que l’issue du combat seroit douteuse, mon épée étoit longue et ma mine hardie; il me salua d’un air d’amitié et continua sa route. Bientôt après il joignit mon premier inconnu ; ils tinrent conseil, et le résultat fut de vouloir me piller. Mes compagnons de voyage, qui m’avertirent ensuite de ce que ces coquins tramoient, s’appiochèrent pendant qu’ils concertoient leur plan d'attaque. 11 s’en suivit une explication mutuelle. Nos pillards virent bien que les quatre hommes à pied qu’ils avaient devant eux m’ap- paitenoient, et ils en tirèrent la conclusion que quand * 8 7 mèm; tous deux ensemble, ils seroicnt plus Forts que moi, un tel renfort tourneroit le combat à leur désavantagé. Ils cédèrent à cette excellente raison et nous laissèrent passer tranquillement. Le 4 , dix cols, à un village dans le district de Doutar-Joulvara ; c’est là qu’un chef des Sicques a construit un petit fort pour tenir en respect tous les environs. Le pays commence à s’aplatir insensiblement. Cela nie lit un grand plaisir. 11 semblent oue mon teil étoit fatigué, et qu’il avoit été pour ainsi-dire blessé par toutes ces hautes montagnes qui s’élevoient jusqu’aux nues. Le district de Doutas ou Doutarah s’étend jusques par-delà les montagnes et les collines du Pouniab, à travers lesquelles nous avions passé lors de notre dernière direction vers le sud. Pendant cette journée, je n’eus avec moi que le marchand Cache- rairien, les trois autres, qui s’étoient joints à nous dans le camp de Beilaspour, étoient allés en avant, et mon valet étoit resté. Ver» le soir, lorsque nous fumes au pied d’une montagne , nous vîmes une troupe de cavaliers qui nous suivoit parle même chemin, c’étoient des Sicques ; jugez de notre frayeur. A leur approche ' je mis dans un buisson, près de moi, mes lettres de change et mon argent comptant, fans que mon compagnon de voyage s’en apperçût. Mais les idées désavantageuses que nous avions conçues de ces cavaliers étoient injustes, et je m’estime heureux de pouvoir représenter deux fois la conduite des Sicques feus un jour avantageux. Cette troupe forte à-peu-près de socr hommes, et qui contenoit plusieurs Mahométans, marchoit vers le district de Hourriepour. Nous limes bonne contenance. Nous fumions nos pipes ; mais apparemment, que malgré notre bonne mine , ils O - >88 s’àpperçurent de mes craintes, car en passant quelques- uns, après avoir fumé un moment dans notre pipe, nous assurèrent qu’ils nous protégeroient contre les mauvaises intentions de leurs camarades. Après leur départ je repris mon dépôt, fans que mon camarade le vît. Le marchand Cacheminen étoit ravi de ce que nous en étions quittes pour la peur, et il jura par fa barbe, qUe sitôt que nous serions arrivés à la couchée, il össiiroit à Mahomet ou au patron de son pays, à Mourdoom- Saib, pour deux fols de sucre brun , pour le remercier de notre merveilleuse conservation. Nous rencontrâmes encore plusieurs traîneurs. Ce font ordinairement les plus dangereux. Nous leur dîmes qu'on nous avoit chargés de les avertir qu’ils eussent à suivre leurs camarades le plutôt possible. Cette commission nous donna de la considération. Quand ils virent que leur troupe ne nous avoit pas pillés, ils suivirent ce louable exemple. Un marchand à Toultuara nous donna une retraite commode pour passer la nuit. Mon domessique nous rejoignit ici. Il avoit couru les mêmes dangers que nous; mais il avoit encore gardé avec foin le reste des poissons que nous avions achetés à Dada. Nous en fîmes un excellent souper. Toute personne qui trouve un bon gîte après pareilles aventures , pourra m en croire. Mon compagnon exécuta fidèlement son voeu. Il blâmoit mon insouciance après la grâce visible de la providence qui m’avoit sauvé. Je vantai inutilement le mérite des prières du caur. J’assurai que j’étois sincèrement reconnoissant de noue délivrance , et que j’efpérois que les actions de grâces que j'en rcndois s seroient aussi agréables à Dieu que des offrandes de sucre que je ne pouyois donner. Cm idées opposées à C 1S9 la foi de mon camarade, laquelle ne consistoit que dans de bruyantes cérémonies, m’attirèrent de nouveaux reproches. Le 5 7 cofs; Badponr, village très-peuplé dans le district de Nourpour. A environ 2 cofi, à l’est, de Bad- pour, près de Rh?y-Ghaut ou Pouttouu , nous passâmes dans un bac le Byas Goungah, et nous arrivâmes fur la route d’Ioumbo où les Sicques n'avoient pas encore paru. Le 6 à Goungatau , dix ccss. Je pafsois à cheval un ruisseau près de ce village, quand mon cheval s’arrêta tout-à-coup et me jeta dans l’eau tout de mon long; entre-autres choses une lettre de change far Joumbo fut toute mouillée, et ce n’étoit pas là le premier malheur qu’elle avoir éprouvé. Le 7 à Nourpour, le chet lieu d’un district du même nom. Cette ville est située fur le haut d’une montagne fur laquelle on monte par des degrés de pierre. La ville a un air d’aisance et on y remarque de l’activité. Au sud-est, le paysage est ouvert et agréable. Sa beauté est encore relevée par un fleuve pittoresque dont l’eau est claire comme du cristal. Les montagnes qui avoientjusqu’alors tant offensé mes yeux, bornent encore l’horison à l’ouest et au nord. Dans cette position elles ont pourtant leur avantage, et comme j'en ai profité, il sercit injuste de n’en pas parler. La chaleur du soleil étoit extrêmement vive. Nous l’euflions sentie bien mieux encore, si le vent du nord n’eût pas été agréablement rafraîchi par la neige qui couvre dans ces environs le sommet des hautes montagnes.' Sans un pareil rafraîchissement, notre séjour dans le camp de Bellaspour, auquel je ne puis penser sans frémir, nous eût coûté notre santé et peut-être la vie. * 9 ° Il y avoit un kafilah de Joumbo qui s’étoit campé fur une plaine près de Nourpour. Ses marchandises appartenaient., en grande partie, à des Sounaffées* et étoient destinées pcurla foire de Dehli. Cette caravane m’apprit, qu’une guerre, désastreuse que le Rajah de Joumbo avoit avec les Sicques , 1 avait mis fort mal dans les affaires Qu’il avoit fnis, me dit-on, une imposition fur tous les habitants de la ville fans exception, et les concussions avaient fait quitter la ville aux marchands les plus considérables. Les Sounaffées avaient à leur service deux on trois Cachemiriens, dont ou fait tout ce qu’on veut, et qui ont une activité rare et une patience infatigable lorsqu’ils peuvent gagner quelque chose, lis me dirent que je rifquois beaucoup d’aller à Joumbo dans un tems où toute personne qui paroiffoit posséder quelque chose fixait sur elle l’attention du gouvernement. Ces détails m’inquiétaient d’autant plus, que mes affaires exigeaient absolument ma présence à Joumbo. Puisque je parle de la ville de Nourpour, je ne puis pas paffêr fous silence qu'il demeure dans cette ville un marchand respectable, né en Pou- niab et nommé Daoud - Kan. Il vécut long-tems à Joumbo; mais ayant éprouvé les exactions du gouvernement dans cette ville, il s’enfuit à Nourpour; et outre la fureté de ses biens, il jouit des avantages d’un air salubre et d'un pays fertile. Si jamais un de mes compatriotes vient dans ce pays, déguisé en maho- métan, il peut être sur que la connoiffance de Daoud- Kan lui sera utile. 8 nous nous reposâmes. Le 9 nous finies 8 cols * Quoique cet ordre d'après ses statuts doive renoncer au monde, il y a eu parmi-eux des marchands , des soldats , même des homme* d’état» -Il jusqu’au village Boungourco. Un catharre qui avoir affecté la poitrine de mon domestique, l’avoir mis presque hors d’état de marcher. Je crains à présent de l’avoir trop chargé , et j’ai à me reprocher de n’avoir pas mis mes foins à alléger la charge qu’il portoit, foins que l’humanité prescrit partout, mais surtout en Asie à un maître à l’égard de ses domestiques lorsqu’ils font bons. Vouloit dire que ce n’étoit pas un bon domestique , scroit une injustice criante, et ne pourroit servir à excuser ma négligence. Si je pouvois être en état de le récompenser, je mettrois cela au nombre de mes meilleures actiohs.' Souvent jétois .mécontent de lui, et son libertinage a redoublé plusieurs fois mon humeur; mais ce défaut ne justifie pas à mes yeux ma conduite à son égard, et ne diminue pas le repentir que j’éprouve toutes les fois que je me rappelle les bons services qu’il ma rendus pendant un voyage si désagréable. Les districts de Nourpour font bornés, au nord, par le fleuve Rawée ; 4 l’est, par le pays de Chambay ; * à l’ouest, par le fleuve Byas et par quelques petits districts Indiens dans le Pouniab ; et au sud, par Hourriepour. On estime quatre lacks de roupies les revenus de Nourpour. I! paroîtque ce pays est plus tranquille intérieurement, quil est moins exposé aux attaques des Sicques, et qu’il est gouverné plus doucement que les autres états voisins. Le to , dix coss ; à Flajsèe .petit village dans le district de Bijsouly. A environ 8 milles au nord-ouest de Bongourèe et vis-à-vis le fort de Bissouly, nous passâmes la Rawée qui ** a ici près de t so verges de large et f C’est un pays de montagnes d’une grande étendue. La Rawèe est le plu* petit de* fleuves de Pouniab et passe devant la ville de Lahor. . y pst très-rapide. Dans le bateau étoient deux Sicques qui alloicnt dans le fort on leurs compatriotes avoient mis garnison, à l'occasion d'un secours qu’ils avoient prête au Rajah de Biffouly. Teiltest la fuite ordinaire des secours que prêtent les Sicques ; et cependant les Princes des montagnes font toujours assez fous pour implorer leur secours , sitôt qu’ils ont une guerre avec les voisins. Un Rajah des environs avoit attaqué les districts de Bijsouly , pillé les habitants, brûlé les villages avant qu’on pût lui , çippospr de résistance. On appela les Sicques pour chaffer l’ennemi et défendre le fort. Après l’avoir fait, jepr nouvelle position leur plut, et ils refusèrent de la rendre. On nous recommanda avec instance, et ce n’étoit pas nécessaire , de quitter le pays le plutôt postible pour éviter les Sicques. Le batelier qui nous paffoit à - Biffouly, quoique de la même religion que nous, demandent un prix exorbitant. Par l’entremise des deux Sicques, il rabattit beaucoup de ses premières,deman- des. Les cavaliers qui -s’apperçurent de l’injustice, n’eurent besoin que de faire connoître leur volonté pour être obéis. Le voyage de ce soir fut triste, et mon imagination ne put jamais fe peindre une idée agréable. Dans le fond il est malheureux que nous ne puissions pas souffrir les maux ordinaires et déjà assez durspar- eux-mêmes , fans les rendre encore plus durs en y ajoutant des maux imaginaires. Cette manière d’être dans la nature humaine , paroît contrarier le but pour lequel l’homme est ici et faire honte à la raison dont il est doué. Un hôte complaisant du village de Plafféc me reçut mieux que je ne l’avois attendu. Sa petite hutte étoit bâtie eu pierre et avoit pu résister à l’inçendie général lf J 3 qui avoit désolé le pays; c’est pour cela qu’avec fa famille, il avoit repris bientôt postesiion de fa demeure. Me voyant fans force et accable d’une fièvre quim’avoit pris en chemin, il me procuraun lit, il me donna àman- ger, et m’olfrit enfin tout ce qu’il pouvoir me donner. Le ii, dix cofs ; au village Louddoo, résidence d’un petit Souverain qui dépend de Joumbo. Ce jour là même il y avoit une fête qui fe donne tous les ans dans un village près de notre route. Nous allâmes nous mêler parmi les nombreux spectateurs. Le plaisir qui regnoit dans cette assemblée faifoitun contraste frappant avec les scènes d’hier, et nous peignoir avec des couleurs très-vives les agréments de la paix. Parmi les amusements de cette fête, je remarquai une roue avec des sièges qui font attachés à son bord. Ces roues font très-communes dans les Indes. En tournant elles-mêmes autour de leur axe, elles font tourner en l’air tous ceux qui désirent décrire un pareil cercle. Je me fuis mis plusieurs fois furie siège de ces roues, et je puis vous assurer que ce mouvement a son plaisir et qu’il remet son homme exactement au même endroit et dans le même état qu’il l’a pris, ce qu’on ne peut pas dire de tous les plaisirs. Mon domestique ne vint pas ce soir coucher dans le même endroit que moi; cela m’occasionna plusieurs petites incommodités. Jem’étois tout- à-fait accoutumé àfes services. Une famille de Cache- mir, qui s’étoit fixée à Bouddoo, adoucit en quelque manière ma position. Elle coanoiffoit mon compagnon de voyage, elle nous reçut tous deux fort bien et nous procura un assez bon souper. Le 12 , S coss, à Mancote. Ce village est situé fur une colline bordée d’un côté d’un petit fleuve, et est la résidence d’un chef de horde sujet du Rajah de Joumbo. ï94 Ici j'éprouvai de nouveaux embarras qui m’inquiétèrent beaucoup, quoiqu’ils ne méritassent pas le nom de malheurs. Mon compagnon Cachemirien étoit alié par mégarde plus avant que nous n’étions convenus, ainsi il n’y avoir personne là pour préparer mon souper et panser mon cheval. Les Indous détestent en général de rendre à un étranger ces petits services domestiques. Cependant le marchand de Mancote , duquel j’achetai tout ce dont j’avois besoin , voulut bien m'aider. Il me logea, me donna un lit, tous les vases dont je pouvois avoir besoin pour préparer mon souper, ainsi que ce qui étoit nécessaire pour mon cheval. Par ma séparation de ceux qui jusqu'alors avoient prévenu mes besoins et avoient rendu mon voyage agréable , je me trouvai tout-à-coup dépourvu de toute affistanec. Je pansai d’abotd et je nourris mon cheval qui sûrement l’avoit bien gagné; car c’étoit une bonne bête , bien sure et assez vive.* Sans ces vertus elle n’eût pu supporter les fatigues qu’elle a endurée, et n’eût jamais grimpé ces montagnes escarpées et couvertes de rochers qui s’op- posoient à notre passage. Après avoir pris foin de mon cheval, il fallut penser à moi. Mes besoins étoient pressants ,ije n’avois pas mangé de toute la journée. J’appris qu’un Seid, * mendiant d’une sainteté extraordinaire , demeuroit dans la partie supérieure de la ville, j’allai le voir, je lui peignis ma position et lui demandai de m’aider. Je pensois qu’un homme qui vivoit de la bienfaisance générale , et dont le bien-être dépendent de la pratique de cette vertu, m’assisteroit volontiers, surtout puisque je n’avois pas la moindre prétention fur fa bouise. Mais j’avoii compté fans mon hôte. Jamais un prêtre avec les ornements sacerdotaux * C’est ainsi qu’on nomme dans les Inies un descendant de Mahomet. 5 * 9 3 dans ]a plénitude de fa puissance et jouissant de plusieurs riches prébendes, ne reçut un pauvre paroi dien avec un si grand mépris que le fier descendant de Mahomet reçut ma visite. Je le priais simplement de vouloir bien me faire préparer à souper pai ses serviteurs. Je lui dis que j’avois tout acheté, mats que mon domestique n’é toit pas ici et que je ne savois pas faire la cuisine. Cette prière ne fit pas la moindre impression sur le Seid. qui plein de confiance dans la force de fa foi , rejetait apparemment le dogme des bonnes ccuVtes. ou regardait le métier de mendiant comme un monopole de ses adorateurs. Il voulait par là rebuter tous les gâte-métiers. Après toutes mes représentations fur 1 embarras dans lequel je me trouvais, enfin il murmura de maqvaise humeur un consentement à ma demande et encore avec la condition expresse que je fournirais le bois, il aurait pu me demander tout au fit bien une poignée de diamants qu’un morceau de bois. Il faisait sombre, et la faim et la fatigue me rendaient incapable d’un nouvel effort. Aussi je le quittai fort mécontent, et je lui reprochai tout haut de violer les droits de l’hospitalité qui sont sacrés au Mahométan même le plus grossier. Je lui dis qu’il devait savoir qu'il était ordonné à tous les vrais croyans de les respecter, ces droits, et que la vengeance divine menaçait surtout ceux qui les violaient. Ce discours, prononcé avec chaleur, excita l’atfention des suivants du Saint. L’un deux me pria de me tranquilliser, en me disant qu’il me tirerait d'embarras. Il me mena dans la maison d’une chanteuse qui, sitôt qu’elle fut infimité de mon histoire , troussa son habit et me prépara à manger. Cela vous eût fait plaisir de voir comment cette fille pétrisTo 1 1 mon pain , faisait cuire mes -vS petits pois, répétant toujours que je lui avoir fait beaucoup d'honneur r et que le service qu’elle me ren- doit actuellement, n’étoit qu’une très-légère récompense des services qu’elle a voit reçus des personnes de mon état. Lorsque je vous dirai qu'elle refusa ce que je lui offris, vous le prendrez pour une exagération orientale, et cependant c'est la vérité même. Si Mancote nétoit pas plus éloignée de Loucknow que Chick- Seray, * elle-même vous la consirmeroit. Le i3 j'arrivai à Mansir, 8 cofs. Le pays s'ouvre toujours de plus en plus et est mieux cultivé que je ne l’ai vu à l'ouest de Biffouly. La journée fut fort agréable, et je ne me perdis pas quoique je fusse seul. Je passai devant un camp de mendiants. C’étoit de bonnes gens fort gais. Ils me prièrent de descendre et de prendre quelques refraîchiffements. J'acceptai l’invitation, et on me donna un repas fort simple, mais de bon cœur, et on me répètent fans celle que j’étois le bien venu. Mansir n’a que quelques maisons et est située fur le bord d’un ruisseau très-poissonneux ; mais les poissons font sacrés ou appartienne; tau ? rince,il ne faut pas y toucher. Les environs de Mansir furent donnés anciennement par un Rajah de Joumbo à une secte religieuse de Bira- ghées pour son entretien. Cette secte faille vœu de chasteté. A cela près ces Saints-Pères jouissent dans un pays charmant de tous les plaisirs dont les hommes peuvent jouir dans les Indes. Car les Biraghées ont exclu les femmes ; et notre vie, malgré tous les autres plaisirs, n’est pas plus heureuse fans la société des femmes , que le jour n’est gai et beau fans la lumière du soleil. Dans ce village la femme d’un marchand d’huile Mahométan fit ma cuisine , mais d’une attire manière !* Cet endroit eft à environ six milles de Loucicnow. i9> que ma bonne chanteuse. Elle demanda énormément pour un mauvais souper,.et encore so-n chat, delà même nature que sa maîtreffe , attaqua la nuit mes provisions et vola ce que j’avois épargné pour mon déjeuner du lendemain. Pour que mon arrivée à Joumbo fit moins de sensation , ce qui n’étoit pas avantageux avec la manière de voir du Rajah , je me donnai pour un officier à son service qui revenoit de l’armée alors en campagne. Le chemin que je fis aujourd’hui, dans la direction du fui-ouest, * fut un des plus tristes que j’eusse jamais fait, et fut d’autant plus triste pour moi, que je le fis fans compagnon de voyage. En approchant d’une ville aussi considérable , j’espérois trouver un. pays peuplé , maisje trouvai précisément le contraire. La plus grande partie du chemin paffoit par dessables enfermés pourla plupartpar debautes montagnes de rochers. La position dans laquelle je me trouvois obscursit mon'imagination , et je ne sentis jamais si profondément combien il est vrai que l'homme est destiné à vivre en société. Je ne pensois pas aux grands avantages dont nous sommes redevables à la société humaine, mais seulement aux plaisirs variés que nous procure le commerce même momentané avec d’autres hommes. Quelle gaité , quelle joye ne regne pas dans ces boutiques où l’on vend des sucreries, et que dans les Indes on appelle des cafés. Dans ces maisons on traite toutes fortes de sujets , excepté celui des femmes, avec la plus grande liberté , et si ce n’est pas avec la même éloquence que les dans capitales de l’curope , aumoins c’est avec autant de bruit et de chaleur. Le * La direction de mon chemin vers le sud , ce jour là, fut occasionnée , je crois , par celle d’une chaîne de montagne* i £»8 principal sujet est la guerre, tt l’on entend souvent des exploits de simples soldats qui seroicnt pâlir Se- cunder lui-mêinc * et trembler Roußum. ** Le plaisir de la communication par lequel ils deviennent les héros de leurs propres aventures, est un puissant 'aiguillon pour les différentes classes d’aventuriers ; et peut-ètie moins d’hommes s’exposeroient au danger, s’ils n’espéroient pas le plaisir de les raconter eux- mêmes. Enfin je remarquai avec le plus grand plaisir , à côté du chemin, une place vaste où une famille étoit campée et faisait paître sonbétail. Je m’asiis fans cérémonie. On m'offrit un verre de lait de beurre que je bus avec plaisir , la chaleur du jour m’ayant beaucoup altéré. Le père me raconta que les exactions de son maître l'avoiem forcé de quitter son ancienne demeure , et qu’il cherchent à présent un séjour plus tranquille. Sûrement il se passe dans vos environs plusieurs actions qui font l'opprobre de notre nation et la rendent odieuse , mais ce n’est rien en comparaison avec les brigandages et les injustices que son exerce dans les autres pays de l’Asie. Un des membres de la famille avoir mal au doigt ; comme on prend tous les hommes de ma couleur pour des sorciers , des médecins ou des artilleurs, on me demanda du secours, et je le fis pour rien au grand plaisir de mes Indous. J'arrivai vers le soir dans la partie inférieure de la ville de Jounabo. Au moment où j’appeicevois une maison éloignée où j’aurois bien voulu être reçu . je trouvai une personne qui avoir voyagé quelques jours avec moi il y à à-peu-près un mois, mais qui m’avoit *^Lc nom Asiatique d*Alexandre le Grand. i* ¥ Un héros fameux çhanté parles anciens poète» Persans. i99 } quitté pour des affaires pressantes. Cet homme éloit au service d’un Cachemirien de joumbo , pour lequel j’avois une lettre et dont j’avois parlé pendant mon voyage. Sitôt qu’il m’eut reconnu , il courut à son martre avec lequel il revint bientôt. Le Cachemirien ne me laissa tranquille que lorsque je lui eus promis de demeurer dans maison , il fallut bien l’accepter; et quoiqu il fit une pluie très-sorte nous y allâmes fur le champ. Cela vous fatiguerait vous-même , si je vou- lois vous peindre les attentions continuelles , respectueuses, je dirois presque importunes, dont mon hôte me combla, moi qu’il n’avoitjamais vu. Quelque bonne opinion que j’eusse de mon mérite , je pouvoir bien croire que les attentions de mon hôte venoient de l’idée qu’il a voit que j’étois fort riche et qu'il pourroit faire quelque bon marché avec moi. Après m’avoir détaillé toutes mes vertus et tous mes talents dont son correspondant de Loutknow lui avoir parlé, il me , dit que j’étois bien heureux que précisément à mon arrivée le liazard me l’eût fqit trouver , parce qu’il étoit le seul honnête homme de Joumbo. C’est ainsi , mon ami, que sont tournés les compliments orientaux ; quand on les expose à l’air froid de l’europe septentrionale, iis disparoissent comme ces discours que l’on entend tous les jours à la boni se et à cheapside. Je jugeai à propos de ne le pas tirer de son erreur. Un marchand est ici fort considéré et est beaucoup moins suspect. Lorsque je présentai ma lettre de change au banquier de Joumbo, elle avoir été tellement mouillée que les plis s étoient joints ensemble, comme s’ils eussent été collés. Le banquier * eut la bonté * Son nom eft loula-Naout , neveu du Cachemirien Moull à Senarès. r°° d’amollir peu-à-peu le papier , il déplia avec soin là lettre de change toute mouillée et en lut le contenu, quoi qu’avec difficulté. S’il eût eu l’idée de différer le payement, il en avoit une belle occasion, mais il reconnut le papier pour bon et il me fit même la remarque obligeante que pour un voyage si long et si désagréable que le mien , j’aurois pu tirer une plus grosse somme. Joumbo^est fur la pente d’une montagne, et consiste en deux moitiés différentes , que l’on nomme la haute et la baffe-ville. Le pied de la colline est baigné par le Rawèe qui se jete dans le Chinnaoun. 11 a environ 40 ou 5o verges de large, et la plus grande partie de l’année il est si peu profond, qu’on peut le paffer à gué. Sur ses bords font beaucoup de moulins à bled mieux bâtis que dans le reste des Indes. Ce font les Cache mi- riens qui les ont introduits ; en général ils ont amélioré et enrichi la ville. Je restai peu de tems à Joumbo, ainsi je ne pus pas m’informer en détail des causes et de 1 histoire de son commerce. Je ne pus pas non plus con- noître la raison de son luxe et de ses richesses ; car cette place, quoiqu’elle ait perdu dans ccs derniers tems, est encore une des premières villes de commerce dans l’Indostan septentrional. Peut-être ces détails ne valent pas la peine que l’on prendroit de les lire , ou ne donne roi eut pas l’instruction que je desire vous communiquer par mes lettres ; quoiqu'il en soit, je vous envoyé fans aucun changement ce que j’ai appris. Avant l’irruption de Nadir-Cha dans les Indes, la route ordinaire du commerce de Delhi à Cachemir passoit par Sirhend, Lahor , et Htrepour. Cette route est dépeinte parfaitement fous le nom de Bemberdans les voyages de Bernier. Depuis les irruptions des Perses, des Afganes et des Marattes , surtout depuis les conquêtes 20l conquêtes des Sicques , cette route est peu sure, et les marchands l’ont abandonnée. Cela fit paffer le commerce de Cachemir parla route dcjoumbo. Ce pays est séparé du Pouniab par une chaîne de hautes montagnes dans lesquelles la cavalerie ne peut pénétrer- qu’avec risque et très-difficilement; auffi préféra-t-oa le chemin dejoumbo à celui par Lahor, quoiqu’il fût plus long et plus difficile, et que par conséquent les frais de transport fussent augmentés. Rounzeid-De've , ie père du Rajah actuel de joumbo, contribua beaucoup, par la sagesse et la justice de son gouvernement, à l’opulence et à l’importance de Joumbo. Il vit le 5 grands avantages que le séjour des marchands Mahométans y apportèrent, et il chercha à les attirer par toutes sortes d’encouragements et surtout par sa conduite désintéressée et pleine de considération. On ne doit attendre des despotes d’Asie que des vertus négatives ; et les sujets font trop heureux, lorsque leurs Princes ont de telles vertus. Non-feulement le Rajah de Joumbo rie vexa pas ses sujets, mais il leur accorda même, et surtout aux marchands Mahométans, des glaces importantes. Ilaccordaà ces derniers un quartier particulier auquel ils ont donné le nom de Mogoulpour. 11 leur permit même de bâtir une mosquée. Cette générosité est d’autant plus remarquable et fait d’autant plus d’honneur à fa mémoire, que c’est le seul exemple de tolérance dans cette partie de l'Indostan, et que les Cachemiriens, qui faisoient la plus grande partie de ses sujets Mahométans, font devenus depuis leurconversion les persécuteurs les plus violents des Indous .11 cherchoit tellement à gagner leur estime et leur confiance, que lorsqu'il passoit à cheval dans leur quartier pendant la P 202 prière , il s’arrêtoit jusqu’à ce que le prêtre eût prononcé la formule de>piière accoutumée. Les Indont le plaignirent un jour à leur Rajah que les fontaines publiques de la ville étoient souillées par les Mahcmétans , et il le prièrent de vouloir bien les borner à l'usage de l’eau courante. Le Rajah répondit à ces plaintes, que l’eau étoit destinée pour l’usage de tous les hommes , et qu’elle étoit un élément trop pur pour être jamais fouillée par le contact d’une classe ou d’une secte d'hommes. Un gouvernement aussi sage et aufli attentif, faisoitde cette ville une place de commerce lort riche, où des hommes de tous les pays, de toutes les religions jouissoient d'une fureté parfaite de leurs personnes et de leurs propriétés. Les marchandises qui font articles de commerce, de Joumbo à Cachemir , font ordinairement portées par des hommes la p'upart Cachemiriens. On les charge très-pesamment. Deux de ces porteurs ont la charge d’un fort mulet. Chaque porteur a quatre roupies. Les cliales qve l’on exporte de Cachemir font empaquetés dans de longs ballots qui ont un poids déterminé. Dans la langue du pays on les appelle Biddery. Ces ballots font enveloppés dans des peaux de buffle ou de bœuf, et noués fortement avec des courroyes de cuir. Ces balles fe ressemblant presque toutes, on les ouvre rarement avant qu’elles foyent arrivées à l'endroit où elles font vendues. Un Cachemirien porte fa charge comme un soldat son havresac, et quand il veut se reposer, il 1 appuyé sur un baten en forme de béquille qui lui sert auffi à marcher. Il y a deux raisons pour lesquelles on fe sert d'hommes pour le transport des marchandises. On prétend que la première cause est la jalousie réciproque des Rajahs dont les territoires font sttués fur les 203 deux bords du Chinnaoun, *} et qui fout convenus cnire-eux de ne laisser bâtir aucun pont et de n’étabiir aucun bac sur le fleuve. La seconde raison, que je crois la meilleure, est la roideur et la hauteur énorme des montagnes qui rendent les chemins dangereux et même impraticables pour des chevaux ou des mulets. Il semble que le commerce et l’aisance dejoumbo ait augmenté toujours jusqu’en 1770. Alors à la mort de ilounzeid-Devc, un de ses fils, le Rajah actuel, s’empara du gouvernement contre la volonté de son père, fit exécuter celui de ses frères désigné pour successeur, et il en fit enfermer un autre. Mais celui-ci échappa et alla chercher du secours chez les Sicques. Les Sicques furent enchantés d'avoir un si bon prétexte pour entrer dans le Joumbo. Ils u'avoient pu le faite fous Rounzeid-Deve , et ils promirent d’assister le fugitif. Auparavant les Sicques levoient un tribut dans le pays de Joumbo, mais ce tribut n’en avoir que le nom, du moins étoit-il beaucoup moins considérable que celui que les pays voisins dévoient payer. Les talents et la puissance du Rajah empêchoient qu’on ne fit des demandes trop fortes. Les parties les plus fertiles des districts de Joumbo font dans le pays plat et font une partie du Pouniab septentrional. Un corps de Sicques les ravagea fous le prétexte du secours qu’ils prêtèrent au Prince fugitif. A présent ils tâchent de continuer avec vivacité la guerre contre le Rajah actuel, dont plusieurs sujets ont déjà passé du côté de son stère, et qui par là peut à peine résister. Pour que son malheur fût complet, il prit une troupe de Sicques à son service. Cette troupe est commandée par JMhah-Sing , un chef puissant dans ces contrées. Ce chef a affermi * Le quatrième fleuve du Pouniab en venant de l’est. p 2 v y 50 4 son autorité à joumbo. 11 a construit une forteresse au côté septentrional du principal passage dans le Pouniab. Pour pouvoir payer la solde aux Sicques, le Rajah a mis des impôts considérables fur ses sujets , et veut à présent imposer aussi les marchands étrangers qui font dans des trances perpétuelles,connoilsant les dispositions du Rajah. Je remarquai avec plaisir que l’honnête homme sur lequel ma lettre du change étoit tirée , paroissoit assez tranquille au millieu de 1 inquiétude générale. 11 avoir eu le bonheur, à ce qu’il paroît, d’obtenir la protection de Mhah-Sing et d'autres officiers qui le mettraient en fureté contne les prétentions du Rajah. Le gouverneur de la ville , que le Rajah qui ètoit alors à la guerre avoir nommé son lieutenant, étoit, pour le système d’exaction, une copie si parfaite de sou maître, que l’on me conseilla de partir bien vite , si je ne vouiois pas tomber entre ses mains. J’étois très-fatigué de mon voyage, et je vouiois encore me défaire avantageusement de mon cheval et de plusieurs choses dont je pouvois me passer. Cependant la crainte du Rajah ou de son représentant, m’engagea àpartirle ib de ce mois. Parmi les différentes circonstances que je vous ai rapportées , je ne dois pas oublier que le» danseuses ouïes femmes publiques , qui font une race mêlée des habitans du Pouniab et de Cachemire , font fort jolies cil Les femmes font couleur d'olive et bien faites. Elle* ont dans leur conduite uneliberté, qui,fans le moindre air d’immodestie ou de licence, témoigne la confiance que leurs maris mettent en elles. J’ai vu une femme portant une cruche d’eau rester debout, parier fans mainte avec les voyageurs et leur montrer le chemin ou leur donner d’autres renseignements. Leur habillement est compose d’un jupon qui ordinairement a différentes couleurs et une bordure , d’un corset étroit qui couvre la moitié du corps, et ensuite d'une veste large qui va jusqu’à la ceinture; leurs cheveux , dont elles font aussi stères que les européennes les plus coquettes, font liés avec de la soye noire ou du coton, et leur tombent le long du dos. Elles jettent aussi dessus , d’une manière assez élégante , un voile qui touche rarement le visage et ne le couvre pas tout-à-fait. Les femmes de distinction font enfermées dans des chambres particulières, à la manière des Mahométanes. Comme le pays est couvert de montagnes et presque impénétrable, de sorte qu’on a peu d’incursions à craindre de la part des ennemis. Il est à croire que déjà avant les conquêtes des Mahométans, dans l’Indostan, c’étoit l’usage d’enfermer les femmes. Je crcyois auparavant que les Indous »voient peut-être enfermé leurs femmes pour qu’elles ne fussent pas exposées aux insultes des Mahométans, mais lorsque je vis que cet usage regnoit chez les montagnards les plus reculés et parmi les différentes louches des Marattes indépen- dans, * je commençai à croire plus vraisemblable priété contagieuses, en coulant dans des lits étroits qui font privés du soleil et d’une libre circulation d’air, ioit par Toaibre de» arbres, soit par la hauteur des montagnes, * D’après les témoignages les plus dignes de foi, les femmes parmi les Marattes ce font pas enfermées. Dans le Bengale, au contraire, un» - 5 - qu'ils avoient enferme leurs femmes long-tems avant les incursions des Tartares et des Afgane*. Si l’on vouloir juger d’après certains usages qui à présent sont vieillis, mais qu’on trouve dans leur histoire . et constatés par d’anciens monuments , il saudioit en conclure que les Indous anciennement ne séquestroient aucune elaste de femmes de la société, mais qu’à mesure que leurs mœurs perdirent en pureté et en simplicité, les Princes et les Nobles introduisirent cette innovation pour inspirer à la multitude un respect plus profond pour leur famille. L’histoire des incarnations de VicHenou et d’autres Légendes, prouvent que les femmes Indiennes, dans les anciens tems, étoient admises dans la société des hommes, et que souvent elle? y avôient une grande influence. Dans l’histoire du fameux Kana, qui parcît avoir été un guerrier célèbre, il sc trouve une circonstance qui prouve ce que j’avance et fait remonter en œcme-tems jusqu’à une hrtqte antiquité une sorte de jugement de Dieu qui étoit auparavant usité en curope. Srée-Moun-Narrain, la divinité suprême des Indiens avec ses compagnons inséparables Mhah-Lelchimy et 1e serpent, trouva 1? ni, pour corriger certains maux qui causoient de grands désordres fur la terre, de prendre, une figure humaine.. Narrant parut fous les traits de Kam-Hcros fort célèbre. Letchimy fut fa femme Indienne seroit déshonorée si un étranger la vovoit fans voile. On peut conclure de la que les Xadous n’accordent pas aùx femmes d»n» toutes les provinces les mêmes liberté», et que cette différence a lieu à présent comme auparavant. Cependmt la coutume de ne pas enfermer leurs femmes, coutume dominante anciennement, et encore à présent dans plusieurs provinces ainsi que la dan Monogamie, font de* traits remarquables par lesquels les lndout fe distinguent des autres peuples de. l'Asie occidentale. Not. du trad. allem. 53 femme sous le nom de Seetah-Devée, et le serpent prit le corps de Letchimoun, frère et compagnon de Kam. Ces trois personnesse mêlèrent librement dans la société d’autres hommes , et il n’est pas dit que Seetah if retira, au contraire, elle parut dans toutes les occasions où une personne de son sexe pouvoit décemment paroître. Cependantune entreprise importante exigea la présence de Kam seül ; il laissa Seetah en garde à Letchimoun. La Dame et son protecteur vécurent assez long-tems en repos, lorsqu’un fameux magicien, sans doute par l'inspiration du diable qui cherche à séduire toujours les mortels et surtout les femmes, vit Seetah et en devint éperduement amoureux. Notre homme avoir apparemment appris par ses enchantements, que les femmes se prennent le plus aisément par les yeux. Il fit donc voler devant Seetah un oiseau dont le plumage étoit charmant. Cela réuflit, La belle conjura Letchimoun par tout ce qui lui étoit cher, par l’amour qu’il avoir pour elle , par l’amitié qu’il avoit pour Kam, de lui faire avoir un oiseau fi séduisant. Cette prière mit Letchimoun dans le plus grand embarras. Il représenta à Seetah les dangers auxquels il l’expoferoit s’il la laiffoit feule , et lui fit envisager la disgrâce de Kam qu’il s’attireroit, s’il se séparoit du précieux dépôt confié à ses foins. Enfin il épuisa toutes les raisons que put lui dicter fou inquiétude pour la réputation et la fureté de Seetah. Helas ! les couleurs éblouissantes de l’oiiïeau avoient frappé tellement Seetah, que les conseils de Letchimoun devinrent inutiles. Ou il falloir qu’elle obtint l'objet de ses désirs , ou elle étoit la plus malheureuse des femmes. Letchimoun ayant cependant refusé plusieurs lois de consentir à sa prière , Seetah furieuse de voir ses espérances trompées, accusa son gardien de *54 vouloir la séduite , et dit que c’étoit pour cela qu’il resu soit de la quitter. Letchimoun vit bien alors que toutes les représentations étoient inutiles, et il se disposa ù aller chercher l’oiseau. Il traça d'abord un cercle magique autour de Seetah et lui dit qu’elle n’avoitrien à craindre tant qu’elle resteroit dans 1 intérieur de ce cercle. A peine Letchimoun étoit il parti, que le malin enchanteur s’approcha fous les traits d'un vieillard et se jeta par terre comme épuisé de laslïtudc, près de la place où se tenoit Seetah. Il la pria d une voix presque éteinte de lui donner un peu d’eau pour étrancher sa soif. La bonne, mais malheureuse Seetah, se laissa attendrir par la prière du vieillard, sans penser à si propre fureté ; elle sortit des bornes qu’on lui avoir tracées. Sitôt qu’elle l’eut fait, elle tomba fous la puissance de son séducteur. Ici la narration devient un long tissu de fables qui ne pourroient ni vous amuser ni vous instruire. J’ajouterai seulement que Kam, lorsqu’il eut retrouvé Seetah, partie pour sa propre tranquillité, partie pour étouffer quelques bruits qui com- mençoient à courir fur le compte de fa femme , voulut qu’elle se soumit au jugement de Dieu- Seetah fut enchantée de pouvoir parla faire cesser tous les soupçons de son époux et donner au monde une preuve publique de sa chasteté. Par l’ordre de son maître elle marcha sans crainte fur du fer brûlant, et les pieds de Seetah étant, à ce que prétend la fable , aimés d’innocence, le fer ardent n’étoit pour elle qu’un lit de Leurs. Je vous demanderois pardon d’avoir cité celte fable, fi elle ne prouvent pas que les femmes de qualité parmi les ïndous n’étoient pas exclues de la société des hommes, et qu’il y avoit long-tems que ce peuple con- noissoit l’épreuve du feu. On peut tirer de cette histoire 255 le même profit que des mille et une nuits des arabes; au milieu de talismans des bons et mauvais génies , on reconnoît les mœurs et les qualités de ce peuple. Puisque j’en ai déjà tant dit sur les femmes , je ferai encore un pas de plus, et je rapporterai une circonstance d’après laquelle il est clair que les femmes de distinction , parmi les Indous, n’étoientpas renfermées. Lorsqu’une Princesse du sang Royal ou une femme noble étoit nubile et qu’on lui supposoit assez d’esprit pour pouvoir faire un choix, on la menoit dans une salle où il y avoit plusieurs jeunes gens d’une naissance égale à la sienne. Alors on la prioit de choisir son mari, et elle le faisoit en jetant une guirlande de fleurs autour du cou de l’objet de son affection. * Je vous soumets franchement ces réflexions, et je souhaite que vous pensiez à ce que je vous écris avec le même franchise , pour que vous puissiez croire ce qui vous paroît vrai, et rejeter fans difficulté ce qui est faux ou suspect. {* On m’a dit que cette coutume l’est conseifée à Tangore jusqu’à présent. r i N. F. KAUFMANN Buchbindtr BASIL ; f l MM» VOYAGiÇ
Loisirs Chasse pêche Fusil de chasse Lors de la vente d’un fusil, le cédant est dans l’obligation de déclarer la vente auprès de la Préfecture afin de les informer du changement de propriétaire de l’arme ce qui parait évident et ce surtout en cas d’incidents. Le formulaire à remplir est référencé par l’administration sous la mention CERFA N°20-3265 et se nomme Déclaration d'acquisition, vente, cession ou mise en possession des armes de 5ème catégorie II ou de 7ème catégorie I .Ce formulaire est à retirer en Mairie ou à la Préfecture mais il est également possible de le télécharger en se rendant sur le site officiel de la Préfecture de sa toutes les armes ne sont pas soumises à une déclaration et celles à déclarer auprès de la Préfecture sont les fusils semi-automatiques de 5ème catégorie, toutes les carabines rayées de 5ème catégorie avec un chargeur inamovible, les 22 Longs Rifles de 7ème catégorie et les carabines 4,5 mm. Question de Christian Réponse de Mod-Steph - Mis à jour 01/09/2008 Sujets en relation Les 5 questions précédentes Explic utilise des cookies sur son site. En poursuivant votre navigation sur vous en acceptez l'utilisation. En savoir plus
maurice03800PerdreauNombre de messages 25Age 34Localisation 03800Date d'inscription 21/04/2013Bonjour à tous, Pour ma première saison de chasse à venir, mon grand mere m'a donné un vieux fusil de saint etienne qui devait appartenir a mon arière connaitre son age?sur tous les éléments il y a 2 numéros 71860 et 59872il y a une couronne avec PT gravéet 1860 gravé sur le mécanisme de basculeEst ce que quelqu un peut m'éclairer?Merci d avancejuliano02BécasseNombre de messages 173Age 32Localisation ToulouseDate d'inscription 02/12/2011 Re age de mon fusilDim 21 Avr 2013 - 1349Avec une ou deux photos sa serait peut-être plus facile de t'aider _________________Viva la caccia maurice03800PerdreauNombre de messages 25Age 34Localisation 03800Date d'inscription 21/04/2013 Re age de mon fusilDim 21 Avr 2013 - 1442maurice03800PerdreauNombre de messages 25Age 34Localisation 03800Date d'inscription 21/04/2013 Re age de mon fusilDim 21 Avr 2013 - 1443Je vaismettre d autres photos, j ai oublié de préciser c est un 16/70maurice03800PerdreauNombre de messages 25Age 34Localisation 03800Date d'inscription 21/04/2013 Re age de mon fusilDim 21 Avr 2013 - 1444maurice03800PerdreauNombre de messages 25Age 34Localisation 03800Date d'inscription 21/04/2013 Re age de mon fusilDim 21 Avr 2013 - 1446maurice03800PerdreauNombre de messages 25Age 34Localisation 03800Date d'inscription 21/04/2013 Re age de mon fusilDim 21 Avr 2013 - 1448maurice03800PerdreauNombre de messages 25Age 34Localisation 03800Date d'inscription 21/04/2013 Re age de mon fusilDim 21 Avr 2013 - 1449maurice03800PerdreauNombre de messages 25Age 34Localisation 03800Date d'inscription 21/04/2013 Re age de mon fusilDim 21 Avr 2013 - 1451InsulaireModérateurNombre de messages 8614Age 54Localisation EcosseDate d'inscription 22/04/2012 Re age de mon fusilDim 21 Avr 2013 - 1655Salut Maurice 03800,Bienvenue sur PLC!Considérant le peu d’informations et la qualité un peu approximative des photos, je dirais que ton fusil doit dater d’après 1950. Comme l’ami Halifax82 le faisait remarquer dans un post sur un Darne Halifax il y a quelques semaines, le Robust en 12/70 a été proposé au début des années 50 et sur un de mes vieux Chasseur Français » de 1952, le Robust en calibre 16 était toujours proposé avec des chambres de Il est fort possible que certains armuriers aient fabriqué des 16 avec des chambres de 70mm avant mais le mouvement général vers les chambres plus longues semblent s’être fait photos de bonne qualité de la bascule dessus et dessous et de la table de canons il y a un poinçon illisible prés d’un des 70 » pourraient peut-être donner des indications supplémentaires.Amicalement,_________________Amicalement,maurice03800PerdreauNombre de messages 25Age 34Localisation 03800Date d'inscription 21/04/2013 Re age de mon fusilDim 21 Avr 2013 - 1716j ai rien pour prendre des photos de meilleur qualitéY a 17,0 gravé sur chaque canon, ainsi que JC et J CaucherInsulaireModérateurNombre de messages 8614Age 54Localisation EcosseDate d'inscription 22/04/2012 Re age de mon fusilDim 21 Avr 2013 - 1727C’est dommage pour la qualité des photos mais es-tu bien sûr qu’il s’agisse de et J. Caucher ? Ne serait-ce pas plutôt et J. Gaucher ?_________________Amicalement,juliano02BécasseNombre de messages 173Age 32Localisation ToulouseDate d'inscription 02/12/2011 Re age de mon fusilDim 21 Avr 2013 - 1759Oui c'est un robust modèle 220 il me semble que c'était le même que j'avai au début que je chassai par contre le tiens a l'air assez abimé_________________Viva la caccia maurice03800PerdreauNombre de messages 25Age 34Localisation 03800Date d'inscription 21/04/2013 Re age de mon fusilDim 21 Avr 2013 - 1824Peut etre oui que c est gaucher asses difficile à dire...les parties métalliques sont assez il a été révisé donc il tire parfaitementJP2CerfNombre de messages 6847Age 74Localisation Haute-Saône 70 Date d'inscription 30/10/2005 Re age de mon fusilDim 21 Avr 2013 - 1838Si c'était un Robust, ça doit être marqué dessus ! notamment dans un oval sous la bascule et sur les canons on devrait lire "Manufacture d'armes et de cycles de St Etienne" et pas plus, le modèle 220 c'est arrêté fin 39 début 40 et à cette époque pas question de chambrage en nature est sauvage, et il faut chasser pour qu'elle le reste" Pascalmaurice03800PerdreauNombre de messages 25Age 34Localisation 03800Date d'inscription 21/04/2013 Re age de mon fusilDim 21 Avr 2013 - 1853Il y a bien un ovale sous la bascule, à l'intérieur est gravé RPFHALIFAX82SanglierNombre de messages 976Age 71Localisation OCCITANIE LOTDate d'inscription 24/08/2009 Re age de mon fusilDim 21 Avr 2013 - 1903Re ,RPF Rivolier père et ont produit divers types d'armes de chasse au siècle passé Hammerless basculants et des fixesCordialement ,HALIFAX82HALIFAX82SanglierNombre de messages 976Age 71Localisation OCCITANIE LOTDate d'inscription 24/08/2009 Re age de mon fusilDim 21 Avr 2013 - 1932 JP2 a écritDe plus, le modèle 220 c'est arrêté fin 39 début 40 et à cette époque pas question de chambrage en JP2. Exact et comme le rappelle l'ami Insulaire , le Chambrage en 70 à commencé à se trouver couramment et de plus en plus à partir du milieu de la décennie 50 sur les armes neuves DE CHASSE. cette dernière préçision est importante.En effet et pour la curiosité , j'ai un catalogue Darne de 1917 que je viens de les pages de généralités propres à la marque , je trouve ceci , dont je me souvenais un peu et que je vous cite du coup in extenso " Sauf demande spéciale , nos fusils de chasse sont chambrés pour l'emploi des douilles de 65 m/m , nos fusils de pigeons sont chambrés à 70 ; ceux devant servir à l'étranger reçoivent la douille Eley , bourrelet mince "il faut savoir que le tir de concours au pigeon vivant était trés prisé à l'époque et toutes les capitales du vieux continent avaient leurs concours et championnats du monde comme on disait autrefois...on trouve d'ailleurs mention de ces titres glorieux sur certaines frettes ou tonnerres de fusils anciens médaille d'or à Monte-Carlo , Monaco ou Moscou !!! c'était " ronflant " et propre à convaincre le gogo de la supériorité balistique de la marque...A cette époque - là , la " réclame " comptait pour beaucoup et le client y était sensible...j'avais vu aussi un reportage ou le principal amusement des hommes fortunés sur les bateaux de croisière transatlantiques consistait à faire du tir sur ces malheureux volatiles , lâchés par caisses entières depuis la poupe...des fusils spécifiques dits " fusils de pigeons " furent donc bien construits dans ce chambrage dés le début du siècle passé , sans doute dans les grandes marques anglaises prestigieuses en Hammerless mais aussi , comme on le voit , chez nos petits Français...toutefois , ces armes spécialisées , sans doute plus coûteuses en prix et munitions ne se trouvaient pas entre les mains de tous les mortels...c'étaient je pense des fusils " de sport " destinés à une activité bien particulière , un peu comme ces " fusils " d'aujour'hui à bande sur-élévée et crosse tarabiscotée que l'on trouve dans les grandes compétitions mais que l'on ne croise jamais sur le ma part , je n'ai jamais vu passer en annonces d'armes anciennes de " fusils de pigeons " chambrés ainsi mais ils ont bien dû exister , tout en restant sans doute trés rares...Cordialement ,HALIFAX82maurice03800PerdreauNombre de messages 25Age 34Localisation 03800Date d'inscription 21/04/2013 Re age de mon fusilDim 21 Avr 2013 - 2005Mon gand père m a donné plus de précisions le fusil n'était pas celui de son père, mais celui d un mec lui ayant vendu un peu de terrain pour construire un mec en question n'était pas chasseur, mais était visiblement issue d'une famille riche, et a dépensé tous son héritage dans l'alcool, et a donné le fusil a mon grand père qui lui a construit une cabane quand sa maison s est lui a donné le fusil dans les années 70, et n'a plus servi depuis et a été entreposé et graissé a l abri de l humiditémaurice03800PerdreauNombre de messages 25Age 34Localisation 03800Date d'inscription 21/04/2013 Re age de mon fusilDim 21 Avr 2013 - 2020Les deux canons sont choqués de la meme façonInsulaireModérateurNombre de messages 8614Age 54Localisation EcosseDate d'inscription 22/04/2012 Re age de mon fusilLun 22 Avr 2013 - 104 HALIFAX82 a écritdes fusils spécifiques dits " fusils de pigeons " furent donc bien construits dans ce chambrage dés le début du siècle passé , sans doute dans les grandes marques anglaises prestigieuses en Hammerless mais aussi , comme on le voit , chez nos petits Français...toutefois , ces armes spécialisées , sans doute plus coûteuses en prix et munitions ne se trouvaient pas entre les mains de tous les mortels...c'étaient je pense des fusils " de sport " destinés à une activité bien particulière , un peu comme ces " fusils " d'aujour'hui à bande sur-élévée et crosse tarabiscotée que l'on trouve dans les grandes compétitions mais que l'on ne croise jamais sur le ma part , je n'ai jamais vu passer en annonces d'armes anciennes de " fusils de pigeons " chambrés ainsi mais ils ont bien dû exister , tout en restant sans doute trés rares...Cordialement ,HALIFAX82 Cher Halifax82,Tu as tout à fait raison en ce qui concerne les grandes marques anglaises et leur production de fusils de pigeons », en anglais appelés Live Pigeon Guns fusils pour tir au pigeon vivant. Tous les grands noms de l’armurerie anglaise comme Purdey, Holland & Holland, Churchill mais aussi Boswell, Jeffery, Osborne, Lancaster, Webley, etc, ont fabriqué ces fusils très spécialisés en hammerless ou à chiens exterieurs, d’une solidité à toute épreuve mais aussi à l’équilibre légendaire, aux chokes généralement serrés, chambrés à 2 pouces ¾ 70mm afin de pouvoir expédier aux bisets 35 ou 36g de plomb aux sortir des cages ! Si les fusils de ball-trap modernes tirent haut » afin de casser une cible qui a toujours tendance à monter, les Live Pigeon Shotguns » tiraient généralement à plat » afin de pouvoir ajuster le tir sur un oiseau au vol le ball-trap utilise encore un jargon qui nous vient tout droit du tir au pigeon vivant les traps » étaient les cages dans lesquelles les pigeons étaient placés avant que le tireur ne crie Pull ! » tirez ! afin de déclencher l’ouverture de la porte et de libérer l’oiseau. L’oiseau était soit tué kill » soit manqué et perdu, d’où le loss » ou lost ».Pour la petite histoire, le tir au pigeon vivant en Grande Bretagne fut interdit en 1922 après une campagne menée par le Daily Express après que, durant un concours à Douvres, un des tireurs tua un pigeon qui termina sa chute sur un cerceuil qui venait d’être déposé au fond de la tombe... Quelques années auparavant, ce fut la Reine Alexandra qui fut éclaboussée de sang lorsqu’un pigeon vint mourir sur ses genoux durant un concours à Hurlingham... Allez, sur ce, bonne nuit à tous..._________________Amicalement,HALIFAX82SanglierNombre de messages 976Age 71Localisation OCCITANIE LOTDate d'inscription 24/08/2009 Re age de mon fusilLun 22 Avr 2013 - 853Bonjour à tous ,grand merci , ami Insulaire , pour ces anecdotes si intéréssantes !c'est vrai qu'aujourd'hui ce type de " sport " ne serait plus admis , et c'est heureux !!!encore que nous fassions chez nous , en Sud - Ouest , des battues aux pigeons de clochers aux abords des villages et sur les lignes de vol....cette année , nous en avons 3 à faire sur fin Avril et début Mai...on reproche aux volatiles qui sont par milliers ! des dégâts aux bâtiments publics , toitures , charpentes et aussi aux jeunes semis naissants de printemps...maïs , tournesolbeaucoup de municipalités ne peuvent pas grand ' chose face à la sensiblerie des riverains mais certaines passent outre au nom de la défense des deniers publics et prennent des arrêtés pour ce genre de régulation , pénible mais faut alors délimiter des zones église , cimetièrre , stades ... et des créneaux de tir étroits car on est le plus souvent en zone péri-urbaine et parfois dans la ville ! c'est pas toujours facile et pas toujours bien vu....surtout quand il faut faire vider le stade ou la place en plein milieu d'un aprés - midi de samedi...heureusement , il y a un arrêté...ils faut dire que ces bandes de pigeons sont trés opportunistes et sont devenus de véritables commensaux de l'homme la nuit , ils se regroupent par milliers dans les villes , sous les toitures et aux nids et dés l'aube , des bandes incessantes vont quérir la nourriture...Cela fait partie de nos missions , pas la plus agréable ...Cordialement ,HALIFAX82Sujets similairesfusil Fusil fusil de chasse saint etienne calibre 16 juxtaposé gaucherFusil juxtaposé "Brévil Aulager" Correction Fusil Breuil-Aulagnier!Quel est ce fusil ? Fusil anglaisfusilPermission de ce forumVous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
L’acquisition d’une arme de chasse est soumise à certaines règles. Pour acheter un fusil de chasse, il est en effet nécessaire de remplir des formulaires et de faire une déclaration auprès des responsables. La conservation et le port d’une arme sont également régis par des lois strictes qui peuvent coûter cher au propriétaire en cas de non-respect de sa part. Vous envisagez d’acheter un fusil de chasse et souhaitez connaître les conditions à suivre et les adresses à privilégier pour assurer votre achat ? Voici quelques informations à retenir. Les dossiers nécessaires pour acheter un fusil de chasse Pour acquérir un fusil de chasse dans le respect total des règles exigées par la loi, il est nécessaire de constituer un dossier. Vous aurez notamment besoin d’une déclaration sur le formulaire cerfa n°12650. Pour trouver ce fichier, il vous est possible de le télécharger sur internet ou de demander une copie à la préfecture. Certains magasins en proposent également pour vous aider au mieux dans l’achat de votre équipement. Outre ce formulaire, il vous faudra une copie d’une pièce d’identité. Une copie d’un permis de chasser est également requise. À noter qu’il s’agit ici d’une certification attestant que vous pouvez chasser sans mettre la vie de votre entourage en danger. Pour l’obtenir, vous aurez besoin de passer un examen. Durant celui-ci, des questions théoriques, mais aussi des exercices pratiques seront au programme. Pour connaître les conditions d’inscription et les droits, n’hésitez pas à vous informer auprès de votre mairie. Vous pourrez également trouver quelques informations en ligne. Si vous avez déjà le permis de chasser, il vous suffit d’en faire une copie et de l’épingler avec les autres documents. Concernant son envoi, ce sera au responsable de l’armurerie où vous allez acheter vos armes de le faire. Ce dernier s’assurera que votre dossier a bien été reçu et sera traité dans les plus brefs délais. Les critères de choix d’un fusil de chasse Pour acheter le fusil de chasse idéal, il est important de prendre en compte quelques critères essentiels. Pour assurer votre choix, vous devez notamment déterminer le type de fusil que vous souhaitez acquérir. C’est-à-dire le calibre de l’équipement en question. Vous trouverez sur le marché différents types de calibres. Votre choix se fera surtout en fonction de votre corpulence, le genre de chasse que vous envisagez de faire ou du gibier que vous désirez chasser. Le calibre du fusil aura également un impact sur son poids ainsi que sa performance. S’il s’agit de votre premier fusil, le plus important n’est pas de trouver un modèle puissant, mais plutôt un fusil qui pourra vous offrir un confort optimal. Si vous êtes un débutant donc, préférez davantage les modèles légers. À noter toutefois que plus l’arme est légère, plus le recul sera important lors du tir. Pour éviter de vous déboiter l’épaule, pensez à vous renseigner sur le recul du fusil et de demandez au vendeur si l’arme convient à votre morphologie. Pour vous adonner à vos loisirs en toute aise, les fusils de chasses semi-automatiques de calibre 20 conviendront parfaitement. Ces derniers séduisent pour leur poids plume et leur peu de recul. Outre le calibre, il vous faudra penser à votre budget. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un critère en soi, il est toujours important de respecter un budget pour éviter de dépenser plus qu’il ne le faut. Pour ce qui est du design du fusil, le choix dépend entièrement de vos goûts. Pensez toutefois à trouver un modèle qui offre une grande longévité et ne s’abîme pas rapidement face à l’humidité ou l’air. Étant donné qu’il s’agit d’un équipement de chasse, il doit pouvoir résister aux intempéries. Privilégier l’achat d’un fusil de chasse dans une armurerie agréée Compte tenu des nombreux modèles de fusil proposés sur le marché, vous pourrez finir par vous perdre si vous ne vous adressez pas à un expert. C’est-à-dire une armurerie agréée. Outre les différents types d’armes qu’elle a à sa disposition, cette dernière pourra vous aider à trouver le modèle qui répond le mieux à vos préférences et besoins. De plus, comme elle est agréée, vous pouvez être sûr que les produits proposés dans le magasin sont de grande qualité. En général, ces adresses vendent uniquement les fusils et armes des grandes marques pour que les clients puissent bénéficier d’un choix de qualité. Vous n’aurez donc pas à craindre que votre fusil tombe en panne dès la première utilisation ou après quelques tirs d’essais. D’ailleurs, une armurerie agréée propose toujours des garanties, vous permettant d’avoir une petite aperçue de leur professionnalisme. Si vous ne souhaitez pas vous déplacer, certaines armureries disposent d’un site web sur lequel vous pourrez voir tous les produits disponibles au magasin. Toutefois, sachez qu’il est toujours préférable d’essayer le fusil avant de l’acheter afin de savoir si ses caractéristiques vous conviennent vraiment. Acheter un fusil de chasse sur un site spécialisé Que ce soit pour faire du sport ou pour la simple envie de chasser, avoir un fusil adapté vous assure une expérience des plus agréables. Pour trouver une telle arme, divers sites spécialisés proposent les meilleures marques sur le marché, et ce, à un prix très compétitif. Cela s’explique entre autres par le fait qu’ils effectuent à votre place les sélections des fusils les plus intéressants dans les magasins, mais aussi ceux proposés en ligne. Ils choisissent par la suite les modèles les plus recherchés, mais également ceux dont le prix peut répondre à chaque budget. En cherchant votre fusil de chasse sur ces sites donc, vous pouvez être sûr d’avoir un large choix en matière de modèles et de tarif. De plus, ces magasins en ligne disposent d’un outil de recherche qui vous permettra de trouver en un rien de temps votre équipement. Il ne vous reste plus qu’à trouver celui qui vous convient et l’acheter. En général, toutes les caractéristiques spécifiques à chaque produit y sont déjà mentionnées. Il en est de même pour leur prix et les conditions de vente. Comparer les offres avant de choisir un fusil de chasse Que vous choisissiez d’acheter votre fusil dans une armurerie physique ou sur un site en ligne, il est toujours important de comparer les offres que vous jugez intéressantes. Cela vous permettra non seulement de réaliser une bonne affaire, mais également vous assurer de votre choix. Aussi, avant d’effectuer tout paiement, établissez un petit tableau comparatif sur lequel vous marquerez tous les modèles qui vous plaisent avec leurs avantages et inconvénients. Étant donné qu’il s’agit d’un équipement que vous allez utiliser pour plusieurs années, cette étape s’avère indispensable. Si vous êtes un débutant et n’avez aucune connaissance particulière sur les armes de chasse, n’hésitez pas à demander conseil à un expert. Il pourra vous conseiller et vous accompagner dans votre achat. Il ne vous est bien évidemment pas nécessaire de payer pour un tel service. Vous pourrez parfaitement demander à un de vos proches ayant déjà quelques années d’expérience sur le sujet ou discuter avec des connaisseurs sur des forums spécialisés. De nombreux particuliers et passionnés de chasse discutent régulièrement de leur passion sur des sites spécialisés. Vous pourrez y trouver des informations intéressantes. Il n’est pas rare d’y apercevoir également des vendeurs agréés que vous pourrez contacter pour l’achat de votre équipement.
comment déclarer un vieux fusil de chasse